Le chef du Parti libéral du Québec, Pablo Rodriguez, a demandé au président du parti de lancer une enquête indépendante sur ce qu'il s'est passé pendant la course au leadership.
Il a réagi mardi aux révélations du Journal de Montréal sur des messages textes qui laissaient sous-entendre que des membres du PLQ appuyant Pablo Rodriguez avaient été récompensés avec de l’argent.
«Les allégations publiées aujourd’hui sont graves», a déclaré M. Rodriguez par communiqué. «Parce que nous prenons cette situation extrêmement au sérieux et que nous voulons faire toute la lumière, j’ai demandé au président du PLQ de mandater une firme externe et entièrement indépendante afin de mener une enquête complète, analyser l’ensemble des faits et établir clairement les conclusions qui s’imposent.»
Le président du PLQ, Rafael P. Ferraro, a confirmé mercredi en mêlée de presse qu'il y aura bien une enquête effectuée par une firme externe et indépendante. «Les informations qu'on a jusqu'à maintenant sont des allégations qui sont non vérifiées et non prouvées», a-t-il dit, en précisant qu'il avait seulement vu ces messages mardi soir. «Ni moi ni aucun membre du comité électoral n’avions vu ces messages avant.»
«On ne sait même pas si ces textos sont vrais», a rétorqué M. Rodriguez dans la même mêlée de presse. «Je n'ai pas été au courant [pendant la campagne de la course à la chefferie] ni les bénévoles. C'est du monde qu'on remet en question l'intégrité basée sur des messages qui n’ont aucune preuve et que les personnes refutent être celles qui ont écrit ces mots-là.»
Selon le Journal de Montréal, les messages textes ont été échangés au printemps dernier entre deux personnes qui travaillaient activement à l’élection de M. Rodriguez comme chef. Ils parlaient de la vente de cartes de membre et d’argent dépensé pour que les gens votent.
D'après le 98.5, l'une des personnes responsables de ces messages textes serait la députée de la Coalition avenir Québec (CAQ) dans Fabre, Alice Abou-Khalil. Celle-ci s'est cependant défendue d'avoir été impliquée dans l'échange compromettant via une publication sur les réseaux sociaux.
«Je n’accepterai pas qu’on remette en question mon intégrité. Aucune preuve, absolument aucune, ne permet de m’associer à ces allégations. Je compte collaborer pleinement à toute enquête, peu importe l’instance, afin que les faits soient clairement établis», a écrit Mme Abou-Khalil, qui ajoute qu'elle pourrait exercer des recours contre ces «allégations mensongères» à son égard.
Toujours selon le 98.5, la députée libérale de Chomedey, Sona Lakhoyan Olivier, serait la deuxième personne impliquée dans l'échange. Celle-ci a également démenti.
«Je nie catégoriquement être la personne impliquée dans ces échanges, qui peuvent avoir été falsifiés en tout ou en partie et dont l’authenticité n’a jamais été démontrée par aucune source indépendante», a pour sa part soutenu Sona Lakhoyan Olivier sur le réseau social X.
Pablo Rodriguez a dit croire les députées mercredi et a demandé aux médias de Québecor de dévoiler de qui provenaient les messages textes incriminants. «Je parle aux auteurs, à ceux qui ont fait ces articles: ''Sortez les noms. Ayez le courage de le faire''», a-t-il plaidé.
Le chef libéral a cependant affirmé que des personnes s'adonnant à de telles pratiques seraient expulsées de son caucus. «Au niveau du parti, elles seraient dehors. Dehors, dehors», a-t-il lancé.
«Rien à cacher»
«Ni moi ni les gens qui ont dirigé ma campagne n'avons rien fait de mal. J'ai beaucoup de difficulté à ce qu'on remette en question l'intégrité du PLQ, incluant les employés», a indiqué M. Rodriguez en mêlée de presse mercredi.
Selon le collaborateur politique Alain Rayes, c'est une «bombe» qui vient de tomber dans l'espace politique. «Je ne sais pas comment Pablo Rodriguez va s'en sortir, car la pression va venir de partout», a-t-il ajouté, précisant que les autres candidats de la course à la chefferie se préparent déjà sur le terrain. «On est à moins d'un an de l'élections et le PLQ ne peut pas se permettre d'être sali comme ça sur la place publique.»
«Personne n'a rien à cacher. [...] J'ai demandé à l'interne de faire la lumière là-dessus.»
