Le fabricant sud-coréen d’équipements de défense Hanwha se dit prêt à construire des véhicules d’artillerie au Canada, notamment des obusiers mobiles, des systèmes de lancement de roquettes et des véhicules d’infanterie.
Mais cela ne se fera que s’il remporte l’appel d’offres pour la prochaine flotte de sous-marins de la Marine royale canadienne.
Hanwha a indiqué qu’il formerait une coentreprise avec l’Association des fabricants de pièces automobiles afin de créer une entité canadienne qui construirait une gamme de véhicules.
«Ce n’est un secret pour personne que le Canada a demandé “Pourriez-vous jeter un œil à l’industrie automobile et voir ce que vous pouvez faire ?” Ils subissent une pression énorme», a mentionné Glenn Copeland, PDG de Hanwha Defence Canada.
«Nous avons toujours voulu proposer quelque chose dans le domaine des systèmes de véhicules terrestres, c’était donc tout naturel», a-t-il ajouté.
Ces machines de guerre seraient construites avec de la main-d’œuvre, des pièces et des matériaux canadiens, notamment de l’acier et de l’aluminium, et Hanwha a fait valoir que la coentreprise pourrait à la fois approvisionner les Forces armées canadiennes et exporter vers des alliés.
Le Canada prévoit d’acheter une flotte pouvant compter jusqu’à 12 sous-marins à propulsion conventionnelle. Le soumissionnaire retenu pour cette transaction pourrait être annoncé dès cette année.
Flavio Volpe, directeur de l’Association des fabricants de pièces automobiles, a indiqué que Hanwha l’avait contacté il y a environ quatre mois et avait consacré beaucoup de temps à se renseigner sur les capacités des fournisseurs automobiles canadiens.
Le secteur automobile est l’une des principales cibles du conflit tarifaire qui s’éternise depuis plus d’un an avec les États-Unis.
M. Volpe, dont le groupe professionnel représente des centaines de fournisseurs de pièces, a indiqué que l’assemblage automobile au Canada avait chuté d’environ un tiers depuis que le président américain Donald Trump a lancé sa guerre commerciale. Il a ajouté que l’industrie automobile était particulièrement difficile à diversifier.
Même si la demande en véhicules militaires n’atteindra probablement jamais le niveau de celle des véhicules de plaisance, les contrats de défense sont très convoités, a-t-il affirmé.
«La valeur des contrats (de pièces automobiles pour la défense), la sécurité de l’emploi qu’ils garantissent, ainsi que les contrats de maintenance, de réparation et de révision sur 20 ou 30 ans constituent le type de diversification dont ce secteur a désespérément besoin», a déclaré M. Volpe.
La coentreprise proposée serait majoritairement détenue par des Canadiens et comporterait une majorité de membres canadiens au conseil d’administration — bien que l’on ne sache pas encore exactement comment l’accord fonctionnerait dans la pratique, car beaucoup dépend du succès de l’offre de Hanwha.
«Il se pourrait que la meilleure solution soit de créer une nouvelle usine, a remarqué M. Volpe. Mais il se pourrait aussi qu’un ou plusieurs des principaux fabricants d’équipement automobiles canadiens, comme Martinrea ou Linamar, puissent réaliser cet assemblage dans l’une de leurs usines et agir en tant qu’assembleur pour tous les autres fournisseurs de sous-composants.
«Il faut réaliser une analyse de rentabilité pour chaque véhicule.»
Les véhicules militaires qui seraient produits par la coentreprise proposée comprendraient l’obusier K9 Thunder de Hanwha, le véhicule de ravitaillement en munitions K10, le véhicule d’infanterie Redback, le lance-roquettes Chunmoo et des véhicules terrestres sans pilote.
L’annonce a été faite mercredi à Vaughan, en Ontario, dans une usine de Martinrea qui produit des pièces métalliques pour Toyota, Lexus et General Motors.
Un délai supplémentaire
Mercredi était la date limite fixée par le gouvernement pour que les constructeurs de sous-marins modifient leurs offres.
Ottawa a accordé un délai supplémentaire aux deux soumissionnaires rivaux — Hanwha et le fabricant allemand TKMS — afin qu’ils puissent améliorer leurs offres, dans l’espoir qu’ils concluent davantage de partenariats avec des entreprises canadiennes.
«Je pense que c’est certainement ce que le gouvernement demandait. Nous avons compris le message», a avancé M. Copeland.
«Nous essayons vraiment de marquer un grand coup pour le Canada, de lui donner ce qu’il demande et de lui permettre de dire, en substance: “Notre nouvelle stratégie est un succès, et en voici la preuve vivante”», a-t-il précisé.
Doug Guzman, PDG de l’Agence de l’investissement pour la défense, a déclaré lundi devant un comité de la Chambre des communes qu’Ottawa avait demandé aux fournisseurs potentiels de sous-marins de prendre trois semaines supplémentaires pour «réfléchir sérieusement à ce qu’ils avaient d’autre à proposer».
Il a également souligné que la majeure partie de la valeur du contrat concernera l’entretien et le soutien à long terme des navires. Le processus s’est donc concentré sur la garantie que le contenu canadien fasse partie du soutien en service.
La ministre de l’Industrie, Mélanie Joly, a indiqué que le Canada cherchait à attirer des investissements dans le secteur automobile grâce à ce vaste projet d’acquisition de sous-marins, et qu’il recherchait à l’origine une usine de construction automobile complète.
Le porte-parole de TKMS, Nils Beyer, a déclaré que son entreprise ne souhaitait pas commenter les aspects des soumissions tant que le gouvernement les évaluait, mais a souligné que la force de leur stratégie globale résidait dans «l’engagement profond soutenu par le gouvernement» qui la sous-tendait.
«Cela inclut des initiatives telles que des mécanismes d’investissement ciblés (notamment dans des domaines comme les matières premières), le soutien aux infrastructures stratégiques, des cadres financiers permettant une exécution à long terme, et une harmonisation avec des programmes de défense et industriels plus larges», a-t-il mentionné dans un courriel.
L’offre de TKMS est soutenue par les gouvernements allemand et norvégien, qui la présentent aux responsables canadiens davantage comme un partenariat avec des alliés de l’OTAN.
Le constructeur de sous-marins de longue date a également cherché à inclure des entreprises canadiennes dans sa chaîne d’approvisionnement et son offre potentielle. M. Beyer a souligné que TKMS avait noué des partenariats avec Bombardier et Lockheed Martin Canada.
Le secrétaire d’État chargé des approvisionnements en défense, Stephen Fuhr, a déclaré que cela démontrait que la stratégie du gouvernement en matière d’acquisition de sous-marins fonctionnait, puisque les entreprises avaient compris que le soumissionnaire retenu serait celui qui offrirait la meilleure valeur économique pour le Canada.
«Ce sont d’excellentes entreprises et, comme elles ne sont que deux, elles ont 50% de chances de remporter l’entente et elles savent ce qui est en jeu», a déclaré M. Fuhr aux journalistes sur la colline du Parlement mercredi.
«Alors, devinez quoi? Elles mettent tout en œuvre pour réussir, et nous sommes ravis de le constater.»
Le gouvernement fédéral prévoit de mettre à l’eau son premier nouveau sous-marin d’ici 2032.

