Éducation

L’interdiction du cellulaire à l’école n’a pas tout réglé

La première année d’interdiction du cellulaire à l’école se termine. Il y a des effets positifs, mais un expert craint qu’elle ne masque le véritable problème de la dépendance numérique.

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Interdiction du cellulaire à l'école: bilan de l'an 1 avec le psychiatre Vincent Paquin Le Dr Vincent Paquin, psychiatre et professeur à l'Université McGill, prévient que bannir les écrans des classes ne suffit pas à protéger la santé mentale des adolescents.

L’année scolaire 2025-2026 a été marquée par la décision du gouvernement du Québec d’interdire l’usage du cellulaire à l’école. La fin des classes approche et on découvre des effets réellement bénéfiques à la mesure. Mais il y a un mais.

Un psychiatre québécois prévient que bannir les écrans des classes ne suffit pas à protéger la santé mentale des adolescents.

Pourtant, le Centre de services scolaire (CSS) de la Capitale, qui administre une cinquantaine d’écoles primaires et secondaires à Québec, a indiqué à Noovo Info que de manière générale, les élèves collaborent bien à cette nouvelle mesure et qu’à ce stade, les retombées observées sont positives, tant pour les élèves que pour le personnel.

«Selon certaines directions et des membres du personnel, les élèves interagissent davantage entre eux, participent plus aux activités et se montrent plus concentrés en classe», a écrit Jade Thibodeau, conseillère en communications au CSS de la Capitale, dans un courriel envoyé à Noovo Info.

Le constat est sensiblement le même pour le Centre de services scolaire de Montréal : «On remarque que les élèves participent davantage aux activités mises à leur disposition lors des pauses et sur l’heure du midi, comme les jeux de société, des activités sportives et parascolaires», a partagé Alain Perron de l’équipe des relations de presse.

Au Cabinet de la ministre de l’Éducation, les commentaires abondent dans le même sens. «Plusieurs intervenants du réseau ont rapporté publiquement des effets bénéfiques, notamment une hausse de la participation aux activités scolaires et parascolaires, l’amélioration de la socialisation et une concentration plus soutenue en classe. Nous le constatons sur le terrain lors de nos visites dans les écoles», a-t-on partagé.

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Interdiction du cellulaire au primaire et au secondaire: des élèves s'expriment Il y a un an, le ministère de l’Éducation instaurait une interdiction du cellulaire pour les élèves du primaire et du secondaire. À l’approche de la fin de l’année scolaire, Noovo Info est allé rencontrer quelques élèves à ce sujet.

Et si le cellulaire n’était pas le problème?

Plusieurs acteurs du milieu scolaire remarquent des bénéfices chez les jeunes — mais aussi quelques failles depuis l’interdiction du cellulaire dans les écoles primaires et secondaires. Certains spécialistes croient qu’on ne s’attaque pas au bon problème, soit l’aspect addictif de l’utilisation du cellulaire et de ses applications.

C’est le cas du psychiatre Vincent Paquin, professeur adjoint au département de psychiatrie de l’Université McGill. Le Dr Paquin estime que le fait de retirer les cellulaires des écoles a sans doute des avantages pour les jeunes et les enseignants, mais que cette mesure n’est pas suffisante pour améliorer la santé mentale des jeunes et leur rapport aux technologies.

«Quand les jeunes retournent à la maison, ils sont exposés aux mêmes contenus et aux mêmes applications qui, bien qu’elles puissent offrir des expériences positives dans certains cas, sont quand même conçues pour maximiser l’utilisation, et souvent au détriment du bien-être des jeunes», a expliqué le professeur adjoint en entrevue avec Noovo Info.

Le psychiatre souligne qu’à la fin de leur secondaire, les jeunes vont retrouver un accès à leur cellulaire 24 heures sur 24 et sept jours sur sept, sans vraiment y être préparés.

«Ils ne seront peut-être pas prêts à contrôler toutes les distractions et le stress qui peuvent être engendrés par la technologie »,note le Dr Paquin.

