Économie

Voyager «à la maison», c’est tendance

Les réservations se font plus tôt, et les destinations changent peu à peu, constate-t-on dans une analyse des habitudes de voyages des Canadiens.

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Un avion d'Air Canada décolle de l'aéroport Trudeau de Montréal. Un avion d'Air Canada décolle de l'aéroport Trudeau de Montréal, en juin 2022. (La Presse canadienne)

Les voyageurs canadiens s’y sont pris plus tôt qu’à l’habitude pour planifier leurs vacances de l’été 2026, découvre-t-on dans une analyse des réservations. Et voyager «à la maison» - des vacances planifiées à l’intérieur du pays - demeure plus populaire que partir aux États-Unis.

«On note une hausse de 36 % des réservations effectuées entre le 1er mars et le 21 avril par rapport à la même période l’an dernier», a constaté FlightHub, une agence de voyages en ligne basée à Montréal, dans sa plus récente analyse des habitudes de voyages au Canada.

L’Association hôtelière du Grand Montréal (AHGM) a aussi observé cette tendance dans les données partagées par ses membres. Voilà qui pourrait être un effet du devancement du Grand Prix de Formule 1 du Canada, prévu à la fin mai au lieu du début de mois de juin cette année.

«En matière d’habitudes de réservation, nous observons que les délais entre la réservation et le début du séjour tendent à raccourcir», note aussi la présidente-directrice générale de l’AHGM, Dominique Villeneuve.

«Avec le Grand Prix F1 du Canada qui est devancé cette année, ça permet de débuter la saison estivale encore plus tôt et on espère que les retombées seront positives.»

—  Dominique Villeneuve, PDG de l’AHGM

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Une plage de Cancún Des touristes profitent de la plage à Cancún, dans l’État de Quintana Roo, au Mexique, le mercredi 18 août 2021. (Marco Ugarte)

Voyager aux États-Unis?

Une tendance qui date de l’arrivée au pouvoir du président Donald Trump se consolide toutefois: une part des Canadiens bouderait toujours les États-Unis en guise de destination voyage.

«La part des vols vers les États-Unis a légèrement reculé d’un point, possiblement en raison de la hausse des tarifs aériens», a constaté FlightHub dans son analyse.

L’agence de voyages en ligne précise dans un communiqué que le prix moyen des vols intérieurs est passé de 254$ en 2025 à 293$ en 2026, une hausse de 15%.

Du côté des vols vers les États-Unis, le prix moyen a bondi de 35%, passant de 324$ à 437$.

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Un employé ravitaille en carburant un avion d’Air Canada à l’aéroport international DFW de Grapevine, au Texas, le mardi 14 avril 2026. (Photo AP/LM Otero) Un employé ravitaille en carburant un avion d’Air Canada à l’aéroport international DFW de Grapevine, au Texas, le mardi 14 avril 2026. (Photo AP/LM Otero) (LM Otero)

Ainsi, les Canadiens sont plus nombreux à choisir de voyager à l’intérieur du pays cet été, selon l’agence de voyages. «La part des voyages domestiques a augmenté de huit points de pourcentage, passant de 36% en 2025 à 44% en 2026», précise-t-on.

«La volonté des Canadiens de voyager au pays est l’une des tendances observables depuis l’an dernier et tout indique que cela se poursuivra cet été», a aussi indiqué Dominique Villeneuve, la PDG de l’Association hôtelière du Grand Montréal.

L’Ontario, destination «soleil»?

Selon FlightHub, à l’échelle nationale, l’Ontario devient la destination la plus réservée, suivie de l’Alberta et de la Colombie-Britannique. «La liaison Toronto – Calgary devient l’itinéraire le plus populaire cette année, surpassant Toronto-Vancouver, ce qui suggère un intérêt croissant pour l’Alberta», a-t-on souligné.

Le Québec fait aussi bonne figure selon les données de FlightHub alors que les réservations vers la belle province ont bondi de 74 % d’une année à l’autre (2025-2026).

«Puisque le prix moyen des billets a légèrement diminué (1,4 %, cette croissance est nettement alimentée par le volume, reflétant un fort attrait pour la destination et/ou une meilleure accessibilité depuis des marchés clés au Canada», a précisé l’agence de voyages en ligne à Noovo Info.

Vers un record pour le tourisme au Canada en 2026

Selon le rapport Perspectives touristiques canadiennes 2026-2035, préparé par Destination Canada (une société du gouvernement du Canada) et Tourism Economics, le secteur touristique canadien a connu un été record en 2025, élan qui devrait se poursuivre en 2026 et au-delà.

Selon les projections, on estime les dépenses des visiteurs à 140,9 milliards de dollars en 2026 à l’échelle du Canada, en hausse de 6 % par rapport à 2025.

«Le tourisme est un secteur d’exportation à forte croissance et à rendement rapide», a affirmé dans un récent communiqué Marsha Walden, présidente-directrice générale de Destination Canada. «Le rapport montre que la demande s’accentue et qu’il y a encore plus de potentiel pour le Canada si nous augmentons notre part de marché mondial et attirons davantage de visiteurs étrangers.»

Le Québec a aussi vécu une année record en 2025 en lien avec le tourisme. Selon des chiffres du ministère du Tourisme dévoilés en mars dernier, 67 millions de personnes ont visité la province, une hausse de 6 millions de visiteurs comparativement à 2018.

Le gouvernement du Québec établit les recettes touristiques à près de 19 milliards de dollars en 2025, une hausse de 4,8% par rapport à 2024.

