Politique

Bombardier prête à aider Saab à construire des avions de chasse pour l’armée canadienne

Mais le constructeur aéronautique québécois peut-il vraiment assumer une pareille commande? Entrevue avec le PDG Éric Martel.

Publié le 

Des avions de chasse assemblés par Saab au Canada? Bombardier prête à aider

Bombardier est prête à aider Saab dans l’éventualité où le développeur aéronautique suédois en venait à décrocher un contrat d’assemblage d’avions de chasse pour les Forces armées canadiennes (FAC).

En entrevue avec CTV News, le président-directeur général de Bombardier, Éric Martel, a avancé lundi que Saab avait approché le manufacturier constructeur aéronautique québécois en marge de ses négociations avec le gouvernement canadien.

Compte tenu de ce que M. Martel décrit comme une excellente relation d’affaires avec l’ancien constructeur automobile, il n’y a pas lieu de refuser le soutien de Bombardier à Saab…

Mais ce serait tout un contrat pour la compagnie dont le quartier général est situé à Montréal. Saab prétend créer 10 000 nouveaux emplois au Canada en construisant son Gripen chez nous. À titre indicatif, Bombardier employait 12 000 personnes cette année au Canada.

Est-il réaliste pour Bombardier de décrocher un tel contrat pour la défense nationale, à l’heure où le gouvernement de Mark Carney investit massivement dans ce secteur, à hauteur de 9 milliards de dollars supplémentaires par année?

Le PDG de Bombardier n’a pas été interrogé à ce sujet par CTV News, mais son entreprise se tient prête, assure-t-il.

«On travaille ensemble, ça fait 15 ans, on se connaît bien», a rappelé M. Martel dans son entretien avec CTV News au sujet de Saab et d’un appareil connu sous le nom de GlobalEye. «Saab est un partenaire de Bombardier depuis longtemps pour [cet] avion dit AEW&C, qui est un avion de reconnaissance.»

«On a fait des choses extraordinaires ensemble. On a produit le GlobalEye qui vole un peu partout dans le monde, plusieurs pays l’ont choisi déjà.»

—  Éric Martel, PDG de Bombardier

Pourtant, depuis que le nom du fleuron canadien de l’aéronautique a surgi dans le dossier, des experts ont questionné la capacité de Bombardier à assumer une pareille commande, quelques années seulement après une restructuration majeure issue d’une dette qui a failli détruire l’entreprise. Le redressement a entraîné des pertes d’emplois par milliers.

«Ils ont très bien fait dernièrement.. mais comment passer de là à devenir un véritable fabricant d’équipements de défense?» s’est interrogé l’analyste et consultant en aéronautique Richard Aboulafia dans un entretien avec le Financial Post.

Le premier ministre François Legault y croit, comme il l’a montré quand il a soutenu Bombardier en juin dernier.

M. Martel assure ne pas connaître «les secrets» des pourparlers entre Ottawa et Saab mais, «clairement, si jamais notre partenaire suédois a besoin d’aide pour gagner le contrat, c’est sûr qu’on va les aider», dit-il.

Autrement, le chiffre de 10 000 nouveaux emplois en a fait sourciller certains. Des experts universitaires ont déclaré vendredi ne pas disposer d’informations suffisantes pour se prononcer avec certitude sur l’offre de Saab.

En guise d’exemple, Ugurhan Berkok, économiste spécialisé dans la défense au Collège militaire royal, s’est dit sceptique.

«Je ne suis pas contre la collaboration avec Saab, mais je me base simplement sur les chiffres: 10 000, cela me semble très élevé», a commenté M. Berkok auprès de la Presse canadienne. «À terme, peut-être, si nous nous associons à Saab et que nous assemblons les avions ici.»

Il a ajouté que le secteur canadien de la défense emploie environ 60 000 personnes au total, dont plus de la moitié sont directement impliquées dans la défense.

Craig Stone, professeur associé émérite en études de défense au Collège des Forces canadiennes, a souligné qu’il existe plusieurs façons de modéliser ou de construire ces chiffres.

«J’aimerais voir comment ils ont obtenu ces données», a-t-il dit à la Presse canadienne.

Le PDG de Bombardier, lui, tente de nuancer. «Il y a toujours du direct et de l’indirect», note Éric Martel.

«Oui, on a 12 000 employés mais, en fait, on crée 49 000 emplois avec nos fournisseurs et toutes sortes d’autres choses indirectes», cite-t-il en exemple.

«Alors 10 000… Je n’ai pas fait la réconciliation de leur chiffre, ils l’ont avancé, mais je peux croire qu’avec le temps… Au début, il va y avoir une période intense à construire les avions où on pourrait les aider. Après, ces avions vont voler pendant 30 ans. Ça va prendre des gens qui vont [les entretenir].»

D’ici là, Bombardier laisse aller Saab dans ses discussions avec le gouvernement du Canada. «S’ils gagnent le contrat, on va regarder comment on les aide», promet M. Martel.