Une étudiante de 20 ans sous l’effet de l’alcool et de la drogue. Sept hommes qui l’auraient violée pendant des heures. Et un groupe Snapchat de 57 membres dans lequel aurait circulé une invitation à venir profiter d’elle.
Depuis que j’ai lu les détails de l’affaire Cornell, j’ai le cœur à l’envers. Les allégations de viol collectif me révoltent. Le silence autour aussi.
Je pense à cette jeune femme. Et à ceux qui auraient pu faire quelque chose. Dans cette «fraternité», personne n’a cherché à la protéger?
Si un jeune homme était aussi vulnérable au milieu d’un groupe de femmes, j’ai du mal à imaginer qu’elles inviteraient leurs amies à venir profiter de lui. Je les imagine plutôt vérifier comment il va, l’emmener aux urgences. Bref, prendre soin de lui plutôt que profiter de sa vulnérabilité.
Pourquoi ce réflexe semble-t-il avoir manqué chez ce groupe de jeunes hommes ?
En octobre 2024, à Ithaca, dans l’État de New York, une étudiante affirme avoir été droguée et violée par sept membres de la fraternité Chi Phi. Elle a fait une déposition à la police du campus trois semaines plus tard.
Aucune accusation criminelle n’a suivi.
Sa poursuite au civil, déposée en septembre, a ramené l’affaire dans l’actualité. Les révélations et l’indignation ont mené à la réouverture de l’enquête. Au début du mois, la gouverneure de l’État de New York a confié le dossier à la procureure générale.
Les hommes mis en cause nient avoir participé ou soutiennent que les rapports étaient consentis. L’université a fermé la fraternité en 2024 et annoncé des suspensions et des expulsions.
Pourquoi aura-t-il fallu un tel tollé pour que cette histoire soit réexaminée?
Et les autres?
Le groupe Snapchat comptait 57 membres. Parmi ceux qui savaient, qui a essayé d’intervenir? Qui a lu ce message et s’est dit: il faut l’aider?
J’en ai assez de cette solidarité masculine qui consiste à protéger les gars, leur avenir, leur réputation. Ceux à qui on ne voudrait surtout pas gâcher la vie.
Et la sienne?
Les fraternités sont aussi des réseaux d’influence, avec d’anciens membres et des donateurs. Quand l’appartenance au groupe devient plus importante que la sécurité d’une personne, il faut regarder ce que ce milieu encourage, tolère et protège.
L’argent, le prestige, la popularité ou le talent sportif ne devraient jamais servir de bouclier. Et nous serions bien naïfs de croire que cette culture de protection entre gars s’arrête à la frontière.
L’alcool n’excuse rien
L’affaire expose aussi une faille dans les lois de plusieurs États américains : lorsqu’une personne a choisi de boire ou de prendre de la drogue, il peut être plus difficile de prouver qu’elle était trop intoxiquée pour consentir.
Attention, cela ne signifie pas qu’on peut légalement agresser quelqu’un qui a bu. Mais pourquoi avoir choisi de boire devrait-il nous faire perdre des droits?
Au Canada, si une personne est trop intoxiquée pour consentir, le fait qu’elle ait consommé volontairement n’y change rien. Ce qui compte, c’est sa capacité à consentir au moment des faits.
Une loi ne remplace toutefois pas l’éducation.
Dès le primaire
Ça commence dans les maisons, au souper, autour de l’îlot de cuisine. Même quand nos enfants ont six ou huit ans.
On peut enseigner le consentement sans raconter une agression sexuelle à un enfant.
Tu ne veux pas donner un bisou? Tu peux refuser. Ton ami veut arrêter de jouer à la bataille? Tu arrêtes. Ta sœur ne rit plus quand tu la chatouilles? Tu ne décides pas à sa place qu’elle trouve ça drôle.
Les adultes doivent respecter les mêmes règles. Difficile d’enseigner que ton corps t’appartient si on te force ensuite à embrasser quelqu’un pour être poli…
On poursuit la conversation en grandissant. Accepter un baiser n’est pas accepter tout le reste. On peut changer d’idée. Insister jusqu’à obtenir un oui, ce n’est pas respecter un refus.
Il faut aussi parler de ce qu’on fait quand un ami dépasse les limites. Comment intervenir, chercher de l’aide, refuser de participer. Oui, même au risque de déplaire à sa gang.
Arrêtons d’attendre
Autour de moi, je connais des adolescents qui ont entendu parler de consentement au milieu de leur secondaire, une seule fois, dans un cours d’éducation physique.
Puis, plus rien.
Pendant ce temps, les discours masculinistes présentent les femmes comme des objets à conquérir et leurs refus comme des obstacles. Nous devons parler à nos enfants de ce qu’ils voient et entendent. À la maison, à l’école, dans le sport.
On enseigne aux filles à surveiller leur verre, leurs déplacements, leurs fréquentations. On leur dit même de surveiller leur habillement…
J’aimerais qu’on mette la même énergie à enseigner aux garçons à respecter les limites.
Et ça presse! Attendre le prochain scandale pour en parler, c’est attendre trop longtemps.
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