Le gouvernement St-Pierre Plamondon a fait vendredi sa toute première annonce d’importance depuis son accession au pouvoir le 5 octobre dernier, en débloquant une enveloppe de 28 millions de dollars (M$) afin de venir en aide aux organismes et aux ressources qui lutte contre l’itinérance aux quatre coins de la province.
Sur cette somme, près de 18 M$ sont destinés à la région métropolitaine. Le premier ministre a d’ailleurs fait son annonce en présence de la mairesse Soraya Martinez Ferrada à Montréal, entre les murs de l’Accueil Bonneau.
Ce financement supplémentaire s’ajoute aux 18 M$ déjà prévus, portant ainsi l’enveloppe totale réservée aux mesures hivernales à 46 M$ cette année.
Cette annonce survient alors qu’une «autre personne en situation d’itinérance est décédée alors qu’elle venait tout juste de se retrouver à la rue», a déclaré Paul St-Pierre Plamondon sur un décès à Sorel-Tracy, en Montérégie. La victime est une dame de 66 ans «qui venait de se retrouver à la rue», a précisé le premier ministre.
«Je souhaite transmettre mes condoléances à sa famille et ses proches. Cette mort aurait pu être évitée si les ressources disponibles étaient à la hauteur du problème que nous connaissons», s’est désolé la veille le PM, qui occupe également les fonctions de ministre de Lutte à l’itinérance, un tout nouveau ministère dédié à contrer le phénomène qui gagne du terrain au Québec.
«Le visage de l’itinérance a changé. Elle touche maintenant tout le monde et toutes les régions du Québec. On est devant un problème complexe qui va nécessiter des actions dans plusieurs domaines et une mobilisation collective.»
— Paul St-Pierre Plamondon
Dans l’attente de solutions plus durables
Cette enveloppe servira essentiellement à ajouter de plus de 1000 places d’urgence en halte-chaleur et en hébergement d’urgence et de transition pour les cinq prochains mois. Ce sont 16 des 17 régions du Québec qui recevront une part de la somme.
Il s’agit «d’une aide d’urgence», a précisé le premier ministre, qui entend déployer des mesures plus importantes et permanentes au terme du Sommet sur l’itinérance qui doit avoir lieu tôt en 2027.
Selon M. St-Pierre Plamondon, son gouvernement fait preuve d’une «volonté politique» pour redresser la situation qui a été notamment causé par «une crise du logement qu’on avait créée de toute pièce.» Il attribue aussi la croissance de l’itinérance «la hausse de la toxicomanie et de la dépendance». «On a détourné le regard, mais là c’est fini», a-t-il assuré.
«PSPP» s’inquiète que si rien n’est fait rapidement, le phénomène de l’itinérance atteigne des sommets dramatiques – d’où cette mesure d’urgence avant le Sommet sur l’itinérance pour trouver des solutions durables.
Lutte contre «une crise humanitaire»
Pour l’annonce qui s’est tenue à l’Accueil Bonneau, M. St-Pierre Plamondon était accompagné de la mairesse Martinez Ferrada, du ministre responsable de la Métropole, Stéphane Paquet, ainsi que de la ministre déléguée à la Santé mentale et aux Services sociaux, et députée d’Iberville, Camille Pellerin-Forget.
La mairesse de la métropole a parlé «d’une crise humanitaire» qui frappe Montréal et mentionne être «fière» de la présente annonce.
«Montréal et Québec travaillent ensemble [...] Ça donne un espoir que l’on puisse traiter les gens avec dignité et respect», a-t-elle dit.
On a par ailleurs indiqué que le premier ministre fédéral Mark Carney a promis «qu’il ferait sa part».
L’annonce du premier ministre est «un montant d’argent bien sûr, mais c’est surtout un signal fort pour le milieu de l’itinérance, qu’on donne à cette crise l’importance qu’elle mérite», a pour sa part commenté Jean-Charles Boily, directeur général de l’Accueil Bonneau, qui accueille les personnes en situation d’itinérance depuis 150 ans.
«C’est une très bonne nouvelle, à court terme-là, c’est fantastique», a indiqué Diane Pilote, directrice de l’établissement Doris, qui offre un refuge pour femmes.
Mme Pilote a précisé qu’elle souhaite que les prochaines annonces en itinérance puissent inclure de l’aide dédiée spécifiquement aux femmes.
«Environ 30 % des personnes dans la situation d’itinérance à Montréal sont des femmes. On n’a pas suffisamment de places dans des refuges uniquement pour femmes et nos femmes ont des craintes d’aller dans les refuges mixtes», a-t-elle indiqué.
L’Union des municipalités du Québec (UMQ) a également salué la mesure.
«L’itinérance n’est plus une réalité limitée aux grands centres: elle est présente partout au Québec. Cette première annonce du nouveau gouvernement envoie un signal important aux municipalités et aux organismes qui sont mobilisés chaque jour sur le terrain», a déclaré Guillaume Tremblay, président de l’UMQ et maire de Mascouche, en ajoutant qu’il souhaitait que cette mesure «marque le début d’une action durable, structurée et concertée pour réduire l’itinérance».
PSPP accuse la CAQ d’avoir créé la crise de l’itinérance
On estime qu’environ 12 000 personnes vivent actuellement en situation d’itinérance au Québec. En campagne électorale il y a quelques semaines, le PQ a indiqué qu’il avait comme objectif de réduire ce nombre de moitié au cours des quatre prochaines années.
Le dernier dénombrement, réalisé en avril 2025, a montré que l’itinérance visible au Québec avait augmenté de 20 % par rapport à 2022. Des hausses ont été observées dans les 13 régions étudiées.
Lors de l’annonce à l’Accueil Bonneau, à Montréal, le premier ministre s’est permis de critiquer l’ancien gouvernement, l’accusant d’avoir «créé une crise du logement de toute pièce».
Il a ajouté «qu’on est devant des causes assez profondes, notamment une crise du logement qui s’est développée en l’espace d’une décennie, mais qui fait en sorte que des aînés ne sont plus capables de payer leur loyer, donc ils se retrouvent dans la rue».
Il a comparé la situation à «un jeu de chaises musicales, où il n’y a pas assez de chaises pour le nombre de personnes et ça crée des drames humains épouvantables».
Québec adopte rapidement le budget
Le conseil des ministres a approuvé mercredi le budget qui viendra en aide aux différents acteurs du milieu. «On doit aller vite, et c’est la consigne que j’ai donnée à l’appareil gouvernemental. L’hiver arrive et nous devons poser tout de suite les gestes en préparation des premiers gels», a spécifié M. St-Pierre Plamondon.
Le campement Notre-Dame situé à Montréal, qui est devenu le triste symbole de la crise d’itinérance au Québec, a été au centre de nombreuses discussions lors de la campagne électorale. Tous les chefs s’étaient engagés à lutter contre la problématique.
Plusieurs personnes en situation d’itinérance ont perdu la vie l’hiver dernier dans des campements à Montréal, ce qui avait bouleversé la mairesse de Montréal Soraya Martinez Ferrada. Elle avait demandé l’aide de tous les paliers gouvernementaux pour répondre à la crise.
Plus récemment, un bambin d’à peine un an a été retrouvé sans surveillance dans le campement installé sur le terrain longeant la rue Notre-Dame, à Montréal. Il avait été pris en charge par la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ).
Avec de l’information de Stéphane Blais pour La Presse canadienne
