Il y a beaucoup de choses que Liana Shanti n’est pas.
Ce texte est une traduction d’un article de CTV News. Il s’agit de la dernière partie d’une enquête de W5 intitulée «Fake Filtered Cult Leader».
Elle n’est pas, comme elle l’a affirmé par le passé, une nutritionniste clinique diplômée. Elle n’est pas titulaire d’un doctorat.
Certaines affirmations sont plus difficiles à réfuter, mais restent peut-être discutables, comme lorsqu’elle prétend avoir des dons de voyance. Il est également difficile de prouver qu’elle a reçu la «visite» de Jésus à l’âge de deux ans.
Liana Shanti n’est même pas Liana Shanti. Son vrai nom est Liane Wilson.
Shanti se présente toutefois comme une formatrice spirituelle, mais elle a été condamnée pour dissimulation d’actifs dans le cadre d’une procédure de faillite et a été déboutée dans l’une des affaires civiles ayant donné lieu à l’une des plus importantes condamnations aux dommages-intérêts de l’histoire d’Hawaï.
Mais est-elle à la tête d’une secte?
Comment les adeptes ont été entraînés dans l’univers de Shanti
Tout a commencé par les cures de jus.
Liana Shanti a attiré plusieurs adeptes en prônant la détox, le bien-être et le véganisme. Elle vendait également des «illuminations» — des prévisions astrologiques qui aidaient ses adeptes à orienter leur vie.
Les adeptes étaient encouragés à écouter en boucle les enregistrements audio de Shanti, même pendant leur sommeil, explique Kacey Baker, experte en sectes basée à Liverpool.
Pour certains, «ils ont effectivement perdu un peu de poids et se sont sentis revigorés», explique Mme Baker, qui a interrogé plus de 30 personnes, dont d’anciens adeptes de Shanti, pour un podcast en 11 épisodes intitulé The Instascammer.
«Et c’est ce succès initial qui, selon moi, peut inciter une personne à s’inscrire au programme suivant.»
— Kacey Baker, experte en sectes
Les séances et les formations de Shanti peuvent coûter des centaines, voire des milliers de dollars — un programme de mentorat s’élève à 111 000 dollars américains.
Certains élèves se sont retrouvés à se tourner vers elle pour obtenir des conseils sur leur mariage, leur rôle de parent ou leur activité professionnelle — se confiant sans réserve à la guide spirituelle lors de discussions en ligne, tandis que Shanti les incitait à s’inscrire à d’autres programmes.
«On a presque l’impression d’être face à une carotte suspendue, où il faut sans cesse aller un peu plus loin pour se rapprocher de cet objectif», souligne Mme Baker.
Les membres publiaient avec enthousiasme des messages sur les prochaines séances auxquelles ils allaient participer. Ceux qui ne le faisaient pas étaient méprisés, ajoute-t-elle. Les gens contractaient des prêts, s’endettaient avec leur carte de crédit et empruntaient de l’argent à des amis juste pour payer le programme suivant, précise l’experte.
Mais lorsque les étudiants ont quitté la communauté de Liana Shanti, certains ont découvert que ces conversations n’étaient pas si secrètes que cela, après tout.
En août, un jury l’a condamnée à verser 56 millions de dollars canadiens à trois Canadiens, qu’elle avait diffamés en ligne, pour les avoir qualifiés de «partisans de la pédophilie», de « satanistes » et de maltraitants d’enfants.
Elle affirme qu’elle compte faire appel.
Ces attaques en ligne — qui regorgeaient de détails explicites sur ses anciens adeptes et leurs proches, y compris leurs enfants — servaient à maintenir les autres dans le rang, explique Mme Baker.
«Si cela arrive à quelqu’un devant vous et que vous vous dites : “Oh mon Dieu, je ne veux pas que cela m’arrive”, c’est une autre façon de vous retrouver piégé au sein du groupe.»
