Je suis convaincu que, comme moi, vous avez été horrifié et dégoûté par cette histoire de viol présumé à l’Université de Cornell dans l’État de New York en octobre 2024. Sept étudiants, qui faisaient tous partie de la fraternité Chi Phi, auraient agressé une jeune fille pendant presque toute une nuit.
On en reparle aujourd’hui parce que la police a rouvert l’enquête. Une enquête qui aurait été plus que bâclée au moment où la jeune fille a porté plainte quelques jours plus tard, en novembre 2024.
Dans cette histoire épouvantable, on apprend entre autres que cinquante hommes faisant partie d’un groupe Snapchat auraient été invités à aller abuser de la jeune fille. Pas deux, pas neuf, pas vingt, pas trente… cinquante.
Cinquante gars auraient été mis au courant en direct de ce qui se passait. Pas un seul n’a fait signe aux autorités ce soir-là. Pas même le lendemain ou les jours suivants. Silence radio. Ce silence me donne des frissons.

Pourquoi ce silence lourd de conséquences? Pourquoi décide-t-on de se taire quand quelque chose de grave arrive? Il peut y avoir mille-et-une raisons qui, j’imagine, ont du sens. Du moins sur le coup. Pour nous. Dans notre logique face à la situation. Mais même après coup, après le choc initial, on décide de ne rien dire? Ne rien faire.
Je sais, c’est loin d’être une situation facile. On a tous déjà vécu un moment où on pouvait dénoncer une situation problématique grave. Mais on choisit de garder le silence.
On ne veut pas se mêler d’une histoire qui ne nous concerne pas. On ne veut pas blesser. On ne veut pas se mettre des gens à dos. On ne veut pas prendre parti-pris. On ne veut pas être la personne qui dénonce. On ne veut pas être mis de côté pour avoir parlé. On ne veut pas créer de froid, de malaises et de la colère. On ne veut pas être celui qui apporte la tempête. On ne veut pas briser des gens. On ne veut pas être responsable de rien. Le silence reste le meilleur refuge. J’imagine que ça peut peut-être expliquer la passivité de ces cinquante hommes. Ne pas les excuser, mais expliquer.
Je sais bien aussi que c’est facile pour moi d’écrire que j’aurais fait les choses différemment parce que je ne suis pas dans les souliers de ces étudiants. Que moi, j’aurais dénoncé. C’est assurément plus facile en théorie qu’en pratique. Je n’en doute pas une seconde et je suis loin de penser que je suis meilleur qu’eux.
Mais, je crois que collectivement, pour le bien de tous, on devrait parler plus souvent. Prendre acte. Se mouiller. Tendre la main à ceux qui ont besoin de notre support quand on sait des choses qui pourraient changer le cours d’une histoire difficile. Aider à rendre justice. Pas seulement celle juridique. La justice au sens plus large.
Peut-être aussi que si on parlait plus souvent, on découragerait ceux qui font mal aux autres. Notre solidarité ferait un rempart. Notre entraide mettrait un baume sur une plaie. Le courage collectif pourrait faire réfléchir.
Dans cette histoire, on parle d’hommes qui sont restés silencieux. Mais, le silence n’a pas de sexe. C’est l’humain qui décide trop souvent de se la fermer. Point.
Et je le redis, je ne me mets pas au-dessus de la mêlée. Je me suis souvent tu aussi. Mais, c’est permis de repenser et faire évoluer la loi du silence. L’omerta.
On devrait réfléchir un peu à: qui ne dit mot consent…
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