Justice

Action collective: le procès de Claude Guillot s'ouvre au palais de justice de Québec

Les représentants de l’action collective sont Marc Levasseur et Jonathan Seanosky, deux des victimes du pasteur.

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Action collective: le procès de Claude Guillot s'ouvre au palais de justice de Québec Action collective: le procès de Claude Guillot s'ouvre au palais de justice de Québec

Des dizaines, voire des centaines de pages à copier ou à composer, rester debout de longues heures ou être privés de repas, c’était régulier dans le quotidien des victimes de Claude Guillot, tel que décrit par l’un de ceux qui poursuivent le pasteur, Jonathan Seanosky, qui représente les victimes de Québec.

M. Seanosky a pris la parole lundi au palais de justice de Québec pour témoigner au procès civil intenté dans le cadre d’un recours collectif visant le pasteur Claude Guillot.

Jonathan Seanosky a notamment raconté que des punitions pouvaient être imposées pour toutes sortes de raisons, bonnes ou mauvaises. Il a également fait part d’un encadrement quasi militaire, du lever vers 5h15 au coucher vers 22h.

Il a souligné que les repas consistaient généralement en des sandwiches au beurre d’arachide accompagnés d’un maximum de 250 ml d’eau, trois fois par jour.

Le témoin a détaillé certains souvenirs plus précis, comme celui d'avoir été forcé de demeurer debout toute la journée pendant 41 jours d’affilée, ne pouvant arrêter que pour dormir et aller à la toilette. Il a raconté se souvenir qu’à 11 ans, il a dû faire 500 squats complets, le dos complètement droit, mais comme Guillot a considéré qu’ils n’étaient pas adéquats, il en a ajouté jusqu’à atteindre 4300. Une autre fois, il a dû en faire plus de 2000 en une seule soirée, à la suite de quoi il lui était impossible de marcher.

M. Seanosky a ajouté avoir été privé de sortie extérieure pendant tout un été parce qu’il avait été surpris à regarder à l’extérieur, alors que c’était interdit.

Les avocats comptent aussi démontrer que l’Église évangélique baptiste de Québec-Est a placé en situation de pouvoir une personne qu’ils savaient être dangereuse, au point même de l’avoir déjà congédiée parce qu’il la considérait trop extrémiste.

Au cours des procédures, prévues jusqu’au 19 décembre, des dizaines de témoins seront entendus. 

Le second représentant de l'action collective est Marc Levasseur. Jonathan Seanosky et lui ont vécu sous l’autorité du pasteur pendant leur enfance et ils ont tous deux dénoncé ces actes.

L’action collective vise également l’Église baptise évangélique de Victoriaville et l’Association d’Églises baptistes évangéliques au Québec.

Messieurs Levasseur et Seanosky poursuivent Claude Guillot au civil lui reprochant des années d'abus physiques et psychologiques. Ils reprochent aussi aux trois organisations baptistes d'avoir été complices des actes du pasteur.

Les démarches judiciaires, autorisées en 2021 par la Cour d'appel du Québec, ont été intentées au nom de deux groupes, soit «toutes personnes ou successions de personnes décédées qui ont été victimes d'abus physiques ou psychologiques de la part de Claude Guillot entre 1982 et 1984, alors qu'elles étaient mineures et fréquentaient l'école La Bonne Semence» et «toutes personnes ou successions de personnes décédées qui ont été victimes d'abus physiques ou psychologiques ou de harcèlement sexuel de la part de Claude Guillot entre 2000 et 2015, alors qu'elles étaient mineures et fréquentaient l'école clandestine tenue par Guillot».

Marc Levasseur et Jonathan Seanosky réclament chacun une somme totale de 2 M$ pour compenser, entre autres, «la douleur, la souffrance, l'angoisse, la honte et l'humiliation» subies aux mains de Claude Guillot ainsi que pour les frais de thérapie passés et futurs et pour la gravité de l’atteinte intentionnelle à leur dignité et à l’intégrité physique et psychologique de leur personne, et ce, «dans le contexte de l’abus de pouvoir et de confiance qui accompagnait les agressions répétées dont ils ont été victimes».

Des années de torture

Arrêté en 2015, Claude Guillot a été reconnu coupable de 18 chefs d’accusation, dont voies de fait, séquestration et harcèlement infligé à cinq enfants, à l’issue de son procès criminel en avril 2022. Il a été condamné à huit ans de prison en décembre de la même année.

Lors du procès, il a notamment été question de châtiments avec des palettes en bois, de coups de poing et de coups de pied, de privation d’eau et de nourriture, de séquestration et d’absence de soins de santé.

Dans la demande d'autorisation d'une action collective déposée en 2018, on raconte qu'un enfant a notamment été assujetti à la punition du «debout»: il est resté debout, dans un coin, pieds en 45 degrés, les mains le long du corps, paumes fermées de 6 heures à 22 heures pendant 41 jours.

La première demande de libération conditionnelle de Claude Guillot a été rejetée en septembre dernier

«Vous avez affirmé à l'audience que vous avez bien agi et que vous agiriez à nouveau ainsi, si c'était à refaire. Bref, votre acharnement criminel témoigne d'une indifférence à l'égard de votre comportement violent et des répercussions sur les victimes», avaient écrit les commissaires au moment de rejeter sa demande en ajoutant : «Vous ne présentez ni remords ni empathie et vous vous déresponsabilisez complètement de vos gestes et de leurs conséquences.»