On pourrait penser qu’une amende de 56 millions de dollars constituerait un moyen de dissuasion efficace dans pratiquement tous les cas, mais elle n’a guère empêché la cheffe présumée d’une secte de s’en prendre publiquement à trois Canadiens.
En août, un jury d’Honolulu a accordé 56 M$ canadiens aux Canadiens après avoir conclu que Liana Shanti, qui se présente comme une enseignante spirituelle, les avait diffamés. Ce trio originaire de la Saskatchewan ne faisait pas partie de la communauté de Liana Shanti, mais a été pris pour cible parce qu’il était en conflit avec des membres de sa famille dont il s’était éloigné et qui étaient de ses disciples.
Ce texte est une traduction d’un article de CTV News. Il s’agit de la dernière partie d’une enquête de W5 intitulée «Fake Filtered Cult Leader».
Le verdict
Liana Shanti estimait que ces Canadiens étaient à l’origine d’un compte sur les réseaux sociaux et de publications en ligne la qualifiant de cheffe de secte et de fraudeuse. Elle a intenté une action en diffamation à leur encontre. Les Canadiens ont déposé une contre-plainte en raison de ses publications en ligne qui les qualifiaient, entre autres, de «partisans de la pédophilie», de «satanistes» et de maltraitants d’enfants.
Lors d’un procès civil qui s’est tenu à Honolulu en août, le jury a donné raison aux Canadiens et a prononcé l’une des plus importantes condamnations à verser des dommages-intérêts de l’histoire d’Hawaï.
Les attaques se poursuivent
Depuis ce verdict rendu en août, Liana Shanti a continué à publier en ligne du contenu concernant ces trois personnes – en les citant nommément – à 207 reprises. Une partie de ce contenu est similaire à ce que le jury avait jugé diffamatoire.
L’un des Canadiens ayant intenté avec succès une action en contre-poursuite contre Liana Shanti, Byron Horvath, a été mentionné dans 142 publications sur Instagram. Bon nombre d’entre elles contiennent des accusations ignobles, rejetées par le jury, concernant des abus sur sa jeune fille.
Par exemple, le 27 octobre 2026, Liana Shanti a publié une story Instagram dans laquelle elle déclarait notamment: «Son père l’enferme dans sa chambre et ne la laisse pas sortir pour faire pipi, si bien qu’elle a fait pipi sur le sol de sa chambre.»

Lors du procès, l’une des déclarations que le jury composé de huit personnes a jugées fausses et diffamatoires comprenait une phrase similaire : «Byron Horvath… l’a enfermée dans une pièce pendant des heures, où elle a dû faire pipi sur le sol.»
Le 26 octobre 2026, elle a publié un message affirmant que Bryan Horvath «avait abusé sexuellement et physiquement de leur enfant», et a attribué cette accusation à son ex-femme, Haley, qui était autrefois une élève de Liana Shanti.
Liana Shanti a publié à plusieurs reprises d’anciens messages de Haley afin de donner du crédit à ses nouvelles attaques en ligne.
Mais il est clair que Haley ne soutient plus Mme Shanti ni ce qu’elle publie en ligne.
Dans une déclaration adressée à l’équipe de W5, l’ex-épouse de Byron a écrit : «Byron, son épouse Stefanie, notre fille, nos familles, d’autres personnes et moi-même avons traversé l’enfer et en sommes revenus à cause de ma participation aux programmes [de Shanti].»
«[Nous] élevons ensemble avec amour notre fille, qui s’épanouit… Je choisis de me concentrer sur l’amour et de réparer tout ce qui a été brisé après le temps que j’ai passé dans une secte», a-t-elle poursuivi.
Sa déclaration se trouve dans son intégralité au bas de cet article.
Le 7 octobre 2026, Liana Shanti a publié sur Instagram un message concernant l’épouse de Byron, Stefanie, accompagné de la légende : «Stefanie [sic] dissimule-t-elle des abus?» Elle a publié une autre version de cette histoire le lendemain.
Au cours du procès, des déclarations similaires ont été jugées fausses et diffamatoires, notamment : «Des personnes maléfiques, sombres et sataniques comme Byron Horvath et Stefanie Vogt manipulent et utilisent des systèmes corrompus pour museler et réduire au silence les mères qui dénoncent des abus.»

