Le 17 août, 4h40. L’infirmière Patsy Van Damme travaille à l’urgence psychiatrique au bloc E du Centre hospitalier universitaire de Québec-Université Laval (CHUL). Ses collègues et elle tentent d’intervenir auprès d’un patient agressif. Ce dernier se met à rouer de coups le collègue de Patsy, qui intervient.
L’infirmière se retrouve prisonnière du bloc, sous les frappes incessantes du patient, qui la tire aussi par les cheveux et tente de l’étrangler.
«Il s’est tourné vers moi... et il m’a pris en grippe. Il m’a frappé de toutes ses forces. Mon collègue a réussi à sortir de peine et de misère et je suis restée seule avec le patient», a-t-elle confié.
Patsy Van Damme a accepté de témoigner de ce moment traumatisant à visage découvert auprès de Noovo Info. Elle dit prendre la parole aujourd’hui pour faire changer les choses. «T’sais des faux pleurs, j’en veux pas auprès de mon lit», dit-elle.
Pas de gardien de sécurité?
L’infirmière dénonce l’absence d’un gardien de sécurité attitré à l’aile psychiatrique, poste qui a été coupé après des compressions budgétaires. Dans un courriel envoyé à Noovo Info, le CHU de Québec a confirmé être au courant de l’incident, qui est en cours d’analyse.
Les membres du personnel doivent appeler à l’aide en pressant sur des boutons panique dont le bon fonctionnement serait intermittent, selon l’infirmière. «C’est un vieux système qui marche, qui marche pas...», dénonce-t-elle.
«L’argent ne se rend jamais sur le terrain – je suis le résultat de leurs décisions», dit-elle en montrant son visage tuméfié. «On a de la misère à acheter une lampe de poche pour éclairer la nuit.»
«Mes enfants m’ont vue comme ça, ils ne veulent plus que je retourne travailler.»
— Patsy Van Damme, infirmière agressée au CHUL
Le CHU mentionne de son côté que des agents de sécurité sont présents dans l’ensemble de ses installations. «Au CHUL comme dans les autres hôpitaux de l’établissement, les agents de sécurité ne sont pas dédiés à des unités spécifiquement, mais font des tournées régulières sur l’ensemble des départements», mentionne-t-on.
Questionnée à savoir si elle a un message à adresser aux partis politiques en vue des élections de cet automne, la réponse de Patsy est sans équivoque. «Je pense que tout est à réviser dans le domaine de la santé. Il y a quelque chose qui faut qu’il se fasse. J’ai pas étudié là-dedans, mais je suis le résultat de leurs décisions», déplore-t-elle en faisant un geste vers son visage tuméfié.
«On tourne en rond et je suis le résultat de cette décision.»
Le CHU se défend
«Santé Québec CHU de Québec-Université Laval, ainsi que Santé Québec Capitale-Nationale – Universitaire, dont relève l’urgence psychiatrique au sein de l’hôpital, sont en cours d’analyse du déroulement des événements et des interventions effectuées», précise-t-on du côté de l’établissement de santé.
Concernant le délai d’intervention dénoncé par Patsy, on mentionne que le «bouton panique» porté par les intervenants de l’urgence psychiatrique permet un appel dans un cycle de 15 secondes et une intervention de l’équipe dédiée au code de patient violent dans la prochaine minute.
«Dans la situation citée, il a pris moins d’une minute pour l’équipe d’intervention à se rendre sur place, ce qui est conforme aux normes. Nous comprenons que pour celles et ceux qui vivaient cette situation, cette attente ait pu sembler interminable», ajoute-t-on.