«En interdisant les cellulaires dans les écoles, on crée un espace sans écran, on améliore l’atmosphère, mais on perd peut-être une opportunité de préparer les jeunes à un meilleur contrôle de leur écran dans un contexte où leurs responsabilités vont croître au fil des années.»

—  Le psychiatre Vincent Paquin, professeur adjoint au département de psychiatrie de l’Université McGill

Le Dr Vincent Paquin croit par ailleurs que les écoles dans lesquelles les jeunes ont accès à un milieu de vie animé et diversifié ont plus de chances de tirer des bénéfices de l’interdiction du cellulaire, Dans les écoles où la vie sociale est moins active, les risques d’avoir des contrecoups à cette mesure sont plus grands.

«Interdire le cellulaire alors que le climat social n’est pas bon, ça peut en quelque sorte démasquer un problème plus important comme l’exclusion sociale ou l’intimidation. Sans cellulaire, les jeunes sont exposés. On note parfois une augmentation de la violence ou des conflits.»

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Le psychiatre est aussi d’avis que le nerf de la guerre lorsqu’il est question de l’utilisation du cellulaire réside dans les pratiques commerciales des entreprises qui poussent les utilisateurs à passer le maximum de temps sur les applications. «L’interdiction du cellulaire à l’école ne s’attaque pas à ça», constate le Dr Paquin.

«La base du problème, c’est le défilement infini sur les applications, les algorithmes qui nous présentent du contenu choquant, polarisant, qui génère de l’anxiété, ce sont les notifications non sollicitées qui nous encouragent à revenir sur l’application alors qu’on ne voulait pas le faire», énumère le psychiatre.

Cellulaire : usage adéquat ou excessif?

Le Dr Vincent Paquin est d’avis qu’il y a un certain niveau d’usage du téléphone cellulaire (ou de la tablette) que l’on peut considérer comme normal.

«Il faut penser à l’importance des médias numériques comme outil de communication, autant chez les adultes que chez les jeunes, et c’est aussi un moyen d’accéder à du divertissement et d’obtenir des informations», dit le professionnel de McGill.

Le Dr Paquin ajoute que là où un jeune (et même un adulte) peut atteindre un point de bascule, c’est lorsque l’usage devient difficile à contrôler et qu’il persiste ou augmente au fil du temps malgré des effets négatifs sur le bien-être, sur la santé mentale ou sur la capacité à fonctionner à l’école ou au travail.

«Si le temps d’écran ou l’utilisation du cellulaire empiète sur des activités importantes comme les relations interpersonnelles, le sommeil, l’activité physique et les travaux scolaires, c’est un signe que l’usage peut être problématique», partage le psychiatre.

Le Dr Paquin va d’ailleurs un peu plus loin et conseille aux parents notamment de ne pas s’attarder uniquement au temps d’utilisation du cellulaire de leur jeune, «qui n’est pas toujours le meilleur indicateur pour identifier si un usage est sain ou non», mais aussi au contenu.

«Il y a des contenus à plus haut risque qui peuvent avoir des conséquences négatives importantes sur le bien-être du jeune, comme la cyberintimidation, l’exposition à des contenus violents ou polarisants au niveau idéologique ou politique, ou des contenus inappropriés parce qu’ils encouragent des comportements à risque, comme les contenus qui font la promotion de la restriction alimentaire ou de l’automutilation», explique le psychiatre.

Si votre jeune passe du temps sur son cellulaire ou sa tablette dans le but de garder contact avec ses amis, qu’il utilise les médias numériques pour se divertir ou s’informer, ou qu’il peaufine des intérêts comme l’art, il ne devrait pas y avoir lieu de s’inquiéter, croit le Dr Paquin. «Il ne faut pas négliger les interactions qui sont bénéfiques, c’est pour ça qu’au-delà du temps d’écran, il faut s’intéresser à ce que les jeunes font en ligne.»

Le danger des applications

S’il est aujourd’hui reconnu qu’un temps d’écran excessif peut avoir des impacts sur la santé et le développement des plus petits, notamment concernant le langage, la santé des yeux et les risques de maladies cardiaques, il y a aussi des effets dans le quotidien des plus grands, notamment chez nos ados.

