Le Parti libéral du Québec (PLQ), dirigé par Charles Milliard, a conservé son statut d’opposition officielle à l’Assemblée nationale lors des élections québécoises de 2026.
En fait, le PLQ a plus que conservé ce statut: il l’a renforcé.
«Nous étions 18 députés et maintenant, nous sommes 40», s’est exclamé M. Milliard devant la foule lors du rassemblement libéral à la microbrasserie Octave de Magog.
Dans l’attente des résultats officiels, le PLQ a donc selon toute vraisemblance doublé sa présence à Québec, derrière un gouvernement minoritaire du Parti québécois (PQ) dirigé par le premier ministre élu Paul St-Pierre Plamondon.
Aux antipodes avec le PQ sur la question référendaire, le chef Charles Milliard se dit prêt à écouter le futur gouvernement sur plusieurs points.
Le parti s’engage à examiner les propositions du futur gouvernement péquiste en ayant en tête l’amélioration de la qualité de vie des Québécois. Si un projet donné respecte ce critère, «on sera disposé à travailler ensemble», a assuré M. Milliard.
En logement, en santé, en économie, «vous trouverez des interlocuteurs sérieux», a déclaré le chef Milliard en s’adressant à «PSPP» par l’entremise des médias.
«Mais pour préparer votre référendum, vous allez trouver une opposition déterminée», a prévenu M. Milliard.
Le chef a été élu dans sa circonscription, Orford. Il avait visité le local électoral d’Orford à 9h30. Puis, il s’était rendu à l’école primaire de North Hatley pour voter.
M. Milliard a été élu chef du PLQ après la controverse qui s’est soldée par le départ du leader Pablo Rodriguez. Le chef du PLQ a eu le meilleur notamment sur son adversaire péquiste Jocelyn Caron.
Leurs applaudissements ont retenti au rassemblement à l’Octave de Magog lorsque les réseaux de télévision ont annoncé la réélection de Marc Tanguay (LaFontaine) et d’André Fortin (Pontiac).
Voici comment s’est déroulée la soirée électorale 2026 pour les libéraux de Milliard.
Une première péquiste en Outaouais depuis... René-Lévesque
En Outaouais, le PQ n’avait rien gagné dans la région depuis l’époque de René Lévesque.
Cette époque est révolue.
Le PLQ a dominé la région qui lui est historiquement favorable, mais a dû céder la circonscription de Papineau au parti de Paul St-Pierre Plamondon, après huit ans d’un certain contrôle caquiste.
L’Outaouais a longtemps été une terre presque entièrement libérale. En 2014, le PLQ avait raflé les cinq circonscriptions de la région avec environ 60% du vote régional. Quatre ans plus tard, la vague caquiste avait changé la donne: la CAQ avait remporté Chapleau, Gatineau et Papineau, tandis que les libéraux avaient conservé Hull et Pontiac. Même Hull a viré bleu CAQ le 3 octobre 2022.
Hull avait basculé dans le giron de la CAQ en 2022 après des décennies de domination libérale. Ce n’était qu’une courte parenthèse.
La députée sortante Suzanne Tremblay a été reléguée dans le peloton des candidats. Sacha Cannon, candidat libéral, s’est imposé. Quand les bureaux de vote seront tous dépouillés, une victoire par une marge de plus de 20 points de pourcentage est dans le domaine du possible pour celui qui est membre du PLQ depuis l’âge de 16 ans.
Une logique similaire s’applique dans Gatineau, détenue par la CAQ depuis 2018. David Logue a repris le siège pour le PLQ face au caquiste William Robertson, au péquiste Raphaël Déry, au conservateur Bertin Aboussou et à la solidaire Emmanuelle Tremblay.
Dans Chapleau, la bataille paraissait plus serrée, mais le député caquiste Mathieu Lévesque n’a pu conserver son siège, enlevé par le libéral Michel Langevin.
Mais la surprise a eu lieu dans circonscription la plus intéressante de toute la région: Papineau, vaste secteur rural à l’est de Gatineau.
