Santé

La direction de santé publique de Montréal lance une alerte aux surdoses

Noovo Info confirme plusieurs décès en peu de temps sur le territoire; un pharmacien de la rue Ontario Est affirme qu’il a récemment dû doubler son inventaire en trousses de médicaments pour renverser les surdoses de fentanyl.

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EXCLUSIF | Huit surdoses mortelles dues au carfentanyl en quatre mois à Montréal Crise des opioïdes: les drapeaux rouges sont levés partout sur le territoire de l’ile Montréal à la suite de nombreuses surdoses mortelles.

Des décès, des pharmaciens qui ne fournissent plus… La situation est alarmante au point où la Direction régionale de la santé publique (DRSP) de Montréal a lancé jeudi une alerte aux surdoses sur son territoire, comme a d’abord rapporté Noovo Info.

Lors d’un bilan sur le nombre de surdoses liées à la consommation d’opioïde divulgué en fin d’avant-midi, le directeur médical adjoint à la DRSP de Montréal, le Dr David Kaiser, a mentionné que le territoire avait atteint le même nombre d’interventions ambulancières liées à des surdoses qu’à la fin de 2025 et connu une augmentation du nombre de surdoses mortelles au cours des dernières semaines.

Le nombre de décès à la hausse serait notamment attribuable au carfentanyl, un analogue synthétique du fentanyl dont la puissance est décuplée et dont une légère consommation peut entraîner une détresse respiratoire potentiellement mortelle. Depuis le mois d’avril, huit surdoses mortelles impliquant la substance ont été recensées.

Le Dr Kaiser note d’ailleurs une surreprésentation des personnes en situation d’itinérance dans les surdoses rapportées.

«Je pense que ça fait appel à des interventions structurantes sur l’accès aux services de base pour les personnes en situation d’itinérance, entre autres celles qui consomment. C’est l’accès à l’eau, l’accès aux espaces frais. C’est de s’assurer que les personnes qui ont besoin de soins puissent y avoir accès facilement», a-t-il plaidé jeudi.

Une intervention pour renverser la tendance devient par ailleurs cruciale selon le docteur, puisque les intervenants concernés, qu’il s’agisse des paramédics ou des centres de consommation supervisée, ne peuvent «tenir à bout de bras» cette situation.

Noovo Info sur le terrain

Noovo Info a confirmé de son côté au moins deux décès par surdose qui seraient dues au fentanyl en seulement trois semaines sur la rue Ontario Est, dont un pas plus tard qu’hier.

À l’arrivée de Noovo Info devant l’Église du Sacré-Cœur-de-Jésus, mercredi, les voisins étaient encore sous le choc. Le corps d’un homme de 49 ans venait d’être découvert.

Selon le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), les agents ont retrouvé du matériel de consommation autour de lui. Une voisine a vu le cadavre recouvert d’une bâche jaune et s’est indignée des scènes dramatiques quotidiennes auxquelles elle assiste.

Bâche jaune Un drap de plastique trouvé sur les lieux du décès d'un homme dans la quarantaine en lien avec une surdose d'opioïdes, le 15 juillet 2026 à Montréal. (Joey Tremblay/Noovo Info)

«Chaque jour, [on trouve] des gens un peu partout dans nos entrées de commerces, par terre, inconscients, des seringues dans les bras», a-t-elle décrit à Noovo Info, inquiète pour sa fille de 7 ans et les enfants des camps de jour qui circulent sur l’artère matin et soir.

«Une fois il y avait une seringue avec tout le liquide dedans, prêt à être injecté», a-t-elle relaté. «À un moment donné, est-ce qu’un enfant va la prendre et essayer comme il voit les gens faire dans la rue?»

Résidente rue Ontario Est (Joey Tremblay/Noovo Info)

Du fentanyl «contaminé»

De son côté, le pharmacien-propriétaire Adam Ménard, qui opère la bannière Brunet au coin de Plessis et Ontario Est, qu’il a de plus en plus de mal à fournir ses patients en méthadone, en naloxone et en dilaudid – des médicaments utilisés dans le traitement de la dépendance aux opioïdes.

Selon le témoignage du pharmacien, une seule trousse de naloxone ne suffit plus pour renverser les surdoses de fentanyl. Le Dr David Kaiser note néanmoins que malgré les opioïdes devenus plus toxiques, la naloxone permet toujours de sauver des vies.

M. Ménard calcule d’ailleurs qu’il a dû doubler son inventaire en trois mois. D’après le pharmacien, ses patients doivent avoir plusieurs doses sur eux chaque jour pour contrecarrer les effets du fentanyl devenu trop puissant.

«Le fentanyl de rue est contaminé», a souligné Adam Ménard en entrevue à sa pharmacie.

«Ils rajoutent des tranquillisants à chevaux (dans le fentanyl), de la métédomidine, qui cause beaucoup de symptômes de sevrage… Ils rajoutent des benzodiazépines, pour rendre les gens encore plus accroc.»

—  Adam Ménard, pharmacien

«Et ils n’arrêtent pas d’augmenter le carfentanyl» dans la drogue qui circule, ajoute le pharmacien-propriétaire – des données vérifiables pour la période de 2018 à 2024 auprès de Santé Canada.

Adam Ménard Pharmacien Adam Ménard, pharmacien-propriétaire d'une succursale Brunet sur la rue Ontario Est, en entrevue avec Noovo Info à Montréal le 15 juillet 2026. (Joey Tremblay/Noovo Info)

L’utilisation de la naloxone en hausse marquée

Dans son bilan de jeudi, le Dr Kaiser a révélé que le nombre d’interventions d’Urgences-santé en lien avec de la naloxone était de 925 au moment d’écrire ces lignes, tandis qu’il était d’un peu plus de 900 pour toute l’année 2025.

«La dose la plus proche de l’overdose»: jusqu’à six trousses de naloxone par jour par client

Adam Ménard constate que des patients jouent chaque jour plusieurs fois à la roulette russe: « Ils veulent avoir la dose la plus proche de l’overdose, parce que c’est là qu’ils ont le plus grand buzz; ils surfent sur la limite. Ils viennent me voir et me disent: “on m’a réanimé 6 fois hier”.»

Et ceux qui tentent d’arrêter ou de diminuer leur consommation doivent prendre des quantités astronomiques de médicaments tels que la méthadone ou le dilaudid. «Les médicaments ne suivent plus la cadence», croit le pharmacien.

M. Ménard tient un inventaire de 7000 comprimés de dilaudid par mois et craint parfois d’en manquer parce que certains clients peuvent en prendre entre 10 à 24 quotidiennement. «C’est challengeant!» lâche-t-il.

Des besoins 24 heures sur 24

Situé à quelques mètres de l’endroit où a été découvert un homme sans vie, mercredi, l’organisme Spectre de rue, qui œuvre en prévention des surdoses, mais aussi des infections transmissibles sexuellement (ITSS) et du virus de l’immunodéficience humaine (VIH), ferme désormais ses portes à 15h.

Auparavant, les gens pouvaient y tester leur drogue et consommer sous supervision jusqu’en début de soirée.

Le pharmacien Adam Ménard rappelle l’importance d’un service 24 heures sur 24 pour éviter les morts.

La directrice du Spectre de rue n’était pas disponible pour une entrevue auprès de Noovo Info mercredi.