Transport

Enquête sur la collision mortelle à l’aéroport LaGuardia: à quoi s’attendre pour la suite?

«Quand quelque chose tourne mal, cela signifie que de très nombreuses choses ont mal tourné.»

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Deux pilotes tués dans une collision entre un avion d’Air Canada et un camion de pompiers Un avion d’Air Canada parti de Montréal avec 76 personnes à bord a percuté un camion de pompiers lors de son atterrissage à l’aéroport LaGuardia de New York, tard dimanche, causant la mort du commandant et du premier officier, basés au Canada.

Le Bureau national américain de la sécurité des transports (NTSB), en collaboration avec les autorités canadiennes, enquête sur les circonstances entourant l’accident mortel survenu dimanche soir à l’aéroport LaGuardia, à New York.

Les premiers jours de l’enquête seront consacrés à la collecte de données, selon Jim Brauchle, avocat représentant les plaignants dans les catastrophes aériennes pour le cabinet Motley Rice.

«Ils ne feront pas beaucoup d’analyses les premiers jours», a-t-il précisé à CNN. «Il s’agit davantage de recueillir des faits et des données, d’obtenir des déclarations de témoins et ce genre de choses, tant que les souvenirs sont encore frais.»

Cette enquête pourrait durer au moins un an et plus.

Collision mortelle à l’aéroport LaGuardia: une survivante vante les actions des pilotes La façon dont ont agi les pilotes de l’avion qui est entré en collision avec un véhicule d’urgence dimanche à l’aéroport LaGuardia de New York a probablement permis de sauver des vies, selon la passagère Rachel Mariotti, qui s’est entretenue avec CTV News.

Les enquêteurs devront répondre à plusieurs questions, dont le fait d’avoir deux contrôleurs en service pendant la nuit, les raisons pour lesquelles le système d’alerte de piste n’a pas signalé le risque de collision, l’identité de la personne chargée de coordonner le trafic aérien et terrestre, et si le camion de pompiers a entendu les appels d’urgence du contrôleur avant l’impact.

«Nous enquêtons rarement, voire jamais, sur un accident majeur qui serait dû à une seule défaillance», avait expliqué Jennifer Homendy, présidente du NTSB lors de sa mise à jour mardi. «Quand quelque chose tourne mal, cela signifie que de très nombreuses choses ont mal tourné.»

Mardi après-midi, les enquêteurs ont commencé à interroger le contrôleur local et devraient également analyser les enregistrements audio de la tour de contrôle.

«Il semble qu’il s’agisse d’une erreur de communication», a soutenu l’avocat Jim Brauchle à CNN, notant que les enregistrements audio du contrôle aérien accessibles au public semblent montrer que «la tour a à la fois autorisé l’avion à atterrir et autorisé le camion de pompiers à traverser la piste en service».

Un camion pas équipé d’un transpondeur

Bien qu’on soit au début de l’enquête, certaines informations sur l’impact ont été dévoilées par les autorités lors d’une mise à jour mardi.

D’abord, le camion de pompiers qui a traversé la piste 4, scène du drame, n’était pas équipé d’un transpondeur, ce qui aurait potentiellement permis sa détection avant la tragédie à l’aide d’un système automatisé.

Le NTSB a rappelé qu’il est recommandé depuis plusieurs années que les aéroports américains soient équipés du modèle X de l’Airport Surface Detection Equipment (ASDE-X), un système de surveillance radar pour permettre aux contrôleurs de trafic aérien de suivre le mouvement sur les pistes.

Or, ce système n’a pas émis d’alarme dimanche, quand de nombreux véhicules de secours approchaient de la piste pour répondre à une urgence dans un autre avion.

Le volume de points représentant des véhicules qui se fusionnaient et se défusionnaient rapidement près de la piste, a nui à l’intervalle de «confiance» du système, d’après l’information préliminaire issue de rapports d’analyse.

De toute façon, «pour que l’ASDE-X fonctionne bien, il faut savoir où sont les véhicules», a martelé Mme Homendy. «Ce véhicule n’avait pas de transpondeur.»

Les enquêteurs du NTSB n’ont pas encore interrogé les pompiers, qui ont également été blessés, ni déterminé s’ils avaient freiné ou tourné pour éviter la collision, avait fait savoir Mme Homendy lors de sa mise à jour.

Contrôleurs aériens en faute?

