La course à la construction de la prochaine flotte de sous-marins du Canada entre dans sa phase finale alors que le gouvernement fédéral examine deux offres concurrentes pour ce contrat juteux.
Ottawa n’a pas dévoilé son choix, mais le gouvernement du premier ministre Mark Carney fait avancer le projet à toute vitesse et devrait désigner le gagnant d’ici juillet.
Les deux soumissionnaires retenus, la société sud-coréenne Hanwha Oceans et l’allemande TKMS, se sont livré une bataille acharnée dans une course inhabituellement courte pour fournir à la Marine royale canadienne une dizaine de sous-marins.
L’analyse interne des offres concurrentes par le gouvernement fédéral devrait être terminée à l’heure actuelle.
«Nous sommes au troisième quart et score est toujours à égalité, alors voyons qui l’emportera», a récemment déclaré Oliver Burkhard, PDG de TKMS, à la Presse Canadienne alors qu’il se trouvait dans la capitale du pays pour le CANSEC, le plus grand salon professionnel du secteur de la défense au Canada. «Nous sommes prêts.»
Ottawa n’a pas dévoilé son jeu, mais le gouvernement du premier ministre Mark Carney fait avancer le projet à un rythme inhabituellement rapide pour un marché d’une telle envergure. Il n’a pas non plus caché le fait qu’il considère ce contrat comme un moyen d’assurer des retombées économiques nationales.
Le secrétaire d’État Stephen Fuhr, responsable des achats d’équipement militaire, a déclaré la semaine dernière que le gagnant serait sélectionné d’ici «la fin juin».
«Il pourrait s’agir du plus gros marché militaire jamais conclu par le Canada… et le Canada aura mené à bien un processus concurrentiel pour les sous-marins en moins d’un an, a déclaré M. Fuhr aux journalistes le 27 mai. C’est une rapidité incroyable pour un marché d’une telle envergure, nous en sommes donc très fiers.»
Les projets d’acquisition de grands navires de combat de la marine prennent généralement plus de cinq ans.
M. Burkhard a déclaré que le Canada avançait à «la vitesse de la lumière», ce qu’il n’avait jamais vu auparavant.
«En tant qu’industrie, nous devons accepter que ce soit peut-être la nouvelle norme et que le Canada soit peut-être en tête du peloton — et ce soit peut-être aussi le cas pour d’autres pays — pour découvrir ce qu’un pays peut obtenir en plus lorsqu’il achète des sous-marins.»
L’argumentaire de vente allemand s’articule autour du renforcement de l’alliance de l’OTAN. Il vante l’interopérabilité de ses sous-marins avec les flottes allemande et norvégienne, qui surveillent ensemble les mouvements des sous-marins russes et partagent leurs connaissances, leurs données et leur équipement.
Son rival, qui n’a jamais exporté de sous-marin à l’étranger, mais qui est impatient de s’imposer comme un acteur mondial de premier plan, fait figure de négligé.
Alors que TKMS a, à l’image de ses sous-marins, opéré dans la discrétion tout au long de la compétition en ciblant principalement des responsables gouvernementaux clés, la société sud-coréenne Hanwha a lancé une campagne publicitaire massive à l’échelle nationale.
Elle a placardé des affiches partout sur la Colline du Parlement et à l’aéroport d’Ottawa, et a mené une campagne publicitaire à la télévision et en ligne, avec la voix de Peter Mansbridge.
Glenn Copeland, PDG de Hanwha Defence Canada, a affirmé que son entreprise peut livrer ses sous-marins plus rapidement et offre au Canada une forte valeur économique en soutenant les entreprises canadiennes touchées par les droits de douane.
M. Copeland a déclaré que l’entreprise aspirait à équiper l’armée canadienne de toutes sortes de matériel et souhaitait devenir une marque connue de tous, à l’instar de LG, Kia et Hyundai.
«Hanwha est une marque tout aussi importante en Corée, mais elle n’est pas encore reconnue en Amérique du Nord en tant que fournisseur de défense de premier plan. Pour réussir, il faut donc vraiment établir sa marque», a déclaré M. Copeland à la Presse canadienne.
Ottawa est dans une course contre la montre pour remplacer les sous-marins actuels du Canada, qui sont vieux, rouillés et à peine opérationnels.
La flotte canadienne, composée de quatre sous-marins de classe Victoria, devrait être hors service d’ici 2035. Un seul est actuellement opérationnel et le gouvernement se verra probablement contraint de démanteler certains des sous-marins restants pour en récupérer les pièces de rechange.
Le ministre allemand de la Défense, Boris Pistorius, a vivement défendu le constructeur allemand de sous-marins tout au long de la semaine lors du CANSEC.
«TKMS est sans égal en termes d’expertise de longue date dans le domaine des sous-marins», a-t-il lancé aux côtés du ministre de la Défense David McGuinty.
Hanwha a récemment envoyé l’un de ses sous-marins à Victoria, en Colombie-Britannique, et a emmené des marins de la marine canadienne à bord.
Les campagnes publiques ont peu mis en avant les capacités réelles des sous-marins, mettant plutôt l’accent sur les partenariats géopolitiques et les retombées économiques nationales.
Plus tôt cette année, le gouvernement a accordé aux entreprises une prolongation de leurs délais de soumission. La ministre de l’Industrie, Mélanie Joly, a indiqué que le Canada cherchait à attirer des investissements dans le secteur automobile grâce à ce vaste projet d’acquisition de sous-marins, et qu’il recherchait à l’origine une usine de construction automobile complète.
Les sous-marins devraient coûter des dizaines de milliards de dollars et générer des retombées économiques de plusieurs dizaines de milliards supplémentaires, l’impact le plus important se faisant sentir dès les premières années du programme.
Le coût exact de la commande entière pourrait varier considérablement, en partie selon que le gouvernement canadien demandera ou non des modifications, dit Daniel Kerry, de Deloitte, qui a travaillé sur le programme de sous-marins du Royaume-Uni.
«Ils vont coûter une fortune, souligne M. Kerry lors d’une précédente interview. Mais ils vont également apporter une valeur ajoutée incroyable à l’économie canadienne.»