«Un usage prolongé du cellulaire peut avoir des répercussions sur la capacité de notre ado à bien faire ses devoirs, à bien dormir, à être bien concentré en classe, etc.», prévient le Dr Vincent Paquin..

Le fait d’avoir les yeux rivés sur un écran pendant des heures à regarder des vidéos défiler l’une après l’autre ne convient évidemment pas comme meilleure façon pour un jeune d’être actif — ni physiquement, ni mentalement.

«C’est principalement une activité passive qui ne va pas vraiment stimuler nos capacités cognitives. C’est donc une activité qui n’apporte pas grand-chose en termes de développement intellectuel ou de stimulation», déplore le psychiatre, en soulignant que si l’activité n’est pas nocive en soi, il est préférable de la jumeler avec des activités qui développent nos capacités intellectuelles et physiques.

Le Dr Paquin blâme d’ailleurs les compagnies qui conçoivent ce type de produits. «Ce n’est pas un hasard si l’on peut défiler à l’infini sur les applications, c’est un choix intentionnel de la part des compagnies qui visent à maximiser l’utilisation des gens. Et ça se fait au détriment autant des adultes que des jeunes parce que, malgré nous, nous sommes happés par la possibilité de toujours regarder une nouvelle vidéo».

«C’est comme un sac de chips à l’infini. On pense toujours qu’on va s’arrêter aux prochaines chips, mais il y en a toujours une en dessous et on ne sait pas s’arrêter.»

—  Le Dr Vincent Paquin

Un autre enjeu découlant de l’utilisation des cellulaires et des applications disponibles est le côté très néfaste de la course aux «j’aime» et aux abonnés.

«Avec les médias sociaux, entre autres, la personne se compare à d’autres et on a la perception que les autres font mieux que nous», met de l’avant le Dr Paquin.

Le psychiatre estime que les réseaux sociaux permettent ce type de comparaison parce qu’ils présentent régulièrement aux utilisateurs des contenus qui représentent le succès.

«Les gens partagent les photos de leur meilleur voyage, de leurs activités sociales, des photos d’eux-mêmes qui sont soigneusement choisies pour être sous leur meilleur jour, et pour les jeunes, ça peut avoir un effet négatif sur l’estime de soi», affirme-t-il.

«Pour les jeunes, l’acceptation par les pairs, c’est une partie importante de leur bien-être à l’adolescence, et de recevoir des signaux négatifs de popularité sur les réseaux sociaux, ça peut être une source de stress et d’anxiété.»

—  Le Dr Vincent Paquin

Une récente étude de l’Institut de recherche clinique de Montréal (IRCM) dévoilée vendredi dernier indiquait d’ailleurs que l’utilisation des réseaux sociaux est associée à une baisse de l’estime de soi, une augmentation de l’insatisfaction de l’image corporelle et une augmentation des symptômes liés aux troubles alimentaires chez les ados.

L’éducation, meilleure arme contre l’usage excessif des écrans

Il n’est pas toujours évident de contrer la dépendance numérique de nos jeunes ou même seulement de diminuer le temps qu’ils passent devant les écrans.

Malgré tout, le Dr Paquin considère que les parents ont leur rôle à jouer dans l’encadrement des jeunes face aux outils technologiques.

«Les jeunes sont assez au courant des problèmes liés aux écrans et aux médias sociaux, mais ils ont besoin d’aide pour développer leur esprit critique, et il est possible de le faire avec des règles claires et de l’autonomie», conseille le psychiatre.

«L’idée, c’est d’avoir de petites règles, qui peuvent être déterminées en collaboration avec le jeune, et qui vont l’aider à augmenter sa conscience de son rapport avec le cellulaire et les écrans et à diminuer son usage dans les moments plus critiques», conclut le Dr Paquin.

Des idées pour aider à la gestion du temps d’écran à la maison

  • Pas d’écran à table
  • Pas de cellulaire sur le bureau pendant les devoirs
  • Pas de cellulaire sur la table de chevet avant d’aller au lit
  • Instauration d’une limite de temps sur les appareils
  • L’aménagement d’une pièce à la maison dite «sans écran»