Politique

Les Albertains sont divisés sur les neuf autres questions du référendum

La première ministre Danielle Smith interrogeait également les Albertains sur cinq questions relatives à l’immigration et quatre concernant la demande d’un mandat pour collaborer avec d’autres provinces.

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Comment les Albertains en sont arrivés à un référendum? Notre collaborateur Pablo Rodriguez explique comment les Albertains en sont arrivés à un référendum, alors qu’ils se rendent aux urnes lundi afin de déterminer s'ils souhaitent rester au sein du Canada ou continuer leur chemin vers l'indépendance.

Alors que les Albertains ont catégoriquement rejeté la séparation lors du référendum de lundi, les résultats se sont avérés nettement plus serrés sur les neuf autres questions, tandis que le dépouillement se poursuit.

Mardi après-midi, le dépouillement était toujours en cours, mais le «oui» était en tête sur huit des neuf questions du référendum, y compris les cinq propositions liées à l’immigration.

Les questions sur l’immigration portaient sur la nécessité pour l’Alberta d’avoir davantage son mot à dire sur le choix des personnes venant travailler dans la province, ainsi que sur la possibilité d’imposer davantage de restrictions – voire d’ajouter des frais – à certaines personnes souhaitant accéder aux soins de santé et à l’éducation.

Les quatre autres questions voyaient la première ministre Danielle Smith demander l’aval des Albertains pour faire pression sur ses homologues provinciaux afin qu’ils soutiennent une modification de la Constitution visant à retirer davantage de pouvoirs à Ottawa et à abolir le Sénat.

Le «oui» l’emportait sur toutes les questions liées à l’immigration, avec environ 54 à 58 % des voix mardi après-midi. La seule exception est la proposition de Mme Smith visant à exiger une preuve de citoyenneté pour voter aux élections provinciales, qui était en tête avec près de deux tiers des voix.

Mme Smith, qui a déclaré avoir besoin d’un «oui» aux neuf questions pour pouvoir négocier avec le premier ministre Mark Carney, devait s’adresser aux Albertains mardi soir à la télévision pour commenter les résultats et évoquer l’avenir de la province.

Ses détracteurs ont qualifié ces questions de messages subliminaux anti-immigrés. Certains, dont le chef de l’opposition du NPD, Naheed Nenshi, estiment que les résultats s’annoncent comme un mandat peu convaincant pour la première ministre.

«Le gouvernement a dépensé 4 millions $ pour inciter les gens à voter “oui”, soit dix fois plus que (ceux qui ont fait campagne contre ces questions)», a déclaré M. Nenshi aux journalistes mardi.

«Si elle voulait un mandat, elle aurait dû être capable d’obtenir 85 % des voix sur des questions comme celles-ci, mais elle n’a pas réussi à s’imposer», a-t-il souligné.

M. Nenshi a ajouté que Mme Smith devait cesser de faire des immigrés des boucs émissaires et «être une première ministre pour tous les Albertains».

Colin Aitchison, ancien attaché de presse du Parti conservateur uni devenu consultant en relations gouvernementales, a répliqué en affirmant que le résultat constituait bien plus qu’un mandat clair pour la première ministre.

«Dans ce pays, des gouvernements sont élus avec moins de 50 % des voix, puis ils mettent en œuvre leur mandat», a rappelé M. Aitchison, directeur général chez Enterprise Canada.

«Quelle que soit l’ampleur de ce mandat, il s’agit d’un mandat clair, et, compte tenu du taux de participation, je pense que c’est un argument sur lequel (Mme Smith) pourra sans aucun doute s’appuyer lorsqu’elle tentera de négocier (avec Ottawa)», a-t-il ajouté.

Mme Smith a déclaré que l’immigration était un atout, mais qu’elle devait être économiquement viable. Son gouvernement n’a pas encore donné de détails sur le fonctionnement de ces propositions ni sur la manière dont elles seraient mises en œuvre. 

Des résultats surprenants

Avnish Nanda, un avocat qui avait fait campagne contre les propositions en matière d’immigration, s’est dit choqué par les résultats enregistrés jusqu’à présent, car il s’attendait à ce que les questions soient adoptées avec des marges bien plus importantes.

«Nous pensions que nous allions subir une défaite écrasante», a mentionné M. Nanda lors d’une entrevue.

M. Nanda a ajouté qu’il ne pensait pas que ces résultats reflètent la volonté des Albertains. Il a cité des sondages suggérant que certains électeurs avaient été déroutés par la formulation des questions et qu’ils auraient voté différemment selon la manière dont celles-ci auraient été posées.

«Ce sont des questions difficiles (et) une campagne de propagande (gouvernementale) qui a induit les Albertains en erreur pour qu’ils votent en faveur de mesures qui vont à l’encontre, je pense, de ce qu’ils souhaitent réellement et de ce qui est dans leur intérêt», a-t-il expliqué.

Le maire de Calgary, Jeromy Farkas, a fait savoir mardi qu’il était fier de voir une majorité d’électeurs de sa ville rejeter les propositions en matière d’immigration, ajoutant que cela réaffirmait le caractère accueillant de Calgary pour les nouveaux arrivants.

M. Farkas a également indiqué qu’Ottawa avait déjà pris des mesures pour répondre aux préoccupations en matière d’immigration et qu’il estimait que les résultats du référendum semblaient constituer un soutien au statu quo.

«Cela m’amène en quelque sorte à me demander: “À quoi a donc servi tout cet exercice, au départ ?”» a déclaré M. Farkas.

Le maire d’Edmonton, Andrew Knack, a également appelé Mme Smith à abandonner les questions relatives à l’immigration.

«Je ne veux pas que nos voisins aient l’impression de ne pas être les bienvenus dans notre ville», a affirmé le maire.

Les questions constitutionnelles s’annoncent plus serrées, les résultats de mardi après-midi montrant que le «oui» l’emporte sur trois des quatre questions avec des marges infimes.