La majorité des efforts à fournir pour atteindre l’équilibre budgétaire tomberont dans la cour du prochain gouvernement, selon l’analyse du Vérificateur général du Québec portant sur le rapport préélectoral 2026, dévoilée lundi.
Québec devra se serrer la ceinture pour respecter la Loi sur l’équilibre budgétaire, qui exige d’enrayer le déficit d’ici 2029-2030.
Le prochain gouvernement devra fournir des efforts budgétaires de 2 milliards $ dès l’an prochain pour maintenir le cap vers l’équilibre budgétaire. L’année suivante, le cadre financier prévoit un effort de 3 milliards $, en plus d’un écart de 1,85 milliard $ à résorber.
«Je vous dirais que les efforts les plus importants pour atteindre l’équilibre budgétaire sont consacrés en 2028-2029 et en 2029-2030», répond la vérificatrice générale, Christine Roy, en conférence de presse.
«C’est plus de 70 % des mesures qui devront être mises en place dans les deux dernières années du plan de retour à l’équilibre budgétaire», enchaîne-t-elle.
La vérificatrice générale reconnaît que les partis politiques n’ont pas «une grande marge de manœuvre» pour de nouvelles promesses dans leur cadre budgétaire.
«Ça appartient aux partis politiques de décider s’ils veulent faire des mesures additionnelles, mais à ce moment-là, ils doivent expliquer comment ils vont les financer», précise-t-elle.
«Les bonbons électoraux» dénoncés
Si le ministre des Finances, Eric Girard, affirme que la situation budgétaire du Québec s’améliore par rapport aux précédentes prévisions de son ministère, le Parti libéral (PLQ) et le Parti québécois (PQ) accusent le gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ) de laisser les finances publiques en piètre état avant la prochaine élection.
Le porte-parole libéral en matière de finances publiques, Frédéric Beauchemin, accuse la première ministre, Christine Fréchette, d’avoir fait une série d’annonces préélectorale, malgré le déficit. «Elle était au courant de l’état de finances publiques.»
Le porte-parole du Parti québécois (PQ) en matière d’efficacité gouvernementale, Pascal Paradis, accuse, lui aussi, la première ministre de s’être montrée dépensière après avoir remporté la course à la chefferie au printemps dernier.
«Christine Fréchette a continué à avoir les deux mains dans le plat de bonbons électoraux pour promettre les milliards à tout vent, alors que c’est ça la situation financière du Québec», dénonce M. Paradis.
M. Girard reconnaît que Mme Fréchette a promis 2,3 milliards $ de nouvelles mesures sur cinq ans. C’est un peu plus que l’enveloppe de 1 milliard $ qui était prévu à cette fin dans le budget du printemps dernier.
La situation budgétaire a toutefois été meilleure que les prévisions du ministère, ce qui a donné plus de marge de manœuvre à la première ministre, défend-il. «On a utilisé seulement une partie de cette amélioration», répond-il.
Une pression sur les services
Dans l’ensemble, la vérificatrice juge les hypothèses du gouvernement «plausibles», mais elle précise que leurs réalisations constituent un défi.
Elle prévient que les choix à venir pourraient avoir un impact sur les services à la population et les investissements dans les infrastructures vieillissantes.
Pour atteindre l’équilibre budgétaire, le gouvernement de la CAQ mise sur «une modération» de la croissance des dépenses. Ce ralentissement implique la réduction ou la fin du financement de certaines activités de programme.
L’écart à résorber, pour sa part, représente la partie non identifiée des actions à prendre pour atteindre l’équilibre budgétaire.
En théorie, cet écart pourrait se combler en réduisant davantage les dépenses, en mettant en place de nouvelles sources de revenus, avec une amélioration de la situation économique ou en utilisant les provisions prévues en cas de choc économique.
Chez Québec solidaire, la porte-parole, Ruba Ghazal, accuse la CAQ de mettre la table vers un «saccage» des services publics. «À Québec solidaire, on refuse de choisir entre des services publics essentiels et des infrastructures en ruine», réagit la candidate solidaire au poste de première ministre dans un communiqué.
Le rapport n’est pas une surprise préélectorale. Dans ses deux derniers budgets, le ministre a mentionné la présence d’écart à résorber au cours des prochains exercices.
Dans sa réponse contenue dans le rapport, le ministère des Finances défend son choix de laisser un écart à résorber aux états financiers.
Cette décision permet d’éviter des compressions qui ne seraient pas nécessaires si la situation économique était meilleure que prévu, selon lui.
L’ombre de Trump
La grande question demeure l’évolution des négociations commerciales entre le Canada et les États-Unis. Le gouvernement Carney tente d’éviter de nouveaux droits de douane de 50 %, que menace d’imposer l’administration Trump, mercredi.
«Tout ça, ça va dépendre de ce qui se passe cette semaine, on est dans l’incertitude», constate Mme Roy.
«Si ça se concrétise cette semaine (les nouveaux droits de douane), chacun des partis politiques devra faire un ajustement à son cadre financier et tenir compte de la situation», ajoute-t-elle.
Le ministre Girard explique qu’il reste de nombreuses incertitudes, notamment sur les droits de douane des États-Unis et le conflit en Iran.
«Il y a des possibilités de nouvelles positives, tout comme des nouvelles négatives, indique-t-il. Il y a deux côtés à la distribution de probabilités, il ne faut jamais l’oublier.»

