Économie

L’épuisement professionnel coûterait 46 jours de productivité par employé chaque année au Canada, selon Manuvie

Le «présentéisme» nuit autant aux employés qu’aux employeurs. Un nouveau rapport démontre que la fatigue mentale au travail fait perdre des semaines de productivité, même si le sujet reste encore tabou.

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Épuisement au travail (Envato Elements | Iakobchuk)

La fatigue mentale et le burn-out pèsent lourd sur l’économie. Ils coûteraient aux entreprises canadiennes l’équivalent de 46 jours de travail par employé annuellement, révèle un rapport de Manuvie Canada.

Des données de la société financière, qui offre notamment des couvertures en matière d’avantages sociaux, indiquent que si l’absentéisme classique lié à la santé représente 3% du temps de travail, le «présentéisme» fait beaucoup plus de ravages. En effet, 19% du temps de travail serait gaspillé en baisse de productivité pour des motifs de santé.

«Les employés continuent de venir travailler, mais les problèmes de santé, comme la fatigue mentale, le stress et l’épuisement professionnel, minent la concentration, l’énergie et la capacité à fonctionner à plein régime.»

—  Ashesh Desai, chef d'Assurance collective à Manuvie Canada

Les répondants au sondage, mené auprès de 4700 travailleurs et travailleuses de 279 organisations clientes de Manuvie, ont indiqué à 80% que leur travail influait sur leur état mental actuel et à 57% que des problèmes de santé mentale affectaient leur rendement au travail.

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Interrogée par Noovo Info, Annie Boilard, présidente du Réseau Annie RH, a indiqué ne pas être surprise par quant à la hausse globale de l’absentéisme, «un phénomène documenté dans plusieurs types de recherche».

Elle apporte toutefois une nuance sur les données de Manuvie. Selon elle, le seuil de 46 jours perdus reflète la réalité des grandes corporations, mais pas nécessairement celle des petites et moyennes entreprises (PME) québécoises.

«Honnêtement, dans les PME que je sers au quotidien, ce n’est pas 46 jours par personne en moyenne par année de perte de productivité, ça m’apparaît beaucoup.»

La santé mentale est-elle un sujet tabou au travail?

Cette étude résonne avec un sondage Léger publié en mars dernier pour le centre d’expertise Global-Watch. Ce sondage dévoilait que près d’un travailleur sur deux a caché son état de santé mentale au travail au cours de la dernière année.

La santé mentale est-elle un sujet tabou au travail? Par Alicia Miljour | Selon un sondage Léger, près d'un travailleur sur deux a déjà caché son état de santé mentale au travail dans la dernière année.

Le sondage démontrait aussi qu’environ 75% des travailleurs québécois ne seraient pas ouverts à parler de leurs enjeux de santé mentale à leur employeur ou à leurs collègues.

L’étude, qui a été menée auprès des 601 travailleurs québécois, précisait aussi que les jeunes et les femmes seraient plus susceptibles de cacher leur état de santé mentale au travail.

Ce silence préoccupe d’ailleurs Annie Boilard. «Est-ce que c’est parce que l’employeur n’a pas d’écoute ou parce que l’employé n’a pas le courage d’en parler? Probablement que la réponse se situe entre les deux.»

Annie Boilard estime qu’il existe probablement encore certains préjugés dans les organisations au Québec.

«C’est sûr que si l’employé entend son patron faire des jokes sur les employés qui ont des enjeux de santé mentale, il n’a pas envie le lendemain de lever la main pour parler au patron», a-t-elle illustré.

La spécialiste en ressources humaines, leadership et développement organisationnel rappelle d’ailleurs que la Loi sur la santé et la sécurité du travail (LSST) impose aux employeurs une obligation légale de protéger la santé physique, mais aussi mentale, de leur personnel.

«Un employé peut se tourner vers un représentant, qui n’est pas l’employeur, amener ses propos et le processus va forcer une analyse de la question», a-t-elle expliqué.

Santé mentale, une responsabilité partagée

Si les salariés doivent oser s’exprimer, les dirigeants doivent quant à eux déployer des mesures concrètes en lien avec la santé psychologique, selon Annie Boilard.

La mise en place d’un bon programme d’avantages sociaux est une bonne chose quand la mesure est possible. Selon Mme Boilard, peu de PME se qualifient pour ce type de programme au Québec.

«Pour palier, des entreprises peuvent offrir un fonds, un montant annuel par exemple, que les employés utiliseraient pour leur santé et leur bien-être comme pour les frais pour un psychologue, un rendez-vous en massothérapie ou encore un accès dans un gym», a suggéré Annie Boilard.

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La présidente du Réseau Annie RH encourage aussi les patrons d’entreprise à offrir des congés payés à leurs employés s’ils ont besoin de s’absenter pour des raisons de santé, et ce, au-delà du minimum prévu par la Loi.

Elle conseille aussi aux directions d’effectuer un travail d’analyse pour découvrir pourquoi les employés s’absentent ou pourquoi leur productivité est moindre.

«Il peut y avoir une surcharge de travail, un manque de reconnaissance, un manque de support des gestionnaires, etc. Il faut travailler sur ces éléments pour être en mode prévention», a-t-elle conclu.

Avec des informations d’Alicia Miljour et Laurie Gervais, Noovo Info.