2025 a été une année record pour le tourisme au Québec Par Alicia Miljour | Bien des Américains ont boudé la province, dans un contexte de tensions avec les États-Unis, mais les visiteurs du reste du Canada et d'outre-mer ont été nombreux à nous visiter. C'est ce qu'on apprend dans le bilan du ministère du Tourisme, dévoilé mardi.

Des années difficiles pour les transporteurs aériens

L’année 2026 n’est pas encore terminée et on peut déjà dire qu’elle n’a pas été de tout repos pour l’industrie du voyage... un peu à l’image de 2025.

En 2025, les compagnies aériennes canadiennes ont considérablement réduit leurs activités aux États-Unis, en raison notamment d’une chute de la demande, de tensions politiques et de contraintes opérationnelles.

C’est le cas notamment d’Air Transat qui a diminué son exposition au marché américain au fil des dernières années afin de miser davantage sur des liaisons transatlantiques et des destinations Sud.

Le transporteur aérien annonçait tout de même récemment qu’il prévoyait le retour de la Floride à son offre pour l’hiver 2026‑2027, avec des vols vers Fort Lauderdale. «Cette évolution de notre offre hivernale vise à répondre à la demande de notre clientèle sur des marchés bien établis», a-t-on expliqué à Noovo Info.

Si le marché américain a été quelque peu boudé, plusieurs des grands transporteurs canadiens ont lancé de nouvelles liaisons et de nouvelles destinations dans les Caraïbes et en Amérique du Sud— Rio de Janeiro, Guatemala et Carthagène, en Colombie, entre autres.

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Pont Ambassador Les drapeaux canadien et américain flottent près du pont Ambassador, à la frontière canado-américaine à Windsor, en Ontario, le samedi 21 mars 2020. (Rob Gurdebeke)

Chez Air Canada, son porte-parole, Christophe Hennebelle, a indiqué à Noovo Info que la capacité d’opération évolue chaque saison en fonction de la demande anticipée et qu’il est donc difficile de faire des projections.

«Nous avons eu des destinations en croissance et d’autres en décroissance, soit en nombre de fréquences, soit en nombre de sièges - avec des appareils de taille différente», a-t-il expliqué en guise de bilan.

Air Transat indique que, par rapport à 2024, certaines routes ne sont pas opérées cette année, «par exemple les liaisons vers JFK sont suspendues du fait du prix du carburant», alors que certaines routes sont opérées cette année alors qu’elles l’étaient pas en 2024, «par exemple Toronto-San Antonio ou Washington Dullles-Billy Bishop».

«La réponse est donc variable d’une route à une autre, avec un volume global prévu cette année sur les routes transfrontalières qui reste inférieur à celui de 2024», a conclu M. Hennebelle.

Des crises étrangères peu profitables aux voyages

La situation politique et économique de certains pays a également mis un frein aux plans de plusieurs voyageurs au cours de la dernière année.

Par exemple, en janvier dernier, l’Office de tourisme de Cuba a dû prendre parole afin de rassurer les Québécois - qui représentent 42% des visiteurs à Cuba - pour qu’ils continuent de voyager au pays malgré des menaces du président américain, Donald Trump.

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Baie de La Havane Un homme promène son chien le long de la baie de La Havane, où le navire de la marine mexicaine Papaloapan arrive à Cuba, le jeudi 12 février 2026. (Ramon Espinosa)

La situation n’a guère été facile au fil des mois alors que Cuba a été aux prises avec des coupures de courant et des pénuries de toutes sortes, en raison notamment de l’arrêt des envois de pétrole vénézuélien et l’impact de l’embargo américain. Selon différentes sources, la pénurie de kérosène va se poursuivre dans les aéroports de Cuba au moins jusqu’à avril.

L’attaque des États-Unis au Venezuela et les déclarations du président Donald Trump concernant la Colombie ont aussi inquiété de nombreux voyageurs.

Le Mexique n’a pas été épargné. En février dernier, WestJet, Air Canada, Flair Airlines, Air Transat et Porter Airlines ont toutes annulé ou détourné des vols à destination de la populaire destination touristique de Puerto Vallarta, alors que des violences ont éclaté après que le chef d’un important cartel de la drogue aurait été tué lors d’une opération gouvernementale.

«Varadero nous attend»: un Québécois organise un vol nolisé vers Cuba «J’essaye de les aider du mieux que je peux. Ils ont de la misère à se nourrir.» Face à la suspension des vols vers Cuba, Christian Lemire en a eu assez et a décidé de venir en aide au peuple cubain en lançant un vol nolisé au départ de Montréal à destination de Varadero.

Le conflit au Moyen-Orient a aussi un impact direct sur le secteur aérien mondial en raison de la difficulté d’approvisionnement en kérosène qui provoque, entre autres, une hausse du prix du carburant, des annulations de vols et des surtaxes sur les billets.

Interrogée sur la situation, l’équipe média de Sunwing et WestJet a indiqué à Noovo Info que les transporteurs aériens «suivaient de très près l’impact des contraintes de la chaîne d’approvisionnement sur le carburant».

«Des ajustements supplémentaires pourraient être nécessaires dans les mois à venir», a-t-on précisé.

Pour faire face à la hausse des coûts du carburant – des problèmes liés aux restrictions de passage dans le détroit d’Ormuz –, WestJet a notamment regroupé des vols sur des liaisons moins fréquentées et ajusté ses périodes de voyage pour les offres saisonnières.

Avec des informations de la Presse canadienne, d’Associated Press (FR) et de l’Agence France-Presse.