Le démarrage retardé des bureaux de vote pour un scrutin historique sur le maintien des Albertains au sein du Canada entraînera des retards dans la publication des résultats.
Élections Alberta a annoncé que plus de 100 bureaux de vote — sur les plus de 1400 que compte la province — ont ouvert plus tard lundi matin et que leurs heures d’ouverture seront prolongées.
L’agence a annoncé qu’elle ne publierait pas les résultats non officiels avant la fermeture du dernier bureau de vote à 22h, heure locale.
À Calgary, lundi matin, les électeurs se pressaient à l’église presbytérienne Grace, arborant fièrement leurs autocollants jaunes «J’ai voté», avant de se rendre au travail.
Scott Hill, coiffé d’une casquette de baseball ornée d’une feuille d’érable rouge, a déclaré qu’il respectait l’opinion de chacun, mais que pour lui, ce référendum était «surréaliste» et qu’il avait voté pour le maintien au sein du Canada.
«Les gens sont en colère, je le vois bien. Mais nous sommes Canadiens, nous devons rester unis», a-t-il dit, rappelant que son grand-père avait combattu pendant la Seconde Guerre mondiale.
«C’est sans aucun doute le vote le plus important que j’aie jamais exprimé.»
Plus de 1,3 million d’Albertains ont déjà voté par correspondance ou lors du vote par anticipation dans le cadre du référendum organisé par la première ministre Danielle Smith.
On leur demande s’ils souhaitent rester au sein du Canada ou organiser un deuxième référendum contraignant sur la sortie de la Confédération.
Ce scrutin vient couronner des mois de rassemblements, de discours et d’analyses menés par les deux camps. Il survient alors que le premier ministre Mark Carney a affirmé que les députés étaient «unis dans la douleur» face à une tragédie qui touche l’ensemble du pays. Un incendie qui a ravagé samedi le terrain d’entraînement de la base des Forces canadiennes de Wainwright, en Alberta, a coûté la vie à quatre soldats et en a blessé des dizaines d’autres.
Le Parti conservateur uni de Mme Smith n’avait pas fait campagne en faveur d’un référendum sur la séparation lors des dernières élections, en 2023.
Or, Mme Smith a rappelé que la colère de certains Albertains face à la situation sous l’ancien premier ministre Justin Trudeau a débouché sur la signature, par des centaines de milliers de personnes, de pétitions en faveur et contre la Confédération.
Un référendum, a-t-elle fait valoir, était nécessaire pour régler la question une fois pour toutes.
Lundi matin, à Edmonton, une longue file d’attente s’était formée devant la cathédrale anglicane All Saints.
Jeff Sparks faisait partie des électeurs qui espéraient la victoire du camp souhaitant le maintien au sein du Canada.
«Et que cela mette un terme à cette polémique et qu’on n’ait plus à en entendre parler», a-t-il déclaré.
Shawn Campbell a expliqué avoir voté pour que la province entame le processus d’un référendum contraignant, même s’il ne souhaite pas la séparation et ne croit pas qu’elle se produise un jour.
«Cela envoie un message à Ottawa: les Albertains ne sont pas contents», a-t-il dit.
D’autres éléments en jeu
La question sur l’indépendance est la dixième du référendum. Les neuf autres portent sur l’immigration et la Constitution.
Les questions sur l’immigration demandent aux Albertains si la province devrait avoir davantage son mot à dire sur les personnes autorisées à venir y travailler et s’il est temps d’imposer plus de restrictions — voire d’introduire des frais — à certaines personnes qui arrivent et souhaitent bénéficier des soins de santé et de l’éducation.
Les questions constitutionnelles demandent aux Albertains de donner leur feu vert pour entamer des négociations avec d’autres provinces afin de retirer des pouvoirs au gouvernement fédéral et d’abolir le Sénat.
La première ministre a également déclaré avoir voté pour rester au Canada, mais a affirmé avoir besoin d’un «oui» aux neuf questions restantes pour obtenir un mandat lui permettant de négocier une meilleure entente avec Mark Carney.
Amneet Mann a également voté à Calgary, qualifiant certaines de ces questions d’anti-immigrés.
«Je ne pense tout simplement pas que ce soit là ce que représente ce pays. Je trouve ça fou que nous en soyons arrivés là et que nous devions le faire savoir», a-t-elle dit.
M. Carney s’est rendu en Alberta la semaine dernière pour rallier les forces pro-Canada. Il a exhorté les Albertains à rejeter les questions restantes.
«Dites “non” aux neuf questions», a déclaré le premier ministre devant une foule rassemblée à Calgary.
Jamie Fisher s’est rendue à l’école Mount Royal de Calgary pour voter en faveur de la tenue d’un référendum contraignant sur la séparation et pour soutenir les neuf autres propositions de Mme Smith.
«Je ne pense pas que cela ait été juste pendant très longtemps, et je pense que beaucoup de gens ont vraiment besoin d’entendre ce message», a-t-elle expliqué.
La déclaration de Mark Carney l’a mise en colère, a-t-elle dit.
«Cela montre simplement qu’il s’agit davantage d’une dictature que d’une société qui écoute le peuple, a-t-elle expliqué. Chacun aura une réponse différente et c’est normal, mais ça fait du bien d’être entendu.»
Avec des informations de Dayne Patterson, à Calgary et de Timon Johnson à Edmonton