La candidate Isabelle Millette (23%) a offert au PQ sa première victoire en Outaouais depuis les élections du 15 novembre 1976. Ce scrutin avait marqué l’arrivée du parti indépendantiste au pouvoir, quelques années avant le premier référendum sur la souveraineté.
Le parti désormais mené par Paul St-Pierre Plamondon promet d’interroger les Québécois sur leur indépendance dès un premier mandat, mais après le départ de Donald Trump de la présidence aux États-Unis.
Ailleurs en Outaouais, il n’y a pas eu de suspense: le député libéral sortant André Fortin, élu depuis 2014, a gardé son siège dans Pontiac.
Le fils de Jean Charest débarque dans Verdun
À Montréal, un territoire largement dominé par les libéraux à l’ouest, la circonscription de Verdun, arrachée aux libéraux par la solidaire Alejandra Zaga Mendez par une marge de 461 voix, le fils de l’ancien premier ministre Jean Charest l’a emporté.
Antoine Dionne Charest, s’y présentait pour le PLQ. La Presse canadienne a prévu sa victoire à 22h27, mais son avance n’était que d’environ 500 voix sur Mme Mendez après le dépouillement de 96% des boîtes de votes.
Reprise de bastions estriens, mais défaite serrée à Sherbrooke
En Estrie, lors des élections québécoises de 2026, les huit circonscriptions de la région faisaient l’objet de courses importantes. Dans cette région qui, pourtant, a longtemps été rouge avant l’ère caquiste, le PQ avait dans son viseur des gains possibles.
Dans les derniers jours de la campagne électorale, M. Milliard est retourné en Estrie, dans un dernier effort pour convaincre les indécis. L’ancien président de la Fédération des Chambres de commerce du Québec (FCCQ) est passé à Cowansville, dans Brome-Missisquoi, et à Sherbrooke, afin de prêter main-forte à ses candidats.
Cette aide n’a pas suffi au député sortant dans Sherbrooke, Pierre Cossette.
Dans la plus grosse ville de l’Estrie et où l’Université de Sherbrooke est sise, le vote étudiant pourrait avoir eu un impact important sur la composition de l’Assemblée nationale: la députée sortante solidaire Stéphanie Vachon a l’emporté par à peine 1% des voix (481) devant M. Cossette.
Dans Brome-Missisquoi, historiquement libérale depuis le début des années 2000, mais passée aux mains de la CAQ sous François Legault, était mûre pour redevenir rouge.
Frédéric Beauchemin s’y présentait pour le PLQ, après avoir été élu dans Marguerite-Bourgeoys à Montréal en 2022. Devenu le porte-parole libéral de la région de l’Estrie en avril dernier, il l’a emporté, notamment contre le péquiste Patrick Melchior.
Des gains libéraux en Montérégie
En Montérégie, comme sur la couronne Nord, ce fut une déconfiture caquiste qui a généralement profité au PLQ.
À l’est, le PQ a dominé, ce qui n’était toutefois pas le cas dans l’ouest. Près de Montréal et de la frontière ontarienne, les libéraux ont regagné du terrain.
Le PLQ avait conservé seulement deux circonscriptions dans ce secteur lors du scrutin de 2022: La Pinière et Vaudreuil.
La libérale Linda Caron a conservé son siège dans La Pinière.
Dans Vaudreuil, circonscription représentée à l’Assemblée nationale par Marie-Claude Nichols, c’était dans la poche d’avance pour le PLQ. James Hughes a gagné.
Le rouge a aussi gagné Soulanges. La députée caquiste sortante Marilyne Picard n’a pu résister, et le libéral Olivier Bertin-Mahieux l’a emporté.
À Châteauguay, le libéral Félix Rhéaume a enlevé le siège.
Plus au sud, Huntingdon a fait l’objet d’un gain important pour le PQ. Le libéral Connor Stacey le péquiste Frédéric Laplante a eu le meilleur sur son adversaire libéral Connor Stacey.
Balayage libéral à Laval
À Laval, les deux tiers des six circonscriptions de l’île Jésus étaient caquistes depuis l’élection de 2022. Voilà qui a changé radicalement en 2026, avec un balayage libéral.
