Trois semaines après le grand bal des déménagements au Québec, ce sont toujours 1947 ménages locataires qui sont suivis activement par un Service d’aide à la recherche de logement (SARL), selon des données de la Société d’habitation du Québec (SHQ) transmises par le FRAPRU.
«Il s’agit de gens qui sont sans logis ou qui pourraient l’être très bientôt», a souligné à Noovo Info Catherine Lussier, coordonnatrice au Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU).

Sur les 1947 ménages recensés par la SHQ, 457 sont actuellement hébergés à l’hôtel, dans un hébergement temporaire (comme un camping) ou chez des proches.
«Il n’y a pas une grande diminution par rapport à ce que l’on vivait une semaine avant le 1er juillet et deux semaines après», a souligné Mme Lussier. En effet, à une semaine du 1er juillet, ce sont 2153 ménages qui étaient accompagnés activement par un service d’aide à la recherche de logement au Québec alors qu’au 13 juillet dernier le nombre s’élevait à 1972 ménages.
Catherine Lussier a souligné par ailleurs que les chiffres ne reflètent pas tout à fait la réalité. «C’est ce qui est visible de la crise.»
«On sait qu’il y a des locataires qui n’ont pas fait appel à un service d’aide et qui vivent une situation temporaire pas idéale.»
— Catherine Lussier, coordonnatrice au FRAPRU
Dans la grande région de Montréal, ce sont 264 ménages qui sont suivis activement par un Service d’aide à la recherche de logement (SARL) alors que le nombre est de 208 ménages pour la Capitale-Nationale, et de 144 pour la Mauricie.
«On constate par ailleurs une hausse des ménages à Laval qui ont fait appel à un service d’aide au logement cette année», a partagé Mme Lussier, indiquant que le total de ménages s’élevait à 140.
Pas qu’une question d’offres
Le plus récent taux d’inoccupation des logements locatifs au Québec s’établit en moyenne à 2,7% pour les villes de 10 000 habitants et plus, alors que le taux d’inoccupation jugé «d’équilibre» est de 3% sur le marché locatif, selon la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL).
Par exemple, les derniers chiffres disponibles indiquent un taux d’inoccupation de 2,9% à Montréal, de 2,2% à Québec et de 2,7% à Sherbrooke et à Trois-Rivières.
Qu’est-ce qui explique qu’autant de ménages québécois ont de la difficulté à se loger alors que l’offre n’est plus nécessairement un gros enjeu pour plusieurs régions? Le prix.
«Ce que l’on constate, c’est que les logements qui sont disponibles, ce sont les logements qui sont plus chers», a expliqué Catherine Lussier.
«Nous sommes vraiment dans une crise où les gens ont de la difficulté à trouver un loyer qu’ils vont avoir la capacité de payer sur du long terme. À Montréal, c’est assez flagrant.»
— Catherine Lussier, coordonnatrice au FRAPRU
L’inabordabilité des logements a d’ailleurs été dénoncé en début de mois alors que de nombreux citoyens se sont réunis, notamment à Montréal, Québec et Rouyn-Noranda, pour interpeler le gouvernement du Québec.
Les groupes avaient trois revendications : mettre en place un contrôle des loyers, développer du logement social «à la hauteur des besoins» et reconnaître le droit au logement dans la Charte des droits et libertés.
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En se basant sur les données des rapports sur le marché locatif de la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL), le FRAPRU expose que le loyer moyen au Québec a bondi d’environ 60 %, passant de 760 $ par mois en 2018 à 1232 $ en 2025.
Le logement social, un atout
Dans une entrevue offerte à La Presse au début de juillet, l’économiste en chef de la SCHL, Mathieu Laberge, invitait les promoteurs à continuer de bâtir, mais d’opter aussi pour des logements moins chers et plus grands afin d’ouvrir une porte au marché abordable, où les options sont, disait-il, «plus rares».
«Nous, on va jusqu’à dire que ça prend du logement social, ça prend du logement qui n’est pas dans la logique du marché spéculatif», a commenté Catherine Lussier. «On peut bien dire aux propriétaires “faites des logements moins luxueux”, l’objectif du profit va toujours rester pour les entreprises privées.»
Notons que le Collectif québécois pour la prévention de l’itinérance (CQPI) demande au gouvernement d’inscrire le droit au logement dans la Charte québécoise des droits et libertés de la personne. Le CQPI réclame aussi d’interdire la location touristique à court terme telle que Airbnb, et exige un registre «public, universel, obligatoire et accessible de loyer».
Selon l’avocate et professeure de McGill Pearl Eliadis, qui a présidé ce projet du CQPI, il faut un encadrement juridique renforcé devant l’ampleur de la crise actuelle.