Liana Shanti a également lancé un appel à ses abonnés pour qu’ils lui fournissent des informations concernant l’épouse de Byron, Stefanie, en publiant: «Avez-vous des informations concernant Stefanie Horvath?»
Elle a publié des messages similaires sur X, anciennement Twitter, citant à plusieurs reprises les trois Canadiens au cours des derniers jours.
Sa promesse au tribunal
Tout cela survient alors qu’après le verdict, Liana Shanti a signé une déclaration adressée au tribunal dans laquelle elle s’engageait à ne plus «publier à l’avenir aucune déclaration concernant les accusés dont je sais qu’elle est fausse».
Dans un courriel, l’équipe de W5 l’a interrogé au sujet de ces nouvelles publications et de leur similitude avec des déclarations jugées diffamatoires. Elle a défendu ses actes en écrivant: «Je n’ai aucune intention de partager quoi que ce soit dont je sais que c’est faux.» Elle s’est justifiée en affirmant que ce qu’elle écrit lui a été rapporté par d’autres personnes et qu’elle croit que c’est vrai.
Elle a écrit dans un message en ligne: «La VÉRITÉ est un moyen de défense contre la diffamation. Mais on ne m’a pas autorisée [sic] à PARLER de la vérité qu’on m’avait communiquée.»

Mme Shanti a ensuite tourné son attention vers l’équipe de W5, laissant entendre qu’elle avait été soudoyée. Elle écrit : «Peu après avoir terminé mes derniers articles, un journaliste canadien, obsédé par cette affaire, m’a envoyé un e-mail pour m’interroger sur mes intentions… Je n’ai aucun doute sur le fait qu’il est payé par [le père de l’un des accusés].»
Elle a enchaîné mercredi dernier avec une publication dans laquelle elle déclare: «Imaginez l’imbécile qui se considère comme un “journaliste” et ne cherche pas réellement à établir les faits. Ceux dont le niveau de compréhension dépasse celui d’un élève de CE1 ne sont pas dupes.»
L’équipe de W5 a proposé à plusieurs reprises à Liana Shanti de s’entretenir avec nous pour qu’elle puisse donner sa version des faits. Elle a également proposé d’entendre le témoignage de ses élèves actuels. Elle a refusé ces deux demandes et a désormais bloqué l’équipe de journalistes sur son compte Instagram.
Les secrets sont des armes
Amanda Brady, qui a été l’élève de Liana Shanti pendant plus de huit ans, affirme que son ancienne professeure recueille puis utilise à des fins malveillantes les informations qu’elle glane auprès de ses abonnés.
«Surtout s’il s’agit de quelqu’un qui connaît les rouages internes de Liana et sa vie, les attaques en ligne commencent», a-t-elle expliqué lors d’un entretien depuis son domicile à Regina. «Elle s’en prend à cette personne sur ses réseaux sociaux pour tenter de la faire taire.»
Amanda raconte que lorsqu’elle a été exclue de la communauté, Liana Shanti a partagé – et continue de partager – des centaines de publications contenant des informations personnelles et privées.

«À présent, il faut s’inquiéter de la peur et des répercussions de ce qui va se passer si toutes mes pensées les plus intimes et les plus sombres, que j’ai jamais partagées avec mon enseignante en qui j’avais confiance, sont divulguées sur Internet aux yeux de tous», a-t-elle dit. «Bien sûr, personne ne voudra partir de son plein gré, n’est-ce pas?»
Jeudi, Liana Shanti a écrit sur Instagram: «Je continuerai à m’exprimer jusqu’à ce que TOUTES LES PREUVES, LES FAITS, LES DOCUMENTS ET LA CHRONOLOGIE soient accessibles au monde entier… Je m’en fous complètement de ce que les gens disent de moi, car JÉSUS me connaît par mon nom.»
Déclaration complète de Haley Winter, l’ex-épouse de Byron Horvath:
«Je n’ai pas vu de publications de Liane Wilson sur Internet depuis plus de trois ans. D’autres ont indiqué que Liane Wilson [alias Liana Shanti] n’a cessé de s’exprimer et de publier sur Internet à mon sujet et au sujet d’autres personnes impliquées dans de récents jugements. Je ne consens en aucun cas à ce que quiconque utilise une plateforme publique, de quelque manière que ce soit, pour me contrôler, me calomnier ou m’humilier publiquement, moi, ma famille ou toute autre personne qui m’est proche. J’ai fait l’expérience directe du prix à payer pour avoir fait confiance à Liane Wilson, suivi ses conseils et cru qu’elle faisait autorité sur ma vie. Ma famille fait partie des nombreuses personnes visées. Byron, sa femme Stefanie, notre fille, nos familles, d’autres personnes et moi-même avons traversé l’enfer et en sommes ressortis grâce à ma participation à ses programmes. J’ai assumé la responsabilité de mes choix et de leurs conséquences. Nous avons tourné la page. J’ai reconstruit ma vie. Byron, sa femme Stefanie et moi-même élevons ensemble, dans l’amour, notre fille qui s’épanouit pleinement. Je souhaite à toute personne qui lit ces lignes de choisir la paix et l’amour plutôt que le chaos, les ragots et l’illusion. Pour ma part, je choisis de me concentrer sur l’amour et de réparer tout ce qui a été brisé après le temps que j’ai passé au sein d’une secte.»


