Santé

Un DSN à 100 M$ par année: «des coûts tout à fait normaux», selon Fréchette

Selon Santé Québec, les dépenses d’exploitation incluent «des coûts de licences, d’hébergement, mais aussi de salaires des équipes qui ont été constitués pour supporter nos utilisateurs», soit les professionnels de la santé.

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«Moi je l’ai dit» : Christine Fréchette sur la consigne d’éviter de parler de «panne» lors du déploiement du DSN

Le nouveau Dossier santé numérique (DSN), dont le déploiement de la première phase est prévu ce week-end, coûtera annuellement 100 millions de dollars (M$) en gestion courante.

L’information est datée du 27 avril dernier sur le site de Santé Québec, mais plusieurs médias dont Radio-Canada ont rapporté que cette somme a été dévoilée jeudi et restée jusque-là inconnue du public.

Selon ces coûts suivront la dépense prévue du développement du DSN d’environ 400 M$.

Les dépenses d’exploitation incluent «des coûts de licences, d’hébergement, mais aussi de salaires des équipes qui ont été constitués pour supporter nos utilisateurs», soit les professionnels de la santé.

Des coûts connus depuis un moment

Interrogée vendredi lors d’une annonce d’investissement en soins à domicile à Châteauguay, la première ministre Christine Fréchette a révélé qu’elle était au courant de ces coûts d’opération depuis les jours qui ont suivi son assermentation, le mois dernier.

«Ce sont des coûts tout à fait normaux et habituels», a assuré Mme Fréchette, emboîtant le pas de sa ministre de la Santé, Sonia Bélanger, qui avait essentiellement dit la même chose quelques minutes plus tôt en conférence de presse.

«Il y a toujours un coût d’exploitation […] et d’opération», a statué Mme Bélanger rappelant que la gestion courante est sous la responsabilité de Santé Québec et que le tout fera l’objet d’une révision lors des prochaines études des crédits. «Une fois le système implanté, on continue de l’alimenter.»

Santé Québec indique que ces 100 M$ ne s’ajoutent pas aux dépenses actuelles du réseau. «Dans le réseau de la santé et des services sociaux, on a 400 systèmes différents – vous vous imaginez… – et 4000 applications différentes», a affirmé Mme Bélanger pour expliquer ce calcul net.

«Au fur et à mesure qu’on va intégrer ce qu’on est en train de faire, on va aussi se départir de contrats existants et ça va nous redonner une marge de manœuvre.»

—  Sonia Bélanger, ministre de la Santé

«Il faut s’assurer d’avoir les budgets pour faire fonctionner ces systèmes», a aussi déclaré la ministre de la Santé.

«Des économies à terme d’au moins 120 M$»

Après les commentaires de mesdames Fréchette et Bélanger, Santé Québec a diffusé des «précisions» sur les coûts associés au Dossier santé numérique.

En éliminant les systèmes désuets dont parlait la ministre de la Santé, mais aussi en réduisant la gestion papier, notamment, le DSN «permettra de générer des économies importantes, d’au minimum 120 M$», assure la société d’État.

Les dépassements de coûts sont une grande part des craintes de médecins, d’experts et de gens du public à l’occasion de l’arrivée du DSN, puisque plusieurs ont encore fraîchement en mémoire le spectre du déploiement chaotique de la plateforme numérique de la SAAQ – le fiasco SAAQclic.

Des coûts qui auraient dû être rendus publics plus tôt, selon le PLQ

Pour l’opposition officielle à l’Assemblée nationale, ce qui dérange, ce n’est pas tant les coûts que le fait que le gouvernement Fréchette a gardé cette information cachée pendant un certain temps.

«Dans un projet d’une telle ampleur, la transparence ne devrait pas dépendre du moment où des médias ou des documents internes révèlent les chiffres», a réagi le député libéral Monsef Derraji dans un message publié sur X vendredi.

«Les citoyens ont le droit de connaître, dès les phases de planification, le coût total réel d’un projet , incluant à la fois le développement et l’exploitation, comme l’a d’ailleurs rappelé la Vérificatrice générale dans le dossier SAAQclic».

«Alors, Christine Fréchette et Sonia Bélanger, quelles sont vos prévisions des coûts d’exploitation pour le déploiement national au cours des prochaines années? Un autre 1G$ ou 2G$ cachés pour les prochaines années.»

—  Extrait d’un message du député libéral Monsef Derraji publié sur X

Des «ajustements» à prévoir

D’autre part, le DSN fonctionnera-t-il bien? Proposé par l’entreprise américaine Epic Systems, doit être lancé à compter de samedi au CIUSSS de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec et au CIUSSS du Nord-de-l’Île-de-Montréal, malgré des failles de sécurité et des problèmes techniques qui ont été rapportés.

La première ministre Fréchette a répondu à cette question de la même façon qu’elle l’a souvent fait depuis qu’elle a succédé à François Legault: «On le sait, on va en avoir, des bogues.»

Mme Fréchette croit qu’avec «un système d’une telle ampleur, c’est colossal, c’est sûr qu’il va y avoir des enjeux».

La première ministre a rappelé que «315 millions de personnes qui utilisent ce système à travers le monde». «On est pas des cobayes», assure-t-elle.

Qu’à cela ne tienne, à l’occasion du début de cette grande transition numérique, Santé Québec a distribué une liste de mots à ne pas dire aux patients à des employés du réseau, comme l’a déjà appris Noovo Info.

«Le système est en panne» est une des nombreuses phrases que les professionnels de la santé ne doivent pas dire. «Moi, je me suis donné le droit de le dire», a simplement déclaré Mme Fréchette vendredi. «Si ça ne marche pas, il y aura des ajustements.»

Ce qui est attendu du DSN

En avril, Santé Québec a validé la date de lancement du 9 mai, au détriment d’inquiétudes partagées par des médecins et des politiciens. Dans un breffage technique, il a été mentionné que l’organisation n’avait «aucun intérêt» à ne pas respecter cette date de lancement.

Le DSN doit permettre de numériser les dossiers des patients du réseau de la santé afin d’uniformiser les pratiques à travers les régions du Québec, regrouper les informations et éviter les erreurs médicales.

Dans le breffage technique d’ avril, les intervenants du réseau de la santé ont assuré que le projet respectait jusqu’à maintenant son budget et son échéancier. Il a également été spécifié que «différentes stratégies» étaient mises en place en cas de défaillances du système.

On a toutefois noté que l’un des problèmes qui pourraient être rencontrés est l’adaptation des travailleurs du réseau de la santé à la plateforme et reconnu qu’un accompagnement auprès des personnes ayant de la difficulté avec les outils numériques pourrait être déployé.

Les critiques envers le DSN concernent également le fait que le système soit américain, donc non adapté à la langue française, un manque de formation pour certains employés et un risque pour les données québécoises.

Avec de l’information d’Étienne Fortin-Gauthier et d’Émile Bérubé-Lupien pour Noovo Info, ainsi que de l’information de La Presse canadienne.