Politique

Les Albertains choisissent de rester au Canada à une large majorité

«Le Canada est un pays bien plus grand que la somme de ses parties», a réagi Mark Carney.

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Comment les Albertains en sont arrivés à un référendum? Notre collaborateur Pablo Rodriguez explique comment les Albertains en sont arrivés à un référendum, alors qu’ils se rendent aux urnes lundi afin de déterminer s'ils souhaitent rester au sein du Canada ou continuer leur chemin vers l'indépendance.

Les Albertains ont tranché au terme du référendum de lundi: ils souhaitent que leur province reste au sein du Canada.

«C’est une bonne journée pour le Canada», s’est réjoui le premier ministre Mark Carney mardi matin. «Les Albertaines, les Albertains ont choisi l’unité.»

Selon les premiers résultats, près de 76 % des Albertains ont voté pour rester au Canada, tandis que 24 % ont exprimé le souhait que la province organise un second référendum, contraignant celui-ci, sur une éventuelle sortie.

Lors de son arrivée à une rencontre du cabinet, M. Carney a également dit qu’il avait parlé avec la première ministre de l’Alberta, Danielle Smith, d’un soutien accru aux personnes touchées par le tragique incendie survenu à la base des Forces armées canadiennes de Wainwright, en Alberta, avant d’aborder la question des résultats du référendum.

Il a confié aux journalistes qu’ils avaient convenu d’aller de l’avant dans un esprit de fédéralisme coopératif, notamment en ce qui a trait à l’immigration.

Mme Smith avait d’ailleurs elle-même salué le résultat sur les réseaux sociaux.

«Merci, l’Alberta!», a écrit Mme Smith. «Les Albertains ont voté pour une Alberta plus forte au sein d’un Canada uni.»

Mme Smith a indiqué qu’elle s’adresserait à la télévision mardi soir pour détailler la voie que la province allait suivre à l’avenir.

Lors des soirées électorales et des rassemblements, les partisans pour le maintien dans le Canada célébraient, tandis que ceux qui luttaient pour l’indépendance se montraient abattus, mais déterminés.

«Ne vous en prenez pas au Canada!», a lancé Thomas Lukaszuk, figure de proue et organisateur des forces pro-Canada, au Polish Hall, dans le centre-ville d’Edmonton.

À quelques rues de là, un rassemblement pour les séparatistes devenait de plus en plus silencieux à mesure que les résultats affluaient.

«Nous n’irons nulle part», a prévenu Jeff Rath, de l’Alberta Prosperity Project.

«Nous avons dominé le débat au cours de l’année écoulée. Nous avons sensibilisé les Albertains aux avantages de l’indépendance, et nous allons continuer à aller de l’avant.»

Le précédent du Québec

L’Alberta emboîtait ainsi le pas au Québec en soumettant la question de la souveraineté à ses citoyens. Le Québec a organisé deux référendums depuis 1980. En 1995, les Québécois avaient voté en faveur du maintien dans le Canada, avec une marge infime de 50,58 %.

La question de la séparation figurait parmi les dix posées aux Albertains. Les neuf autres portaient sur l’immigration et la Constitution. Leur dépouillement avait également lieu lundi, mais les premiers résultats ont été communiqués plus lentement et les écarts étaient plus serrés.

Le taux de participation global a été impressionnant, avec plus de 1,3 million de suffrages exprimés plus tôt par correspondance et lors du vote anticipé.

Mme Smith, qui dit avoir voté pour le maintien au sein du Canada, avait promis qu’une majorité simple de 50 % plus une voix suffirait à trancher, et qu’aucun autre référendum n’aurait lieu durant le reste du mandat de son gouvernement.

Référendum en Alberta: le vote par anticipation débute mardi Le vote par anticipation pour le référendum du 19 octobre en Alberta débute mardi. Parmi les dix questions posées aux Albertains, une sur l’indépendance de la province retient surtout l’attention. Alain Rayes analyse le tout.

Christina Fielder, une partisane du groupe «Forever Canadian», espère que le débat sur la séparation est désormais clos.

«Ils ont été battus, a-t-elle soutenu. J’espère qu’ils l’accepteront, car ils ne constituent pas la majorité. C’est nous qui le sommes.»

