Société

Une présumée cheffe de secte aurait poussé ses adeptes à quitter le Canada pour s’installer en Floride

Ils affirment que leur guide spirituelle leur avait répété à maintes reprises que le Canada était en train de devenir un État oppressif.

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Ancienne adepte de Liana Shanti, Amanda Brady s'est installée en Floride après que Shanti l'ait, selon ses dires, convaincue que le Canada était dangereux. Ancienne adepte de Liana Shanti, Amanda Brady s'est installée en Floride après que Shanti l'ait, selon ses dires, convaincue que le Canada était dangereux.

Une dirigeante présumée d’une secte, établie à Hawaï, aurait persuadé plus d’une vingtaine de Canadiens de s’installer en Floride, en leur faisant croire que le Canada était une zone dangereuse.

Ces Canadiens étaient des élèves d’une «enseignante spirituelle» en ligne se faisant appeler Liana Shanti, dont le vrai nom est Liane Wilson.

Ce texte est une traduction d’un article de CTV News. Il s’agit de la deuxième partie d’une enquête de W5 intitulée «Fake Filtered Cult Leader».

Au plus fort de la pandémie de COVID-19, en décembre 2022, 16 Canadiens de Regina et des environs, en Saskatchewan, se sont installés à Jacksonville, en Floride. Ils affirment que leur guide spirituelle leur avait répété à maintes reprises que le Canada, avec ses règles en matière de vaccination et ses restrictions sur les rassemblements publics, était en train de devenir un État oppressif. Elle diffusait également des théories du complot laissant entendre que le vaccin était dangereux.

«Elle disait que le Canada se transformait littéralement en un véritable enfer», a raconté Amanda Brady, une ancienne élève de Shanti. «Et à un moment donné, lors d’une conversation, elle a fait le parallèle avec La Servante écarlate, et nous étions pleinement convaincus que si nous restions ici, nos vies et celles de nos enfants étaient en danger.»

Liana Shanti, de son vrai nom Liane Wilson, est une enseignante spirituelle en ligne installée à Hawaï. Liana Shanti, de son vrai nom Liane Wilson, est une enseignante spirituelle en ligne installée à Hawaï.

La Servante écarlate est une série télévisée et un roman dystopiques traitant d’une théocratie chrétienne totalitaire particulièrement oppressive envers les femmes.

Amanda et son mari ont acheté une vaste propriété à Jacksonville afin que les adeptes canadiens puissent tous vivre ensemble. Ils l’ont surnommée Destiny Manor.

Cette fuite vers la frontière était-elle un enlèvement?

Plusieurs adeptes de Liana Shanti ont emmené leurs enfants de l’autre côté de la frontière américaine sans le consentement de leurs pères. Certains y ont vu un véritable enlèvement. L’ex-mari d’Amanda Brady, Wade Martin, est l’un d’entre eux.

Lorsque Amanda s’est enfuie en Floride avec leurs deux filles, il ne les a pratiquement pas revues pendant les quatre années qui ont suivi.

«Elles sont parties avec des petites filles et elles sont revenues — ce sont toujours mes petites filles — mais pas vraiment, vous voyez?», a confié M. Martin, ému. «Et ce sont quatre années qui, selon moi, m’ont été volées et qu’aucune somme d’argent ne pourra jamais me rendre.»

Mais il n’en tient pas entièrement responsable son ex-épouse.

«J’ai vraiment l’impression qu’il y avait quelqu’un qui influençait Amanda et lui disait quoi faire», a-t-il dit. «Je ne pense pas que tout cela ait été uniquement la décision d’Amanda.»

Amanda Brady est d’accord.

«Est-ce que je comprends les sentiments de Wade? Absolument, et c’est quelque chose pour lequel je ne sais pas si je pourrai un jour m’excuser suffisamment», a-t-elle répondu.

Ancienne adepte de Liana Shanti, Amanda Brady s'est installée en Floride après que Shanti l'ait, selon ses dires, convaincue que le Canada était dangereux. Ancienne adepte de Liana Shanti, Amanda Brady s'est installée en Floride après que Shanti l'ait, selon ses dires, convaincue que le Canada était dangereux.

