Le président-directeur général d’Air Canada, Michael Rousseau, s’est excusé jeudi matin pour son manque de maîtrise du français, après avoir adressé ses condoléances uniquement en anglais aux familles des pilotes décédés dimanche soir dans l’accident survenu à l’aéroport LaGuardia, à New York.
Cela survient à la suite d’une vague de critiques et de demandes de démission de la part de nombreux élus, tant au niveau provincial que fédéral.
«Malgré un grand nombre de leçons au fil des années, je demeure incapable de m’exprimer adéquatement en français», a-t-il affirmé via un communiqué de presse diffusé jeudi matin.
«Je m’en excuse sincèrement et tiens à préciser que je poursuis mes efforts pour m’améliorer.»
— Michael Rousseau, président et chef de la direction d'Air Canada
M. Rousseau dit être «profondément attristé» que son manque de maîtrise du français ait «dévié l’attention du profond deuil des familles et de la grande résilience des employés d’Air Canada».
«Je tiens à réitérer mes plus sincères condoléances aux familles du commandant de bord et du premier officier de Jazz qui ont perdu la vie de façon tragique et à reconnaître l’impact profond que cet accident a eu sur nos employés et nos clients», a-t-il ajouté.
Dans sa déclaration jeudi matin, le dirigeant d’Air Canada a remercié les personnes qui ont soutenu la compagnie dans les derniers jours après la collision mortelle survenue à New York.
«Je suis également très reconnaissant envers ceux et celles qui ont donné le meilleur d’eux-mêmes au cours des derniers jours pour prendre soin de nos clients et se soutenir mutuellement, tout en portant le poids de cet événement tragique», a-t-il dit.
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Rappelons que les autorités américaines et canadiennes poursuivent leur enquête en lien avec la tragédie. M. Rousseau a tenu à rappeler la collaboration d’Air Canada dans cette enquête.
«Les larmes de crocodile n’émeuvent pas personne»
Son acte de contrition n’a toutefois pas calmé le débat: le gouvernement caquiste a fait adopter en Chambre une motion unanime jeudi matin réclamant sa démission. Le Parti québécois, qui devait s’abstenir, a finalement voté pour.
Mais un élu s’est abstenu, soit le député indépendant de Saint-Jérôme, Youri Chassin.
«Les larmes de crocodile de Michael Rousseau n’émeuvent pas personne», a affirmé le leader parlementaire du gouvernement, Simon Jolin-Barrette, pour justifier la motion, tout en appelant les deux membres québécois du conseil d’administration d’Air Canada à prendre position.
Par cette motion, l’Assemblée nationale «dénonce fermement le manque de respect du PDG d’Air Canada envers la langue française, les familles québécoises endeuillées et l’ensemble des francophones de la fédération», a déclaré le ministre responsable de la Langue française, Jean-François Roberge.
«Michael Rousseau doit démissionner, c’est la seule chose honorable qui lui reste à faire», a-t-il déclaré en mêlée de presse en demandant au Parlement fédéral et au premier ministre Mark Carney de l’exiger aussi – alors que M. Carney s’est contenté mercredi de se désoler du manque de jugement de M. Rousseau.
Le Parti québécois a quant à lui expliqué son changement d’opinion.
Après avoir justifié l’abstention de son parti en arguant que cette motion n’allait pas changer grand-chose sur le fond, soit la place du français au Canada et à Air Canada, le député péquiste Joël Arseneau a écrit sur la plate-forme X que «notre abstention (...) pourrait être interprétée à tort, surtout par nos adversaires, comme un vote contre».
Critiques
Tous les dirigeants canadiens, dont les patrons d’entreprises, devraient parler à la fois anglais et français, a estimé jeudi la ministre des Affaires étrangères après la polémique provoquée par le PDG d’Air Canada.
«Le Canada est un pays bilingue», a souligné Anita Anand en anglais, puis en français dans un entretien à l’AFP, à l’occasion de la réunion des ministres des Affaires étrangères du G7, près de Paris.
«Et nous continuons de prôner que les dirigeants de notre pays doivent être capables de parler dans les deux langues officielles.»
— Anita Anand, ministre des Affaires étrangères
Anita Anand a également exprimé «ses profondes condoléances aux familles des deux pilotes». «Chaque jour, je me réveille en pensant à leurs vies perdues», a-t-elle dit.
Mercredi, le premier ministre Mark Carney avait reproché au dirigeant d’Air Canada d’avoir manqué de jugement et de compassion en enregistrant un message de condoléances uniquement en anglais.
«Je suis tellement déçu par le message vidéo du PDG d’Air Canada, il manque de jugement et de compassion», avait-il affirmé aux journalistes.
«Nous vivons fièrement dans un pays bilingue, il y a deux langues officielles, et Air Canada a une responsabilité particulière de communiquer tout le temps, dans n’importe quelle situation, dans les deux langues officielles», avait-il ajouté.
Mardi, les Communes ont convoqué M. Rousseau à venir s’expliquer devant le comité des langues officielles, puisque, même si elle a été privatisée en 1988, Air Canada reste assujettie à la Loi sur les langues officielles.
De son côté, le gouvernement du Québec a réclamé la démission de M. Rousseau, qui avait enregistré une vidéo en anglais seulement pour commenter l’accident d’avion mortel à New York qui a coûté la vie à deux pilotes, dont un Québécois.
Le premier ministre québécois, François Legault, avait souligné mercredi l’apport des Québécois à Air Canada, dont le siège social se trouve à Montréal et qui emploie de nombreux francophones.
«Si [Michael Rousseau] ne parle toujours pas français aujourd’hui, c’est un manque de respect envers ses employés et ses clients francophones. Je pense que s’il ne parle pas français, il devrait démissionner», avait-il lancé lors d’une mêlée de presse.
Une vidéo en anglais
Dans la vidéo qui avait été mise en ligne sur de multiples plateformes de réseaux sociaux, M. Rousseau évoque une «journée très sombre» pour le transporteur et indique être «profondément attristé» par le décès des deux pilotes.
En près de quatre minutes, M. Rousseau, celui-là même qui se réjouissait en 2021 d’avoir vécu 14 ans à Montréal sans parler un mot de français, prononce cependant deux mots en français: un «bonjour» au tout début et un «merci» à la fin.
Le porte-parole du transporteur aérien avait justifié que M. Rousseau tenait à s’exprimer de vive voix et à le faire avant de se rendre sur les lieux de l’accident.
«Malgré ses efforts, ses capacités à s’exprimer en français ne lui permettent pas de communiquer comme il le souhaiterait un message aussi délicat dans cette langue. Nous avons donc utilisé les sous-titres pour permettre à chacun de recevoir son message directement», avait écrit Christophe Hennebelle.
Avec des informations de Noovo Info, de La Presse canadienne et de l’Agence France-Presse
