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Le Dossier santé numérique est déployé dans un CIUSSS à Montréal et en Mauricie

Les professionnels ont surtout connu des problèmes concernant la connexion et les accès au compte, selon Santé Québec.

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La ministre de la Santé, Sonia Bélanger, s'exprime aux côtés de la première ministre du Québec, Christine Fréchette, à l'hôpital Maisonneuve-Rosemont de Montréal, le jeudi 23 avril 2026. LA PRESSE CANADIENNE/Christopher Katsarov La ministre de la Santé, Sonia Bélanger, s'exprime aux côtés de la première ministre du Québec, Christine Fréchette, à l'hôpital Maisonneuve-Rosemont de Montréal, le jeudi 23 avril 2026. LA PRESSE CANADIENNE (Christopher Katsarov)

Le Dossier santé numérique (DSN), critiqué dans les dernières semaines pour des failles de sécurité et des problèmes techniques, a finalement été lancé tôt samedi dans le CIUSSS du Nord-de-l’Île-de-Montréal et le CIUSSS de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec. 

Si Santé Québec indique que cette mise en service s’est somme toute bien déroulée, des représentants de la FIQ ont rapporté certains bogues. 

Les professionnels ont surtout connu des problèmes concernant la connexion et les accès au compte lors de ce déploiement, a rapporté en après-midi Erika Bially, vice-présidente aux technologies de l’information de Santé Québec, lors d’un breffage technique, précisant que ce genre d’enjeux étaient anticipés. 

Mme Bially a affirmé que ces problèmes sont survenus tôt et que l’équipe de l’entreprise Epic, le fournisseur du système, a œuvré rapidement pour les régler. De plus, 600 «superutilisateurs» étaient disponibles afin d’offrir du soutien technique, a-t-elle ajouté. 

Vers 14 h samedi, plus de 6000 connexions distinctes au DSN avaient été enregistrées. 

La ministre de la Santé, Sonia Bélanger, a écrit dans un message publié sur les réseaux sociaux à 4 h samedi matin, heure à laquelle le DSN a été déployé, qu’elle sait que «les prochaines semaines demanderont beaucoup d’adaptation». 

«Il y aura des ajustements. Des défis. Possiblement des bogues et des accros. C’est la réalité de tout grand changement dans un réseau aussi vaste et complexe que le nôtre. Mais c’est la bonne chose à faire», a-t-elle affirmé. 

Mme Bially a affirmé samedi que Santé Québec a mis en place un classement des billets informatiques en ordre de priorité, allant de P1 (un niveau de priorité «critique») à P5 (un niveau de priorité «très faible»). Elle a indiqué qu’un billet ne représente pas nécessairement un «bogue». 

Le Dossier santé numérique déployé tôt samedi À quelques heures du lancement du Dossier santé numérique, de nouveaux détails financiers émergent sur le coût du projet et les critiques des professionnels de la santé se poursuivent. Le compte-rendu d’Étienne Fortin-Gauthier.

«On a classé chacun de ces billets avec un temps de résolution pour être capable de rapidement débloquer et permettre aux équipes de travailler adéquatement», a dit Mme Bially. 

Santé Québec rapportait samedi après-midi que 206 billets avaient été ouverts dans la journée et que, parmi eux, 169 avaient été résolus. Mme Bially a indiqué que, selon Epic, ce nombre de billets est inférieur à celui normalement présent lors d’un déploiement de cette envergure. 

La PDG du CIUSSS de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec, Nathalie Petitclerc, et la PDG du CIUSSS du Nord-de-l’Île-de-Montréal, Adélaïde De Melo, ont toutes deux déclaré que la mise en place du DSN s’est déroulée comme prévu. 

À la fin du mois d’avril, Mme De Melo avait expliqué que les activités cliniques allaient baisser de 50 % par rapport au volume habituel à partir du 4 mai, pour deux semaines, avec une remontée à 75 % à compter du 18 mai et un retour à 100 % à compter du 25 mai, selon les recommandations d’Epic.

Elle a précisé samedi que ce plan tient toujours. «On garde le scénario qu’on s’était donné, en venant moduler les activités électives, notamment pour le volet chirurgical. Je dirais que si ça va bien, c’est certain qu’on va réévaluer tout ça, mais aujourd’hui, il est trop tôt pour revoir le plan qu’on s’était donné», a-t-elle détaillé. 

Mme De Melo a indiqué que toutes les activités urgentes, incluant des opérations, ont été réalisées samedi. 

Mme Petitclerc avait pour sa part rapporté en avril que ce ne sont «pas la majorité des services» qui subiront une baisse des activités avec la mise en place du DSN. 

Entre fébrilité et gestion des bogues 

Isabelle Roy, présidente de la FIQ - Syndicat des professionnelles en soins du Nord-de-l’Île de Montréal, a dit ressentir de la fébrilité, mais aussi du découragement chez ses membres, surtout en lien avec le manque de formation et «des problèmes du système qui retardent les soins aux patients».

Des enjeux concernant l’administration des médicaments ont notamment été rapportés dans les CHSLD samedi matin. «Ils ont dû mettre de côté le Dossier santé numérique pour reprendre la formule papier parce qu’ils étaient incapables d’administrer de façon adéquate les médicaments, le système se connectait, déconnectait», a expliqué Mme Roy. 

Elle a ajouté qu’en raison de ces problèmes, les soignants dans trois CHSLD ont terminé de donner la médication qui doit être administrée à 8 h à midi, voire à 13 h. 

Mme Roy a aussi affirmé qu’au pavillon Albert-Prévost, «l’ensemble des notes d’évolution des infirmières ont disparu ce matin, fait qu’il va falloir probablement qu’elles reprennent tout ce qui a été inscrit jusqu’à maintenant dans le Dossier santé numérique». 

«On sent par contre que ça va relativement mieux dans les hôpitaux, mais CHSLD, CLSC, disons qu’il y a énormément de travail et de pain sur la planche pour ajuster la plateforme», a évoqué Mme Roy. 

Louis-Alex Nadeau, vice-président des relations de travail pour la FIQ – Syndicat des professionnelles en soin de la Mauricie et du Centre-du-Québec, a indiqué pour sa part que le déploiement du DSN a «quand même bien été», malgré quelques problèmes. 

M. Nadeau a dit que les téléphones cellulaires que les infirmières auxiliaires vont prendre pour administrer la médication ne fonctionnaient pas en matinée, et elles ont ainsi dû revenir à la version papier dans les CHSLD. La situation s’est toutefois réglée vers 11 h. 

M. Nadeau a indiqué qu’il surveillera l’évolution du déploiement, particulièrement lundi, où plus de personnes seront au travail. 

Le déploiement de ce projet pilote dans les deux CIUSSS «vitrine» doit coûter 400 millions $. À ce jour, selon le «Tableau de bord des projets en ressources informationnelles du gouvernement du Québec», 329 millions $ des 400 millions $ prévus ont été dépensés. 

À terme, le DSN sera étendu à l’ensemble du réseau de la santé. Le projet de numérisation devrait coûter entre 1,5 et 3 milliards $ et vise à fusionner pas moins de 400 systèmes informatiques différents.

Avec des informations de Patrice Bergeron pour La Presse canadienne

Coralie Laplante

Coralie Laplante

Journaliste