Selon elle, Liana Shanti exerçait une influence écrasante sur tout ce qu’elle faisait. Mme Brady a quitté la communauté Shanti et croit désormais qu’elle faisait partie d’une secte.

Les élèves commencent à remettre en question leur enseignante

Riley Lawson faisait partie des femmes qui ont quitté la Saskatchewan pour s’installer à Destiny Manor, en Floride. Elle raconte que le groupe a fini par se désillusionner face aux conseils et aux restrictions perçues que Liana Shanti leur imposait. Selon Mme Lawson, qu’elle les décourageait de communiquer en dehors des plateformes en ligne qu’elle contrôlait.

«On finit par avoir constamment l’impression d’être jugée sur ce qu’on fait et ce qu’on ne fait pas. C’était épuisant… C’était ma vie pendant toute cette période.»

—  Riley Lawson à l'équipe W5

Riley raconte que pendant leur séjour en Floride, les gens ont commencé à exprimer leurs frustrations et leur désaccord à l’égard de Liana Shanti et de ses enseignements. Finalement, toutes, sauf une, ont quitté la communauté Shanti et sont retournées au Canada.

«Nous étions entre 10 et 15 à remettre les choses en question depuis un certain temps déjà, mais nous n’en avions jamais parlé à personne, car nous avions peur que quelqu’un se retourne contre nous, même s’il s’agissait de notre ami le plus proche», a-t-elle raconté.

Lorsqu’elle a décidé de partir, Liana Shanti s’en est prise à elle et à d’autres.

«Elle a découvert où j’avais emménagé au Canada, elle a découvert la ville… elle a dit à toute sa communauté que la raison pour laquelle j’avais quitté les États-Unis, c’était parce que l’ICE était à ma porte», a-t-elle expliqué, en faisant référence au Service américain de l’immigration et des douanes (ICE). «Et depuis notre départ, nous sommes victimes d’intimidation en ligne… et on répand des mensonges à notre sujet.»

Amanda Brady et Riley Lawson affirment toutes deux que Liana Shanti a depuis longtemps un comportement vindicatif, qui consiste notamment à divulguer des renseignements personnels (doxxing) et à partager des informations très intimes issues de ce qu’elles croyaient être des conversations privées avec leur enseignante de confiance.

«Je sais qu’il y aura des répercussions du fait que je sois assise ici avec vous aujourd’hui pour parler de tout cela», a soutenu Mme Lawson.

Les Canadiens qui se sont défendus et ont gagné

En août, un jury civil à Honolulu a conclu que Liana Shanti avait diffamé trois Canadiens liés à d’anciennes épouses au sein de la communauté Shanti. La gourou spirituelle a mené une campagne de haine en ligne implacable contre ce trio, les qualifiant notamment de maltraitants d’enfants, de partisans de la pédophilie et de satanistes. Le jury a accordé des dommages-intérêts de plus de 55 millions de dollars canadiens.

Malgré ce verdict, Liana Shanti a continué de publier des stories Instagram similaires au sujet de ces trois personnes et d’anciens adeptes. Elle affirme qu’elle ne fait que répéter des informations que d’autres personnes lui ont communiquées et qu’elle croit vraies.

Canada alleged cult leader Paula Haygarth is one of three Canadians awarded more than C$55 million in a defamation suit against Liana Shanti.

L’équipe de W5 a demandé à plusieurs reprises à Liana Shanti de lui accorder une entrevue. Elle a refusé et a dit qu’elle avait l’intention de faire appel du verdict.

«Je dispose d’une équipe d’experts en appel qui nous ont donné une très grande certitude quant à l’existence d’erreurs de droit graves constituant des motifs très solides pour interjeter appel, afin de faire infirmer le verdict du jury et d’ordonner un nouveau procès», a-t-elle écrit dans un courriel adressé à l’équipe de W5.

Derek Miller

Derek Miller

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Executive Producer, CTV National News, CTV News Channel & BNN Bloomberg