Transport

Les agents de bord de WestJet se mettent en grève

Les salaires et la rémunération du travail effectué au sol font partie des points d’achoppement.

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Westjet Toronto 2 août 2026 Des voyageurs passent devant des agents de bord de WestJet en grève à l'aéroport international Pearson de Toronto, le dimanche 2 août 2026. (Sammy Kogan/La Presse Canadienne)

Les voyageurs commencent à ressentir les effets de la grève déclenchée tôt dimanche matin par les 4400 agents de bord de WestJet. La compagnie aérienne a suspendu tous ses vols lors d’un week-end estival très chargé, après que WestJet et le syndicat n’ont pas réussi à conclure un nouvel accord.

Le Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP), qui représente les salariés, et la compagnie aérienne ont tous deux annoncé cette décision après l’expiration du délai fixé pour la grève.

En matinée, la file d’attente à l’enregistrement de WestJet était déserte à l’aéroport Pearson de Toronto. Certains clients déposaient leurs bagages, mais la zone d’enregistrement de la compagnie aérienne était nettement plus calme que la veille.

Carissa Fontaine et Karissa Sehn ont passé la nuit à l’aéroport de Toronto après avoir appris qu’il leur faudrait encore au moins deux jours avant de pouvoir rentrer à Saskatoon.

Les deux jeunes femmes, qui revenaient tout juste d’Amsterdam, ont raconté avoir dormi sur le sol de l’aéroport.

«Les gens n’ont malheureusement pas été d’une grande aide», a déploré Mme Sehn dans la zone d’enregistrement de WestJet.

Les deux jeunes femmes ne savent pas où se loger ni comment passer le temps en ville.

De son côté, Lindsay Williams est attristée à l’idée de perdre des jours de son voyage «unique dans une vie» à Cancún, qu’elle a dû réserver à une date ultérieure auprès d’une autre compagnie aérienne en raison de la grève.

La femme originaire du Royaume-Uni était debout depuis 4 h 30 pour tenter d’obtenir une place dans la file d’attente du service à la clientèle de WestJet, où le temps d’attente a rapidement grimpé à sept heures.

WestJet a indiqué que les passagers concernés profiteront d’un remboursement ou d’une nouvelle réservation, selon le cas.

Les négociations sont en cours à Calgary, ville d’origine de la compagnie, dans le but de rapprocher les positions de WestJet et de la section WestJet du SCFP. Les salaires et la rémunération du travail effectué au sol font partie des points d’achoppement.

«Nous sommes déçus d’en être arrivés là. Cette situation a des répercussions directes sur les plans de voyage de nos invités, sur nos WestJetters ainsi que sur les collectivités et les entreprises que nous desservons», a souligné par communiqué Alexis von Hoensbroech, chef de la direction du groupe WestJet.

Ce dernier a fait savoir que la priorité de la compagnie est de parvenir à une entente avec le syndicat.

«Nous avons présenté une proposition qui aurait établi une nouvelle norme pour le personnel de cabine au Canada, faisant de WestJet la seule ligne aérienne à offrir un taux horaire couvrant l’ensemble du temps travaillé avant et après les vols, en plus d’une augmentation salariale à deux chiffres dès la première année et d’autres améliorations répondant aux priorités soulevées par le syndicat», a-t-il précisé.

«Malheureusement, cette proposition n’a pas été acceptée», a-t-il ajouté.

Dans un communiqué de presse du syndicat, la présidente Alia Hussain a mentionné que la dernière offre de WestJet n’allait pas assez loin.

«Nous sommes en grève parce que nous sommes convaincus de mériter mieux», a avancé la présidente de la section locale 8125 du syndicat, Alia Hussain.

«Nous sommes prêts à retourner à la table de négociation pour conclure une entente. Nous espérons que le gouvernement fédéral n’interviendra pas et laissera le processus de négociation suivre son cours. La question du travail non rémunéré figure parmi nos grandes priorités, mais nous négocions une convention collective globale», a-t-elle précisé.

«Nous ne serions pas dans cette situation si nos préoccupations avaient été prises au sérieux au cours des 11 mois de négociations», a-t-elle fait valoir.

Des détails dévoilés

Quelques heures après le début de la grève, WestJet a publié les détails de sa dernière proposition.

L’accord propose ce que l’entreprise qualifie d’augmentations salariales significatives et généralisées, à commencer par une hausse de 13 % en octobre 2026 et un salaire rétroactif à compter du 1er janvier.

À cela s’ajoute une nouvelle prime de service équivalente à 12 % de salaire supplémentaire.

L’accord prévoit également une augmentation immédiate de 13 % des indemnités journalières, des comptes de dépenses de santé annuels de 300 $, un allongement des congés payés et une majoration de 17 semaines du congé de maternité post-partum.

Des améliorations en matière d’horaires et de qualité de vie, notamment une réduction du nombre maximal de jours de service, des heures de repos supplémentaires à domicile et en déplacement, ainsi qu’une rémunération supplémentaire en cas de réaffectation ou de retard lors d’escales en hôtel, faisaient également partie de l’accord.

La Chambre de commerce du Canada a qualifié cette grève de «tournure fâcheuse des événements».

