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«Ils veulent que tu paniques»: le fléau des «sonne-décrisse» inquiète à Montréal

«Ça m'a fait une impression d'invasion à domicile.»

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«Ils veulent que tu paniques»: le fléau des «sonne-décrisse» inquiète à Montréal «Ils veulent que tu paniques»: le fléau des «sonne-décrisse» inquiète à Montréal

Le «sonne-décrisse», une farce consistant à sonner aux portes des maisons et à s'enfuir, gagne en popularité, mais aussi en violence. Le but: filmer les victimes et obtenir la meilleure réaction pour la publier sur le Web. 

La comédienne Ève Duranceau a été victime de ce jeu à deux reprises la semaine dernière à sa résidence du quartier Saint-Michel.

«C'est comme s’ils se coordonnaient pour frapper avec leurs poings et leurs pieds en même temps dans la porte. Moi, ça m'a fait une impression d'invasion à domicile», a-t-elle expliqué en entrevue avec Noovo Info.

Elle raconte que son premier réflexe a été de sortir à l’extérieur une fois que le bruit a arrêté. Elle dit que ceux qui sont venus cogner étaient dans sa rue et qu’ils l’ont insulté.  

«La première fois, j'ai posé la question "Est-ce que c'est toi?" puis là, il m'a dit ''Oui, c'est moi ta gueule'' et il m’a fait un fuck you et il est parti avec sa trottinette électrique», raconte la comédienne.

«Ils veulent que tu paniques plus fort que l'autre d'avant, probablement pour faire la meilleure vidéo», ajoute-t-elle.

Ève Duranceau est loin d’être la seule à avoir été victime de «sonne-décrisse», le phénomène semble bien répandu dans toute la ville.

Pendant des mois, des adolescents se sont d’ailleurs acharnés sur la résidence d’un homme rencontré par Noovo Info qui a finalement réussi à faire cesser le harcèlement, non sans peine. Il a décidé de témoigner de façon anonyme pour ne pas rallumer la flamme.

«Au début, c'était juste la sonnette, mais vu qu'on est capable de la désactiver, ça ne me dérangeait pas. C’est passé à des coups de poing dans la porte puis après ça, c'est arrivé à la fin à des coups de pied dans la porte», raconte-t-il, ajoutant que les jeunes ont répété leur coup pendant plus d’un an.

Il explique que malgré les caméras de surveillance qu’il a installées, les jeunes continuaient en se cachant le visage.

Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) incite les citoyens à dénoncer les méfaits avant que la situation ne dégénère.

«On vous suggère de rester aussi à l'intérieur, de ne pas sortir. Ce que les jeunes veulent c'est le "wow", le moment où vous allez sortir de chez vous, vous allez crier, hurler, puis les jeunes vont filmer et à ce moment, ils vont retransmettre sur les réseaux sociaux votre image», prévient Jean-Sébastien Marcotte, commandant de la division de la prévention et de la sécurité urbaine du SPVM.

Même s'ils sont mineurs, les adolescents qui commettent des «sonne-décrisse» s'exposent à des infractions comme méfait, harcèlement et troubler la paix.

Notons que le phénomène a pris une tournure dramatique aux États-Unis où un enfant de onze ans a été tué par balle au Texas après avoir sonné à plusieurs portes. Plus près de chez nous, un couple de Saint-Sauveur a notamment séquestré et battu un jeune de treize ans qui avait sonné à leur résidence et était parti en courant.

Voyez le reportage de Lili Mercure dans la vidéo.