Si la CAQ voulait une chance de remporter les élections provinciales, il fallait potentiellement une bonne soirée à Laval, où le parti de Mme Fréchette détenait quatre sièges avant le scrutin. C’est l’inverse qui s’est produit.
Dans Sainte-Rose, le ministre sortant des Relations internationales et la Francophonie a perdu. La candidate libérale Cécile Tremblay a été préférée au député de la CAQ.
Dans Laval-des-Rapides, il y a aussi le cas de Céline Haytayan. Victorieuse en 2022, la députée a été l’une des dizaines d’élues à quitter le navire caquiste avant le déclenchement de la campagne électorale.
Caroline De Guire l’a emporté dans cette circonscription bordée par la rivière des Prairies au sud (33%, ±7%), dans une lutte pour un possible balayage libéral à Laval.
D’ailleurs, l’équipe du chef libéral Charles Milliard n’a pas eu à craindre dans la circonscription de Chomedey. Le PLQ a refusé à Sona Lakhoyan Olivier de réintégrer ses rangs et la députée sortante s’y présente comme candidate indépendante.
Malgré ce qu’on sait sur Mme Lakhoyan dans la foulée des controverses qui ont plombé le parti et des déboires de l’ex-chef Pablo Rodriguez, la nouvelle candidate Madeleine Féquière a signé une victoire libérale dans ce bastion historique du PLQ qui lui appartient depuis la création du comté au tout début des années 1980.
Marie-Claude Fournier (Fabre), Virginie Dufour (députée sortante dans les Mille-Îles) et Louis Ialenti (Vimont-Auteuil) ont complété le balayage libéral à Laval.
Le deuxième souffle
La campagne de M. Milliard a trouvé son second souffle après les débats nationaux. Ceux-ci lui ont permis de se faire connaître, lui qui souffrait d’un déficit de notoriété.
D’ailleurs, le fait qu’il n’ait pas mis son visage sur son autocar dès le début de la campagne lui a valu bien des critiques, même à l’intérieur de son propre parti.
Pancartes pas assez rouges, slogan peu inspirant, 12 figures du Parti libéral du Québec (PLQ) se sont plaintes anonymement à Radio-Canada d’un début de campagne «timide», voire «mauvais».
On craignait alors pour son élection dans Orford, en Estrie.
Mais Charles Milliard se retrousse les manches, multiplie les bains de foule. Il est à l’aise dans toutes les situations, aime discuter avec les gens, et cela paraît.
Au total, il aura participé à près de 130 événements de campagne, et ce, dans la plupart des régions du Québec. Il se fera cependant reprocher de ne pas s’être rendu en Gaspésie.
C’est en deuxième moitié de campagne qu’il hausse le ton, dénonçant les effets néfastes de la possible tenue d’un référendum sur la souveraineté du Québec.
Des candidats libéraux rencontrés sur le terrain affirment alors sentir le vent tourner, M. Milliard ayant réussi à capter l’attention des électeurs, selon eux.
Il trébuche quelque peu sur l’interdiction du port de signes religieux dans les écoles qui s’étend notamment aux parents bénévoles. C’est injuste, dit-il, mais il ne changera pas la loi.
En entrevue à La Presse Canadienne, Charles Milliard confie ne pas être un fédéraliste pur et dur, et jure qu’il revendiquera de nouveaux pouvoirs pour le Québec s’il est élu premier ministre.
Plus de pouvoirs en immigration, en culture, le capitaine des rouges promet également de construire 100 000 nouveaux logements et de déployer une plateforme publique de télésanté.
Il s’engage en outre à lancer des états généraux en éducation.
Tout au long de la campagne, M. Milliard refusera mordicus de prendre des engagements tape-à-l’oeil, disant préférer promettre des choses qu’il est sûr de pouvoir livrer.
«Je suis resté moi-même. Je n’ai pas succombé à des demandes X, Y, Z. Je suis toujours le même gars que j’étais le 27 août», s’est-il d’ailleurs félicité en mêlée de presse lundi matin.
Détenteur d’un MBA, Charles Milliard est pharmacien de formation. Il a oeuvré pendant plusieurs années comme président de la Fédération des chambres de commerce du Québec.
Avec de l’information de Caroline Plante pour La Presse canadienne