Pouvoirs psychiques et apparition de Jésus
Liana Shanti s’est décrite comme une voyante et une médium, bien qu’elle se soit distanciée de ce terme devant le tribunal.
«Je n’appellerais pas cela du tout de la voyance, car la voyance implique qu’il y a un avenir», a-t-elle affirmé lors de son témoignage.
«La voyance implique que l’on croit en la notion de temps, alors que si l’on est capable de se connecter au présent, un peu comme dans <i>Matrix</i>, si l’on est capable d’accéder simplement à ce qui est là, c’est déjà là.»
— Liane Wilson alias Liana Shanti
Au tribunal, elle a affirmé avoir eu une «apparition de Jésus» par le passé.
Amanda Brady, une ancienne adepte de Shanti, affirme que les déclarations de concernant Jésus ont eu un effet profond.
«Du coup, nous croyons tous désormais que si nous ne restons pas à ses côtés, nous ne nous élèverons pas. Nous ne quitterons pas cette planète. … Nous perdrons littéralement notre âme», explique-t-elle.
Kacey Baker précise que «d’anciens membres m’ont dit qu’elle prétendait être en communication avec Jésus depuis l’âge de deux ans».
Elle a utilisé ses prétendues capacités surnaturelles pour confirmer à tort des abus sexuels dans le passé de ses adeptes. D’anciens adeptes ont déclaré qu’elle organisait des séances de questions-réponses pouvant durer des heures, leur permettant ainsi d’accéder à ses pouvoirs psychiques.
Elle récompensait certains adeptes particulièrement dévoués en leur attribuant de nouveaux noms — une tactique qui, selon Mme Baker, peut servir à ancrer pleinement les personnes au sein d’une secte.
«L’une des toutes dernières choses qu’un dirigeant peut retirer à un individu, c’est son nom», explique Mme Baker. «Vous êtes alors totalement immergé dans la secte.»
Pour Amanda Brady, cela ne fait aucun doute. Elle affirme que Shanti est «absolument» une cheffe de secte.
«C’est ma ferme conviction», soutient Amanda, qui a désormais quitté le groupe après ce qu’elle décrit comme un lourd tribut financier et émotionnel.
Devant le tribunal, Liana Shanti a indiqué qu’elle n’était pas une cheffe de secte, «car… pour être une cheffe de secte, il faut exercer un contrôle coercitif avec un résultat connu. … J’enseigne littéralement exactement le contraire.»
Elle a ajouté: «Je n’ai jamais entendu parler d’un chef de secte qui ne rencontre même pas les membres de sa prétendue secte. En général, ils se réunissent.»
«Vous pouvez être recruté dans une secte depuis votre chambre, depuis votre baignoire»
C’était peut-être vrai par le passé. Mais Internet a considérablement élargi les possibilités offertes aux chefs de sectes, explique Mme Baker.
«Il n’est pas nécessaire de se trouver dans un complexe », dit-elle. « Vous pouvez être recruté dans une secte depuis votre chambre, depuis votre baignoire, lorsque vous faites la vaisselle ou lorsque vous conduisez votre voiture.»
«Il peut s’agir de quelqu’un qui se cache derrière des avatars et des images générées par l’IA. … C’est un phénomène que nous observons de plus en plus en ligne. Les dangers liés aux sectes numériques, à la coercition numérique et à l’influence numérique sont en pleine augmentation», explique-t-elle.
Malgré la récente décision de justice, Shanti n’a pas cessé de s’en prendre aux cibles de sa colère — en publiant le même type de messages que ceux qui ont été jugés diffamatoires.
Mme Baker estime qu’elle ne s’arrêtera sans doute jamais.
«Je ne pense pas que Liana Shanti cessera un jour d’essayer de tirer profit des membres de sa communauté, qui sont probablement très vulnérables et qui ont été exposés à son influence pendant de longues périodes», déclare-t-elle.


