En campagne électorale, le gouvernement péquiste de Paul St-Pierre Plamondon s’est engagé à un retour à l’équilibre budgétaire pour l’année financière 2028-2029, principalement en freinant la croissance des dépenses. Une nouvelle étude de l’Institut du Québec (IDQ) conclut pourtant que «couper dans l’État ne suffira pas».
L’IDQ est formel dans sa conclusion: certes, des efforts de compression sont nécessaires pour atteindre l’équilibre budgétaire dans l’horizon 2030, soit la date butoir en vertu de la loi québécoise, mais ils ne seraient pas suffisants pour maintenir cet équilibre à long terme.
L’Institut se base sur des modélisations économiques qui vont jusqu’à 2045 «pour voir ce qui arriverait après l’atteinte de l’équilibre budgétaire».
«Les constats sont très clairs: les déficits pourraient réapparaître très rapidement parce que les dépenses augmentent plus rapidement que les revenus, notamment en santé », a expliqué Simon Savard, économiste principal et directeur adjoint de l’IDQ, en entrevue avec Noovo Info.
Selon l’organisme à but non lucratif, dont la mission vulgarisatrice est de contribuer «au progrès socioéconomique du Québec et au mieux-être des Québécois», le gouvernement récemment élu devrait plutôt s’attaquer à trois leviers de croissance économique pour que les revenus de l’État suivent le rythme des dépenses à long terme: hausser le taux d’emploi, accroître l’immigration et améliorer la productivité.
«Il y a une nécessité, une urgence même, d’augmenter le potentiel économique du Québec pour aider le gouvernement à dégager plus de revenus pour qu’il puisse adéquatement financer ses missions », a affirmé Simon Savard.
Taux d’emploi
Selon les analyses de l’IDQ, l’élargissement du bassin de travailleurs, notamment en prolongeant les carrières, est le levier qui contribue le plus à réduire les déficits à venir au Québec.
«On favorise le maintien en emploi des travailleurs expérimentés, notamment les 60 à 69 ans, mais on n’ajoute pas plus de personnes dans la population, donc ça accroît les revenus de l’État sans nécessairement augmenter les dépenses en contrepartie», a expliqué Simon Savard.
Selon différents scénarios étudiés, une hausse du taux d’emploi des personnes déjà présentes au Québec réduirait le déficit projeté en 2045 de 2,1 % à 0,6 % du PIB.
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Immigration
Le Parti québécois (PQ) a proposé pendant la campagne électorale de fixer à 35 000 le nombre d’admissions permanentes par année au Québec. L’IDQ croit que le parti de «PSPP» devrait revoir ces plafonds d’immigration à la hausse en plaidant que si une immigration plus élevée entraîne des dépenses publiques supplémentaires, elle génère aussi plus de revenus pour l’État, et au final, contribue à réduire le déficit.
«Une immigration plus élevée améliorerait également la trajectoire budgétaire : en 2045, le déficit représenterait 2,8 % du PIB avec 25 000 admissions par année, contre 1,5 % avec 65 000», avance-t-on.
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Simon Savard précise que, selon les études, il serait à l’avantage du gouvernement du Québec de miser sur l’immigration économique et sur des candidats qui sont en accord avec les besoins du marché du travail.
«On sait qu’il y a de plus en plus d’immigrants permanents qui sont choisis à même ceux qui sont déjà ici, en tant qu’immigrants temporaires, alors est-ce qu’on peut s’assurer de choisir ceux qui ont le meilleur potentiel économique?», s’interroge M. Savard.
Productivité
L’IDQ est d’avis qu’une économie plus productive est essentielle pour améliorer le niveau de vie et créer de la richesse, et déplore que le Québec accuse un retard sur ce plan par rapport au reste du Canada.
Toutefois, les simulations de l’IDQ concluent qu’il n’existe pas de solution miracle: une hausse de la productivité dans le secteur privé ne réduit que légèrement le déficit, puisqu’elle entraîne aussi, à terme, des salaires plus élevés et donc des services publics plus coûteux.
L’IDQ souligne également une difficulté de mesure. «Comme les services publics ne sont pas vendus à un prix de marché, leur “production” est largement mesurée par leur coût. Dépenser plus peut ainsi passer pour produire plus, sans garantie de services plus nombreux ou de meilleure qualité», a-t-on mis en lumière.
L’IDQ croit que le Québec gagnerait à mieux mesurer les services rendus par rapport aux ressources utilisées, à l’image du Royaume-Uni, qui produit des indicateurs de productivité propres aux services publics.
Les scénarios de l’Institut du Québec peuvent évidemment évoluer autrement, selon les choix gouvernementaux qui seront faits dans les prochaines années. «On ne s’est pas commis à dire si en 2030 on va financer la même quantité de services ou si des programmes seront abandonnés ou encore si des investissements en infrastructure seront mis sur la glace. Tout ça pourrait durablement influencer la croissance des dépenses à long terme», a conclu M. Savard.

