Une surdose aux antihistaminiques est à l’origine du décès d’un homme en situation d’itinérance, retrouvé sans vie assis sur une toilette d’un centre communautaire de Drummondville le 24 juin dernier, conclut un rapport du Bureau du coroner paru à la fin septembre et dont Noovo Info a obtenu une copie.
La mort de Michel Richard pousse le coroner Yvon Garneau à lancer un nouvel appel à l’urgence de reclasser ces médicaments comme le Benadryl, en raison de leur forte toxicité quand ils sont ingérés en grande quantité.
Voici ce qui est arrivé à cet homme de 61 ans.
Avertissement: le contenu de cet article contient des détails qui pourraient ne pas convenir à tous les lecteurs.
Une seule intervenante au centre communautaire à la Saint-Jean-Baptiste
En début de soirée de Fête nationale, M. Richard a été retrouvé inanimé, les pantalons baissés et assis sur une toilette du centre communautaire qui l’hébergeait par un membre du personnel, qui a alerté les secours.
Des ambulanciers ont été dépêchés au centre, l’Ensoleilvent, mais un médecin a constaté le décès de cet homme en situation d’itinérance par l’entremise de moyens techniques à distance, en début de soirée.
En ce jour férié, il n’y avait qu’une intervenante en service à l’Ensoleilvent lors du décès de M. Richard, qui lui aurait demandé des items comme des cigarettes, selon l’information disponible auprès de la Sûreté du Québec (SQ). L’employée ne pouvait accéder à ses demandes et ne pouvait lui remettre de la monnaie: la politique du refuge l’en empêchait comme c’était jour férié.
Ce refus aurait frustré M. Richard, a quitté le centre après des interactions avec l’intervenante, mais y est revenu vers 14h45. Il est entré dans la salle de bain vers 15h sans que l’intervenante ne le sache, avant d’y être retrouvé sans vie trois heures plus tard.
Depuis une dizaine de jours avant sa mort, M. Richard refusait de prendre ses médicaments, selon ce qu’indique le rapport du coroner Garneau, et il émettait «à tout moment des commentaires laissant croire qu’il valait mieux mourir».
L’homme sans domicile fixe était connu pour ce genre de propos. «Chaque consultation aux urgences coordonnée par les policiers n’a mené à aucune hospitalisation ni séjour et M. Richard ne présentait pas de danger réel pour lui-même ni pour autrui», écrit le coroner dans son rapport qui écarte la thèse du suicide.
M. Richard n’était pas suivi étroitement par un médecin, selon le rapport du coroner, mais des interventions en santé mentale avaient eu lieu dans les mois précédant sa mort en lien avec des crises.
La question de l’accès au Benadryl
Une analyse conduite par le Laboratoire de sciences judiciaires et de médecine légale à Montréal a trouvé une concentration létale de diphénhydramine dans le sang du sexagénaire. C’est une composante de médicaments comme le Benadryl.
Comme les antihistaminiques sont disponibles en vente libre, l’enquête du coroner n’a pu établir où M. Richard a pu s’en procurer.
Le gouvernement québécois envisageait à l’été dernier de placer les antihistaminiques contre le Benadryl derrière le comptoir de pharmacies, à la suite du décès d’un jeune de 18 ans en Montérégie causé par un empoisonnement aigu à la diphénhydramine.
Le Centre antipoison du Québec (CAPQ) a encouragé cette mesure de reclassement, dans la foulée de l’augmentation du nombre d’intoxications en hausse au Québec.
«Les démarches requises ont depuis été entreprises, mais l’adoption des modifications réglementaires relève ultimement des autorités gouvernementales compétentes», rappelle le coroner Garneau.
«Il importe que les mesures soient rapidement mises en place pour mieux encadrer la vente de diphénhydramine et ainsi contribuer à réduire les risques d’intoxication associés à ce médicament.»
— Extrait du rapport du coroner Yvon Garneau
Un projet de règlement a été déposé en juin dernier, mais Me Garneau appelle à l’«urgence» d’agir. «Bien qu’il s’agisse encore d’un médicament couramment vendu en vente libre pour les allergies ou le sommeil, son ingrédient actif est hautement toxique lorsqu’il est ingéré en grande quantité», dit le coroner.
Quant au délai de trois heures avant de prendre connaissance de l’état de M. Richard, le coroner Garneau qu’il n’y a «pas lieu de faire des recommandations», puisque des mesures correctrices auraient été mises en place, soit «d’instituer un protocole de vérification ponctuelle de la présence d’un résident ou d’une résidente à l’intérieur de l’organisme».
Avec de l’information de Julien Denis et de Laurie Gervais pour Noovo Info, ainsi que de CTV News et de la Presse canadienne.

