Société

«Téléphones à potins»: ce qu’il faut savoir sur ce concept et ce qu’en pensent les experts

«C’est mignon, mais j’ai l’impression qu’on ne devrait pas encourager les commérages», a réagi un internaute.

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Archives Archives (YakobchukOlena/iStock)

Ces derniers mois, certains enseignants ont partagé sur les réseaux sociaux leurs expériences concernant l’utilisation de «téléphones à potins» pour éviter d’être submergés par les enfants qui se plaignent de tout et n’importe quoi, qu’il s’agisse d’un camarade de classe qui fait des grimaces ou de quelqu’un qui pète.

Une utilisatrice de TikTok nommée Miss Hoffman a introduit le «téléphone à potins» dans sa classe de maternelle, expliquant dans une publication en mars que «ça devient un peu la folie ici avec toutes ces plaintes». Vendredi, sa vidéo avait récolté plus de 745 000 mentions «J’aime».

Ce texte est une traduction d’un article de CTV News.

Qu’est-ce qu’un tattle phone ?

Les tattle phones ou «téléphones à potins» sont des imitations de téléphones, dont certains peuvent enregistrer, que les enfants peuvent utiliser pour se défouler ou signaler des problèmes mineurs au lieu d’interrompre fréquemment les enseignants avec leurs commérages.

Les réactions face au tattle phone ont été mitigées. «C’est mignon, mais j’ai l’impression qu’on ne devrait pas encourager les commérages», a commenté un utilisateur de TikTok sous le pseudonyme «J» en réponse à la publication de Mlle Hoffman.

Un utilisateur appelé Tweaker Hunters a déclaré que le tattle phone pouvait aider les enfants. «Ils doivent aussi apprendre que la plupart des petits problèmes, ils peuvent les gérer eux-mêmes sans avoir besoin de l’aide des adultes», a écrit cette personne.

Décrits comme un «outil de gestion de classe», ces téléphones factices présentent des avantages, selon les experts, mais ils doivent être utilisés avec prudence.

Le Dr Todd Cunningham, psychologue scolaire et clinicien et professeur agrégé à l’Institut d’études pédagogiques de l’Ontario de l’Université de Toronto, a rapporté que cela pouvait répondre à l’habitude courante des enfants de faire des rapports, en tant que moyen d’apprendre les règles sociales de la vie sur ce qui constitue un comportement approprié.

«Je pense que cela peut être utilisé à bon escient, car l’une des choses que nous enseignons en réalité aux élèves à travers le fait qu’ils dénoncent… c’est de savoir quand il s’agit d’une situation qui doit être signalée à un adulte ou à une figure d’autorité, et quand il s’agit d’une situation que l’on peut comprendre et gérer soi-même», a-t-il expliqué lors d’une entrevue sur Zoom avec CTVNews.ca mercredi.

Le «téléphone à potins» peut être utile si les enseignants examinent les enregistrements, en tirent des thèmes généraux à aborder avec la classe et identifient les dénonciations qui pourraient réellement constituer des problèmes de sécurité, a-t-il ajouté.

Le Dr Cunningham a toutefois précisé que trop compter sur cet appareil pourrait se traduire par « une occasion manquée » pour les adultes d’aider les enfants à développer et à mettre en pratique des compétences sociales et de communication essentielles.

«Un outil parmi d’autres»

Le «téléphone à potins» peut constituer «un outil parmi d’autres» à la maternelle, une période où les enfants acquièrent les «compétences fondamentales du bien-être social et émotionnel», bien qu’il ne puisse remplacer le contact humain, a mentionné Tania Johnson, psychologue agréée et cofondatrice de l’Institute of Child Psychology, lors d’une entrevue avec CTVNews.ca, mercredi, depuis St. Albert, en Alberta.

«Tout ce qu’un téléphone de dénonciation peut faire, c’est créer une pause pour que l’enfant se dise: “OK, est-ce quelque chose que je dois vraiment partager avec mon enseignant?” (et) cela aide aussi à extérioriser certaines de ses inquiétudes, mais cela ne remplacera jamais, au grand jamais, l’enseignant», a-t-elle dit.

Selon elle, les enfants apprennent à s’autoréguler en observant les adultes au fil du temps. L’autorégulation est la capacité de prendre du recul et de reconnaître ses propres sentiments ainsi que ceux des autres avant de décider de la marche à suivre, a-t-elle expliqué.

Une dépendance excessive au téléphone de dénonciation pourrait également contribuer à l’«épidémie» de solitude alimentée en partie par les appareils électroniques, a ajouté Mme Johnson.

Elle a précisé que le téléphone de dénonciation est une «activité solitaire» qui ne fournit pas aux enfants les «indices non verbaux essentiels» à la communication et à l’apprentissage.

«Je pense que lorsque les enfants n’ont pas d’adulte à qui ils sentent qu’ils peuvent parler, qui les écoute, qui se soucie d’eux, je pense qu’ils finissent par se sentir vraiment seuls au monde», a-t-elle indiqué.

Natalie Coulter, professeure agrégée en communication à l’Université York de Toronto, a déclaré que l’appareil peut permettre aux enfants de se sentir écoutés, mais elle s’inquiète pour la vie privée si les enregistrements sont partagés en dehors de la classe, par exemple sur les réseaux sociaux.

«L’une des préoccupations concerne la publication de ces petites bêtises que font les enfants quand ils sont jeunes… l’enfant lui-même ne prend pas cette décision», a-t-elle soutenu, dont les recherches portent notamment sur la relation entre les jeunes et les technologies, lors d’une entrevue sur Zoom avec CTVNews.ca mercredi.

La Dre Emma Duerden, neuroscientifique et professeure agrégée à la faculté d’éducation de l’Université Western à London, en Ontario, a déclaré que le «tattle phone» pourrait aider à relever le défi que représentent les classes de maternelle surchargées.

«Mais je pense que globalement… nous devons simplement réfléchir à l’utilisation de ces outils… de manière équilibrée», a-t-elle avancé lors d’une entrevue sur Zoom avec CTVNews.ca mercredi.

Le tattle phone pourrait avoir des répercussions sur le développement émotionnel, en particulier chez les enfants qui ont de la difficulté à réguler leurs émotions, selon l’experte. Le retour immédiat d’un adulte de confiance peut aider les enfants à gérer leurs émotions et à naviguer dans les situations sociales.

«Donc, en fin de compte, je pense qu’il n’y a pas de mal à y être exposé, mais il ne faut pas s’y fier aveuglément et il faut être conscient des risques potentiels», a-t-elle précisé.