Pour M. Rodriguez, cette situation détourne l'attention sur le travail accompli et à venir du PLQ notamment en vue de l'éléction générale en 2026. «C'est une crise comme d'autres», a-t-il lancé aux médias mercredi. «On le prends très au sérieux. On va se reconstruire et se rebâtir.»
Le chef conservateur Éric Duhaime demande l'intervention de l'Unité permanente anticorruption (UPAC) pour faire la lumière dans ce dossier.
«Quand c'est des allégations que des gens se promènent avec des enveloppes d'argent et qui donnent des 100 piastres à des gens pour voter pour un candidat ou une candidate, on est ailleurs. On a l'impression de retourner à la commission Charbonneau, les pires moments sombres qu'on a vécus il y a quelques années. On pensait que c'était chose du passé. On pensait que le Parti libéral avait fait un certain ménage. En tout cas, on l'espérait», a-t-il affirmé en point de presse mercredi matin à Québec.
«C’est un nouvel exemple que la corruption fait partie de la culture libérale, il faut à tout prix éviter une nouvelle ère de corruption au Québec», a pour sa part affirmé le député péquiste Alex Boissonneault.
De son côté, M. Rodriguez se dit prêt à partager les résultats et données de l'enquête externe à l'UPAC le cas échéant.
Geneviève Hinse se dit «blessée»
La réaction de Pablo Rodriguez survient au lendemain de la suspension temporaire de Marwah Rizqy du caucus libéral en raison d'un «bris de confiance». Elle a également perdu ses fonctions de cheffe parlementaire.
L'annonce avait été faite dans la foulée du licenciement de l'ex-directrice de cabinet de Mme Rizqy, une proche de M. Rodriguez. Le communiqué du chef indique que la députée de Saint-Laurent a congédié Geneviève Hinse «sans consulter le chef et sans fournir d’explication».
D'ailleurs, Mme Hinse a brisé le silence mercredi et a fait savoir dans une déclaration transmis aux médias qu'elle était «surprise» de cette décision prise par Mme Rizqy. Elle se dit toutefois reconnaissante du soutien qu'elle a reçu au cours des dernières heures.
«En dehors d’une courte lettre, je n’ai pas eu, à ce jour, la moindre explication de sa part, que ce soit verbalement ou par écrit, de ce qui justifiait un tel congédiement», a-t-elle affirmé, soutenant qu'elle travaille depuis 20 ans en politique avec «rigueur, professionnalisme et honnêteté».
«Je suis évidemment blessée par cette situation, d'autant que je suis convaincue que rien ne justifiait mon congédiement.»
Mme Hinse affirme vouloir se défendre «vigoureusement» et être en train d'évaluer tous les recours possibles pour «rétablir les faits».
En mêlée de presse, M. Rodriguez a répété qu'il n'avait pas été informé du congédiement de Mme Hinse ni sur les raisons. «Ça sera à Marwah Rizqy à le dire», a-t-il dit mercredi, ajoutant qu'il rencontrera la députée dans les prochains jours pour en reparler.
À l'automne dernier, Mme Rizqy avait déjà annoncé qu'elle ne se représentera pas aux élections générales de 2026 pour des raisons familiales.
Avec son conjoint et député de Jacques-Cartier Gregory Kelley, la députée libérale avait pourtant appuyé Pablo Rodriguez tout au long de la course à la chefferie.
Des libéraux fédéraux soutiennent Rodriguez
La crise au PLQ s’est transportée mercredi jusqu’à Ottawa, où d’anciens collègues de Pablo Rodriguez lui ont manifesté leur appui.
«Pablo, c’était non seulement mon collègue, c’est mon ami aussi. Je pense que c’est l’homme de la situation pour gérer des crises», a déclaré en mêlée de presse le député libéral d’Argenteuil—La Petite-Nation, Stéphane Lauzon.
«Évidemment, Pablo, c’est un grand ami. Je le soutiens», a ajouté la députée de Pontiac—Kitigan Zibi, Sophie Chatel.
«C'est un collègue de longue date que je connais depuis très longtemps. Je fais confiance à Pablo», a également soutenu le leader du gouvernement Carney à la Chambre des communes, Steven MacKinnon.
De son côté, le député de Québec Centre, Jean-Yves Duclos, reconnaît que l’affaire soulève plusieurs questions.
«Je pense que beaucoup de gens se posent des questions sur la situation et, évidemment, j’en fais partie, mais on va voir quels seront les détails», s’est-il limité à dire.
Avec des informations d'Émile Bérubé-Lupien pour Noovo Info et de la Presse canadienne