«Les Canadiens font les frais de cet arrêt de travail. Les voyageurs sont bloqués, les marchandises urgentes sont immobilisées, et les entreprises et les collectivités de tout le pays sont confrontées à de nouvelles perturbations pendant l’une des périodes de voyage les plus chargées de l’année», a déclaré dimanche dans un communiqué le vice-président responsable de la politique stratégique et des chaînes d’approvisionnement, Pascal Chan.

La compagnie avait commencé à immobiliser ses avions et à annuler des vols en prévision d’une grève potentielle afin d’éviter que des passagers et des membres d’équipage ne se retrouvent bloqués.

Outre les taux de rémunération en général, la rémunération du travail effectué au sol a constitué un obstacle majeur dans les négociations, moins d’un an après que cette même question eut déclenché un arrêt de travail de 10 000 agents de bord chez Air Canada.

Une incertitude qui plane sur ces négociations est de savoir comment le gouvernement du premier ministre Mark Carney pourrait intervenir.

Peu après que les agents de bord d’Air Canada se sont mis en grève en août dernier pour dénoncer ce qu’ils considéraient comme du travail non rémunéré, la ministre de l’Emploi, Patty Hajdu, a ordonné à la commission des relations du travail du pays de leur enjoindre de reprendre le travail.

Le syndicat a défié cette injonction, forçant Air Canada à revenir à la table des négociations, où les parties ont conclu un accord provisoire.

Cette initiative du syndicat a constitué un précédent extrajudiciaire qui a servi d’avertissement aux dirigeants des compagnies aériennes de tout le pays en vue des futures négociations.

Patty Hajdu a rapidement réagi à l’annonce de la grève, déclarant dans un communiqué publié sur les réseaux sociaux qu’elle était déçue qu’aucun accord n’ait pu être trouvé pour éviter une perturbation.

Elle a réitéré ses propos antérieurs selon lesquels les meilleurs accords se concluent à la table des négociations, mais n’a pas précisé si le gouvernement prévoyait d’intervenir.

L’ETCOF (Employeurs des transports et communications de régie fédérale), une association patronale du secteur des transports, a indiqué que cette grève montre que le secteur privé régi par la loi fédérale doit modifier son système de négociation collective. WestJet est membre de ce groupe sectoriel.

L’ETCOF a également indiqué qu’elle proposait des modifications au Code du travail du Canada afin d’éviter des «arrêts de travail catastrophiques», faisant valoir dans un communiqué que les grèves sont devenues trop fréquentes au pays et nuisent à la réputation du Canada en tant que lieu fiable pour faire des affaires.

Un arrêt qui fait mal

Même un arrêt de travail de courte durée coûtera des millions de dollars à WestJet en pleine saison estivale, alors qu’un long week-end est prévu dans une grande partie du Canada.

La compagnie aérienne assure plus de 600 vols par jour, transportant des milliers de passagers, parfois plus de 70 000, selon l’entreprise.

Le SCFP avait intensifié sa campagne de relations publiques ces dernières semaines, en lançant une «journée d’action» avec des rassemblements à travers le pays le 14 juillet.

Des publicités défendant la cause du personnel de cabine ont fait leur apparition sur diverses plateformes, allant des baladodiffusions aux vidéos de créateurs de contenu sur TikTok.

Le système actuel de rémunération par «heure de crédit» de WestJet combine le temps de vol, les tâches au sol, les retards et autres activités professionnelles en «un seul taux horaire plus élevé» qui est ensuite crédité sur l’ensemble de la journée de travail, explique l’entreprise sur son site web.

Le taux de rémunération varie entre 28,88 $ et 53,61 $ par heure de crédit. À raison de 80 heures de crédit par mois — ce qui correspond à un emploi à temps plein —, cela représente entre 27 700 $ et 51 500 $ par an.

En février, les agents de bord d’Air Canada ont obtenu une rémunération pour leur travail au sol qui atteindra 70 % de leur taux horaire pour l’heure précédant le décollage.

Ottawa a ouvert une enquête sur le travail non rémunéré dans le secteur aérien en août 2025, lorsque les négociations entre Air Canada et le syndicat représentant son personnel de cabine ont dégénéré en une grève qui a cloué les avions au sol, les salariés ayant rejoint les piquets de grève.

Au cœur de ce mouvement de grève se trouvaient les allégations du SCFP selon lesquelles les agents de bord sont régulièrement soumis à du travail non rémunéré lorsque les avions sont cloués au sol.

En réponse, la ministre de l’Emploi a demandé à son ministère d’examiner si les salariés du secteur étaient rémunérés en dessous du seuil fixé par le salaire minimum fédéral.

Les conclusions de la première phase de cette enquête, publiées en février, n’ont révélé que peu d’éléments indiquant que le travail non rémunéré était généralisé dans le secteur, bien que les enquêteurs aient signalé certains problèmes concernant les agents de bord à temps partiel et débutants, qui méritaient un examen plus approfondi.

En mai, le principal syndicat canadien des agents de bord a dénoncé les observations transmises par les compagnies aériennes au gouvernement, alors que des questions persistent quant à ce qui constitue le «travail» dans le secteur de l’aviation.