Une nouvelle voix s’ajoute à celles qui exigent que l’accès au Benadryl soit restreint; le Centre antipoison du Québec (CAPQ) a déposé son appui pour que le médicament soit reclassé, dans la foulée de l’augmentation du nombre d’intoxications en hausse au Québec.
Le gouvernement du Québec a proposé le 30 juin dernier un règlement qui aurait comme résultat de faire passer le Benadryl des tablettes derrière le comptoir des pharmacies, sous la surveillance des pharmaciens.
L’objectif n’est pas d’empêcher l’accès à ces produits, mais de permettre aux pharmaciens d’identifier les risques et de repérer les habitudes d’achat préoccupantes.
Le CAPQ justifie sa position évoquant la hausse d’intoxication à la diphénhydramine (Benadryl) lors des cinq dernières années.
«En 2021, le CAPQ a traité 549 cas d’exposition impliquant la diphénhydramine, dont 237 gestes volontaires, 67 cas de mésusage ou de toxicomanie et 120 erreurs thérapeutiques», indique-t-on dans une communication.
Or, ce nombre aurait grimpé à 603 en 2024, incluant 301 gestes «volontaires». On note 71 cas de «mésusage ou de toxicomanie» et 98 erreurs «thérapeutiques».
Selon Maude St-Onge, directrice médicale du CAPQ, cette hausse des intoxications est un reflet de l’accessibilité du médicament, mais s’explique aussi par la popularité des challenges lancés sur les réseaux sociaux, encourageant les jeunes à consommer des quantités dangereuses de Benadryl.
«Ce qui circule sur les réseaux sociaux et Internet encourage des gestes qui ne sont pas sécuritaires. J’encourage d’ailleurs les parents qui sont inquiets par rapport aux pratiques de leurs jeunes à contacter Jeunesse Canada Sans Drogue», explique-t-elle en conférence de presse.
Le CAPQ estime que la restriction du produit permettrait de faire chuter ces nombres à la hausse.
On note aussi un précédent qui a prouvé l’efficacité de la mesure; le Gravol. Ce médicament principalement constitué de diphénhydramine est en vente sous la supervision d’un pharmacien depuis 1998.
Selon les données du CAPQ, «le nombre de cas liés au diménhydrinate (Gravol) demeure nettement inférieur à celui observé pour la diphénhydramine (Bénadryl)» alors qu’on a recensé en 2024 «78 gestes volontaires et 17 cas de mésusage ou de toxicomanie» qui impliquait le Gravol.
«Des médicaments plus sécuritaires sont déjà disponibles en libre-service dans les pharmacies pour les indications visées. Le reclassement de la diphénhydramine n’aurait donc qu’un impact limité sur l’accès aux traitements, tout en renforçant la sécurité du public grâce à l’intervention du pharmacien lorsque son utilisation est envisagée», explique le CAPQ.
Ce médicament en vente libre, couramment utilisé pour traiter les allergies, les symptômes du rhume et même comme somnifère.
La proposition fait suite à la demande d’un coroner en faveur de contrôles plus stricts après le décès d’un jeune de 18 ans en Montérégie, décédé d’un empoisonnement aigu à la diphénhydramine.
-Avec la collaboration de Denise Roberts, CTV News Montréal


