Élections Québec 2026

«Pas de marge de manœuvre» pour financer les promesses électorales

Difficile d’imaginer les chefs parcourir le Québec les mains vides, concède l’expert.

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Politique: vers une campagne électorale imprévisible? Selon un sondage mené par la firme Léger, plusieurs électeurs sont indécis concernant leur vote le 5 octobre prochain. Alain Rayes analyse le tout.

Produire un cadre financier crédible sera un exercice particulièrement difficile pour les partis politiques qui tenteront de convaincre les Québécois de les porter au pouvoir.

«(Le plus récent portrait des finances publiques) ne donne pas de marge de manœuvre pour faire des engagements financiers ayant un coût», résume le directeur de la Chaire en fiscalité et en finances publiques à l’Université de Sherbrooke, Luc Godbout, en entrevue.

Difficile d’imaginer les chefs parcourir le Québec les mains vides, concède l’expert. «C’est un peu improbable que les partis politiques ne fassent aucun engagement. Je pense que ça fait partie d’une campagne électorale

«Si les partis politiques veulent respecter le plan de retour à l’équilibre, chaque engagement financier entraînant un manque à gagner pour l’État devrait être assorti (des moyens qui seront pris pour) financer ce nouvel engagement-là», enchaîne M. Godbout.

Près de 70 % des efforts budgétaires à fournir tomberont dans la cour du prochain gouvernement, a souligné la vérificatrice générale, Christine Roy, lors d’une conférence de presse portant sur le rapport préélectoral plus tôt ce mois-ci.

Des efforts budgétaires de 2 milliards $ seront nécessaires dès l’an prochain. L’année suivante, le cadre financier prévoit un effort de 3 milliards $, en plus d’un écart de 1,85 milliard $ qui n’a pas encore été identifié.

Mme Roy a également prévenu que les choix à venir pourraient avoir un impact sur les services à la population et les investissements dans les infrastructures vieillissantes.

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La croissance des dépenses devra se limiter à 2,5 % l’an prochain et à seulement 1 % l’année suivante. Les conventions collectives prévoient toutefois des augmentations annuelles de 3,5 %, souligne le rapport de la vérificatrice générale.

En comparaison, les dépenses du gouvernement ont augmenté en moyenne de 6 % au cours des dix dernières années.

Le prochain gouvernement pourrait difficilement éviter des choix budgétaires impopulaires. Le gouvernement Couillard a d’ailleurs subi une défaite électorale après avoir diminué le rythme des croissances de dépenses.

Or, l’idée de jouer sur la ligne des revenus est encore moins populaire, tandis que les électeurs, préoccupés par le coût de la vie, ont peu d’appétit pour les hausses d’impôts.

Les deux tiers des Québécois préféreraient une réduction des services à une hausse d’impôts, selon un sondage de la firme Léger effectué pour le compte de la Chaire en fiscalité et en finances publiques à l’Université de Sherbrooke.

De nouvelles règles au jeu

Ce n’est pas la première fois qu’une campagne électorale se déroule dans un contexte serré pour les finances publiques.

Cette information n’était toutefois pas aussi explicite à l’époque où le gouvernement ne produisait pas le rapport préélectoral sur les finances publiques. Une fois élus, les gouvernements Charest, Marois et Couillard ont tous affirmé avoir découvert des finances publiques dans un plus mauvais état que prévu.

«C’est ça, la beauté du rapport préélectoral, c’était que maintenant, personne ne peut feindre l’ignorance», indique M. Godbout.

Pour bien respecter les règles du jeu, l’expert invite les partis à ne pas jouer sur certains paramètres.

Par exemple, il juge que les partis ne devraient pas miser sur une plus forte croissance économique que les prévisions du rapport préélectoral, en l’attribuant à leurs politiques.

«L’exercice de comparer les cadres financiers perdrait alors son sens», prévient M. Godbout.

En pleine guerre commerciale

À ce casse-tête, une guerre commerciale entre le Canada et les États-Unis, qui risque d’accroître les dépenses et réduire les revenus, vient de s’ajouter aux défis économiques du Québec.

La vérificatrice générale a jugé les hypothèses budgétaires du ministère des Finances «plausibles», avant que les négociations entre Ottawa et Washington achoppent.

Elle mentionnait toutefois que le contexte économique est incertain. «Si ça se concrétise (les nouveaux droits de douane), chacun des partis politiques devra faire un ajustement à son cadre financier et tenir compte de la situation», avait-elle mis en garde.

Les chefs pourraient toutefois trouver dans la crise un argument pour repousser l’objectif du retour à l’équilibre budgétaire.

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«C’est le rôle du gouvernement de stabiliser l’économie à court terme pour qu’on passe à travers la tempête», explique l’économiste et stratège en chef chez iA Groupe financier, Sébastien Mc Mahon.

«Oui, ça met de la pression sur le cadre financier québécois, mais je ne pense pas qu’on devrait s’indigner de ça. C’est une utilisation qui est saine des finances publiques», juge-t-il.

L’économiste en chef du Mouvement Desjardins, Jimmy Jean, croit lui aussi que le gouvernement a un rôle à jouer en temps de crise, mais il estime que la marge de manœuvre du Québec est limitée.

Il rappelle que l’agence Standard & Poor’s a abaissé la cote de crédit du Québec l’an dernier. «Il faut quand même garder à l’esprit que la tolérance pour de mauvaises décisions est très faible», prévient-il.

Stéphane Rolland

Stéphane Rolland

Journaliste