Selon les premières informations, l’un des deux seuls contrôleurs aériens en service à l’aéroport LaGuardia a autorisé un camion de pompiers à traverser une piste à peine 12 secondes avant l’atterrissage du vol.

De plus, les autorités ont révélé - même si cela reste à confirmer comme il s’agit d’information préliminaire, selon Mme Homendy – que les deux contrôleurs assignés au trafic aérien dans la tour de contrôle combinaient plusieurs fonctions au moment de la collision.

La tour de contrôle avait été plus occupée que prévu dimanche soir, car les retards de vols ont fait passer le nombre d’arrivées et de départs après 22h à plus du double de ce qui était prévu, selon les données de la société d’analyse aéronautique Cirium.

Reste que plusieurs questions demeurent concernant la disponibilité d’autres employés dans les minutes qui ont précédé l’impact, à 23h37.

«Il y a des rapports conflictuels», a prévenu Mme Homendy, et il faudra du temps pour clarifier quelle était réellement la situation.

La présence de deux personnes dans la tour de contrôle est courante pour un quart de nuit, mais cela préoccupe depuis longtemps le NTSB, a-t-elle ajouté mardi. Les deux contrôleurs étaient en début de service lorsque l’accident s’est produit.

Il faut toutefois savoir que cet accident met en lumière les pressions croissantes qui pèsent sur les contrôleurs aériens aux États-Unis.

Mme Homendy a d’ailleurs été prompte à balayer les accusations de distraction des contrôleurs qui circulent en guise de rumeurs.

«Nous avons souvent soulevé des inquiétudes concernant la fatigue de ces employés», a commenté la présidente du NTSB, quoique «quoiqu’on ne sait pas si c’est un facteur dans cette affaire».

Chronologie des événements

Après avoir analysé les boîtes noires du poste de pilotage de l’avion d’Air Canada, les autorités ont pu établir une chronologie des événements avant l’accident.

Les enquêteurs ont indiqué que 25 secondes avant l’accident, le camion de pompiers avait demandé l’autorisation de traverser la même piste sur laquelle l’avion avait déjà reçu l’autorisation d’atterrir près de deux minutes plus tôt.

Un contrôleur a autorisé le camion à traverser la piste cinq secondes plus tard, alors que l’avion se trouvait à un peu plus de 30 mètres du sol, a constaté le NTSB.

Puis, neuf secondes seulement avant la collision, la tour de contrôle a ordonné au camion de pompiers de s’arrêter — une seconde avant que le train d’atterrissage de l’avion ne touche le sol, d’après les autorités.

Selon Mme Homendy, il semblait que les feux de signalisation de l’état de la piste de l’aéroport fonctionnaient, ce qui aurait pu avertir le conducteur du camion de pompiers de ne pas traverser la piste même si le contrôleur l’avait autorisé.

Les feux encastrés dans la chaussée sont conçus pour passer automatiquement au rouge lorsqu’une piste est occupée afin de signaler aux conducteurs de véhicules et aux pilotes de ne pas s’engager sur cette piste.

Victimes

La catastrophe s’est produite dimanche soir lorsque l’avion d’Air Canada, qui transportait 72 passagers et quatre membres d’équipage, a atterri et percuté un camion de pompiers quelques instants plus tard.

Le pilote et le copilote sont les seules victimes confirmées parmi les quatre membres d’équipage à bord du vol Jazz Aviation, qui opérait pour le compte d’Air Canada, et les 72 passagers.

«Il était toujours prudent»: un couple qui a connu l’un des pilotes décédés à New York se confie Claudette Thibeault et Jean-Noël Bergeron ont été marqués par Antoine Forest, l’un des pilotes qui a tragiquement perdu la vie dans une collision survenue à l’aéroport LaGuardia de New York.

Noovo Info les a identifiés comme étant le commandant de bord Antoine Forest et son copilote MacKenzie Gunther.

La cheffe de cabine Solange Tremblay - qui a survécu miraculeusement à une éjection de 100 pieds dans les airs alors qu’elle était encore attachée à son siège - et l’agent de bord François Grenier étaient les autres membres de l’équipage.

Plusieurs passagers ont raconté avoir senti que le pilote avait freiné brusquement, ce qui a projeté nombre d’entre eux contre le siège devant eux.

Avec des informations de Guillaume Théroux et de Sabrina Rivet pour Noovo Info ainsi que de CNN, l’Associated Press et de La Presse canadienne