MONTRÉAL — WestJet emboîte le pas à Air Canada en augmentant ses frais de bagages face à la flambée des prix du kérosène. Il s’agit de la troisième hausse de la compagnie aérienne en deux ans et demi — et d’un poste de dépenses qui ne devrait pas baisser de sitôt, préviennent les experts.
Depuis jeudi, les clients doivent payer 5 $ de plus pour le premier et le deuxième bagage enregistrés à l’avance. Les frais s’élèvent à 10 $ de plus pour le premier et le deuxième bagage enregistrés à l’aéroport, indique la compagnie aérienne basée à Calgary dans un courriel.
Cela signifie que les voyageurs achetant ses billets «UltraBase» paieront désormais entre 55 $ et 65 $ pour le premier bagage et entre 70 $ et 83 $ pour le deuxième sur les vols au Canada, vers les États-Unis, le Mexique et les Caraïbes — s’ils les enregistrent à l’avance. S’ils le font à l’aéroport, cela leur coûtera entre 70 $ et 112 $.
Le prix augmente encore pour les vols vers l’Europe et l’Asie.
Ces hausses cumulées marquent une augmentation spectaculaire par rapport aux 20 $ que les passagers payaient pour enregistrer un bagage sur de nombreux vols WestJet encore en octobre 2023.
Les clients dont les bagages sont surdimensionnés ou en surpoids devront également payer 50 $ de plus qu’auparavant.
«Ces changements sont dus à l’évolution des revenus du secteur ainsi qu’aux répercussions de la situation mondiale actuelle», explique Jen Booth, porte-parole de WestJet.
Hausse de prix à travers le monde
Cette décision fait écho à celle prise la semaine dernière par Air Canada d’augmenter ses frais de bagages, qui passeront de 35 $ à 45 $ pour le premier bagage enregistré en classe économique de base sur les vols intérieurs, vers les États-Unis et vers les destinations de vacances.
Ces politiques plus coûteuses s’inscrivent dans une série de mesures comprenant des surcharges carburant, des tarifs plus élevés et des horaires de vol réduits que les compagnies aériennes du monde entier ont mises en œuvre afin de compenser la flambée des coûts du carburant provoquée par la guerre lancée par les États-Unis et Israël contre l’Iran il y a près de deux mois.
Dans un contexte de cessez-le-feu fragile, Air Canada a annoncé la semaine dernière qu’elle suspendrait une demi-douzaine de liaisons, invoquant des coûts de carburant qui les rendent non rentables.
Lundi, WestJet a annoncé des réductions de capacité de vol d’avril à juin — la réduction pour ce mois-là atteindra 6 %.
Transat a de son côté dévoilé mercredi qu’elle supprimera environ 1000 vols en raison du choc énergétique provoqué par la fermeture actuelle du détroit d’Ormuz, qui achemine habituellement environ un cinquième du pétrole mondial.
Les prix du kérosène ont grimpé encore plus vite que ceux du pétrole brut face à la menace de pénuries massives, alors que la fermeture se prolonge et que les raffineries du golfe Persique font face aux dégâts causés par les attaques iraniennes. Jeudi, le prix du kérosène provenant de la côte américaine du golfe du Mexique était environ le double de son niveau d’avant-guerre.
«Vous pouvez parier que les chefs de la direction et les directeurs financiers de toutes les compagnies aériennes de la planète sont en train de donner des consignes à leurs équipes: économiser chaque litre de carburant possible et trouver toutes les alternatives possibles», explique Rick Erickson, analyste indépendant spécialisé dans l’aviation.
Des hausses qui devraient rester
En supposant que ces prix de l’énergie exorbitants finissent par redescendre, les experts estiment que les compagnies aériennes mettront un certain temps avant de baisser leurs tarifs, leurs surcharges et, surtout, leurs frais de bagages, car elles chercheront à compenser le coup financier.
«Comment une compagnie aérienne peut-elle compenser les pertes subies au premier trimestre, au deuxième trimestre et peut-être même au troisième trimestre de cette année? Les tarifs ne suivront pas l’évolution du prix du pétrole, car il y a cette perte résiduelle dont il faut tenir compte», souligne Jay Sorensen, président du cabinet de conseil IdeaWorksCompany.
Pour l’instant, la flambée du prix du kérosène — le dérivé du pétrole qui alimente les avions — signifie que les appareils plus anciens et moins économes en énergie, ainsi que les liaisons moins rentables, doivent être supprimés, ajoute-t-il. Le fait que les transporteurs aient choisi de mettre de nombreux avions au sol — Lufthansa a annulé 20 000 vols estivaux cette semaine — montre à quel point la situation est grave.
«Lorsqu’une compagnie aérienne immobilise un avion ou réduit ses vols, c’est le signe d’une réelle détresse financière, car ce secteur prospère grâce à l’augmentation de l’activité sur une base de coûts fixes», rappelle M. Sorensen.
«Ce sera une année terrible pour le secteur aérien.»
WestJet et Air Canada ont refusé de dire si elles réduiraient les frais de bagages ou d’autres hausses de prix récentes une fois que les coûts énergétiques se seront stabilisés.
«La situation est en constante évolution. Nous continuerons à examiner l’impact des coûts sur l’ensemble de l’entreprise et évaluerons les frais et les structures tarifaires qui correspondent le mieux aux besoins de nos clients et à la gestion des coûts», indique Jen Booth de WestJet.
Peter Fitzpatrick, porte-parole d’Air Canada, précise que «des raisons liées à la concurrence et d’autres facteurs» l’empêchent de prévoir les prix à plus long terme, les considérations de marché et réglementaires figurant parmi les nombreux facteurs qui entrent en ligne de compte dans la fixation des tarifs bruts.
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Christopher Reynolds, La Presse Canadienne