Dans un bureau de vote à Edmonton, Shawn Campbell a confié avoir voté en faveur d’un référendum contraignant sur la séparation – même s’il ne souhaite pas que la province fasse sécession et qu’il ne croie pas que cela arrivera un jour

«Cela envoie un message à Ottawa: les Albertains ne sont pas satisfaits», a-t-il souligné.

L’aboutissement d’un long processus

Ce scrutin marquait l’aboutissement d’un long processus entamé en mai, lorsque Mme Smith a convoqué le référendum.

Le débat a dressé certains voisins les uns contre les autres et a perturbé des événements publics.

Le drapeau de l’Alberta est devenu, de facto, un étendard controversé pour les partisans de la séparation.

Il y a eu des rassemblements et des discours, une «guerre des pancartes», des piles de documents stratégiques, des analyses, ainsi que des mises en garde contre une apocalypse économique si l’Alberta tentait de faire cavalier seul.

La première ministre Smith a dû expliquer pourquoi son caucus et son parti soutiennent le Canada, tout en permettant aux séparatistes de rester au sein de la formation politique. Elle a précisé que le parti défend le maintien au pays, tout en restant ouvert à la diversité des points de vue.

Danielle Smith et son parti, le Parti conservateur uni, n’avaient pas fait campagne sur la question de la séparation lors des élections provinciales de 2023, et ils n’ont pas sollicité de nouveau mandat populaire avant de convoquer ce référendum. 

Mme Smith a plutôt affirmé qu’elle y avait été, en quelque sorte, contrainte. Selon elle, le ressentiment latent que les Albertains éprouvaient depuis longtemps à l’égard d’Ottawa a fini par éclater au grand jour sous le mandat de l’ancien premier ministre libéral Justin Trudeau.

Elle a affirmé que des politiques entravant le développement des ressources, combinées à des mécanismes de péréquation inéquitables et à une ingérence fédérale dans les compétences provinciales, ont poussé des centaines de milliers d’Albertains à signer des pétitions – certaines en faveur du maintien au sein du Canada, d’autres réclamant la séparation.

Un référendum, a-t-elle soutenu, constituait une «soupape de décharge» nécessaire et un moyen de trancher la question une fois pour toutes.

Mark Carney en Alberta pour appeler à l’unité canadienne Mark Carney est toujours en mode séduction en Alberta, afin de convaincre les Albertains de rester au sein du Canada. Voyez l’analyse d’Alain Rayes.

Smith sur une corde raide

Danielle Smith a adopté une position nuancée sur cette question, se déclarant attachée à une «Alberta souveraine au sein d’un Canada uni». Pourtant, au cours des deux dernières années, son gouvernement a modifié des lois et abaissé certains seuils, ce qui a contribué à alimenter la pétition réclamant un vote sur la séparation.

Lorsque cette pétition s’est retrouvée enlisée devant les tribunaux, au printemps dernier, Mme Smith a tout de même annoncé la tenue d’un référendum.

Le Nouveau Parti démocratique (NPD), qui forme l’opposition, ainsi que d’autres détracteurs soutiennent qu’il s’agit là de la véritable raison d’être de ce référendum.

Selon eux, le séparatisme a toujours été – et demeure – un courant marginal en Alberta. Ils accusent Mme Smith de souffler sur les braises du séparatisme, dans le seul but de sauver son poste.

Ils affirment qu’elle est devenue prisonnière de l’aile séparatiste, très influente au sein de son parti. Le référendum servirait, selon eux, à maintenir cette faction dans le giron du parti et à éviter qu’elle ne provoque son éviction lors d’un vote de confiance – comme cela avait été le cas pour son prédécesseur, Jason Kenney.

M. Kenney, cofondateur du Parti conservateur uni, a déclaré que les séparatistes n’avaient pas leur place au sein du parti et que, après le référendum, une «explication» s’imposerait au sein de la formation politique.

Les prochaines élections en Alberta sont prévues pour octobre 2027. La grande question est de savoir si l’enjeu du séparatisme continuera de coller à Mme Smith et à son parti.