Santé

«Des gens vivent les pires journées de leur vie» : au cœur du centre de traumatologie pour adultes de Montréal

«Ce n’est pas seulement une question de routine. C’est ressentir leur douleur.»

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Centre de traumatologie pour adultes de Montréal Centre de traumatologie pour adultes de Montréal

L’été est la période la plus chargée au centre de traumatologie de l’Hôpital général de Montréal.

Il s’agit de l’un des trois centres de traumatologie de niveau 1 pour adultes au Québec, et c’est là que sont traitées les blessures physiques les plus graves et mettant la vie en danger à Montréal.

Ce texte est une traduction d’un article de CTV News.

Les patients qui se présentent au centre de traumatologie sont ceux qui ont subi des blessures à la suite d’accidents de voiture, de moto, de scooter ou de vélo, de blessures par balle ou par arme blanche, de chutes, d’incendies, d’explosions, d’accidents sur des chantiers de construction ou lors de projets de rénovation domiciliaire.

Lorsqu’un patient arrive au centre, l’équipe médicale multidisciplinaire n’a parfois que quelques secondes pour prendre des décisions qui peuvent aider à prévenir une invalidité permanente ou à sauver la vie du patient.

Vanessa Turgeon De Bonis est l’infirmière gestionnaire du centre. Elle exerce le métier d’infirmière depuis 14 ans, dont 10 au sein des services d’urgence.

Vanessa Turgeron De Bonis, nurse manager at the Montreal General trauma centre. Vanessa Turgeron De Bonis (CTV News)

«On voit des gens qui vivent les pires journées de leur vie», a dit Mme De Bonis à CTV News. «Mais pouvoir faire en sorte que cette personne se sente en sécurité, lui donner le sentiment que vous êtes là pour elle (…) c’est le plus beau sentiment qui soit.»

Le centre est distinct du service des urgences de l’hôpital et dispose de sa propre salle de traumatologie, d’une zone d’examen, d’une salle d’opération, d’unités de soins intensifs et d’une unité de réadaptation.

Il est équipé pour prendre en charge les cas de traumatismes les plus graves, y compris les traumatismes de niveau un et de niveau deux.

Les patients dont les signes vitaux sont anormaux à la suite d’un traumatisme, ou ceux qui ont subi une blessure à la poitrine, à l’abdomen ou à la tête, sont généralement classés comme des traumatismes de niveau 1.

Le centre accueille 12 000 patients chaque année, dont 1500 sont admis pour des soins traumatologiques.

Pendant les mois d’été, le centre constate une légère augmentation des admissions.

De la mi-octobre 2024 à mars 2025, le centre a enregistré 645 admissions pour traumatisme, comparativement à 744 admissions entre avril 2024 et la mi-octobre 2024.

Selon le centre, les traumatismes causent près de 4000 décès et 10 000 cas d’invalidité au Québec chaque année.

«Il y a des journées plus difficiles où l’on doit parler à la famille, et où l’on sait que cela va faire mal», a souligné Vanessa Turgeon De Bonis. «Ce sont les journées les plus difficiles, mais ce sont aussi celles qui redonnent une dimension humaine à la profession. Ce n’est pas seulement une question de routine. C’est ressentir leur douleur. Je dois les aider à surmonter leur douleur.»

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Évaluer rapidement la situation

Lorsqu’un patient est blessé et transporté vers le centre de traumatologie, les services d’ambulance communiquent avec le centre au sujet de l’état du patient.

L’équipe du centre de traumatologie peut disposer de moins d’une minute pour se préparer à l’arrivée du patient.

Quels spécialistes faut-il appeler? Le patient est-il conscient? A-t-il besoin d’une transfusion sanguine? Quel type de chirurgie d’urgence pourrait être nécessaire? Voici quelques-unes des questions que l’équipe se pose pendant qu’elle se prépare à l’arrivée du patient.

Il arrive toutefois que les ambulanciers n’aient pas suffisamment de temps pour prévenir à l’avance, ce qui oblige l’équipe médicale du centre à évaluer rapidement le patient et à prendre des décisions cruciales.

«C’est comme un chaos organisé»

Compte tenu de l’importance des enjeux liés à leur travail, le Dr Kosar Khwaja, directeur médical du centre de traumatologie, explique que le centre est organisé avec une précision extraordinaire.

«C’est comme un chaos organisé; c’est le chaos là-bas, mais il est bien géré, et nous sommes formés pour ça. C’est notre spécialité», a-t-il expliqué à CTV News. «Je suis très fier de faire partie de notre équipe. Nous sommes la crème de la crème en matière de soins traumatologiques de ce type au Canada.»

Le Dr Khwaja précise que le centre de traumatologie occupe le premier rang provincial en matière de soins traumatologiques, citant des données de l’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux (INESSS).

Le centre affiche le taux de mortalité le plus bas pour les traumatismes, soit 4,5%, ainsi que le taux de mortalité ajusté le plus bas pour les traumatismes graves, soit 8%.

Centre de traumatologie pour adultes de Montréal Centre de traumatologie pour adultes de Montréal

Des statistiques nationales comparatives confirment également que le centre présente l’un des taux de mortalité liés aux traumatismes les plus bas au Canada, selon le centre.

Le Dr Khwaja explique que les professionnels de la santé du centre consacrent des années à suivre une formation spécialisée en traumatologie, en plus de leur formation initiale et de leur pratique clinique – un niveau de formation spécialisée qui, selon lui, est unique au Québec.

L’équipe médicale participe également à des exercices de simulation presque tous les jours afin de maintenir les compétences nécessaires pour intervenir sous une pression intense.

«Ce qui rend le centre si spécial, c’est que les personnes qui y travaillent se consacrent entièrement aux soins traumatologiques», a-t-il mentionné.

Réduire la mortalité grâce à la prévention des blessures

Le Centre de traumatologie pour adultes de Montréal offre également des programmes visant à sensibiliser la population à la prévention des blessures. Selon le centre, 90% des blessures sont évitables.

«La meilleure façon de réduire la mortalité est la prévention des blessures», a indiqué le Dr Khwaja.

Pendant les mois d’été, l'établissement traite de nombreux cas de traumatismes impliquant des personnes qui ne portaient pas de casque lorsqu’elles conduisaient une moto, un scooter ou un vélo.

La conduite avec facultés affaiblies, l’excès de vitesse et la distraction au volant causée par l’envoi de textos demeurent des causes majeures de traumatismes, selon le médecin.

Les noyades constituent une autre cause fréquente de traumatismes graves pendant l’été.

Mais malgré la nature exigeante de la profession, le Dr Khwaja affirme qu’elle est enrichissante.

«Pour bon nombre de ces personnes que nous voyons aux urgences, se retrouver dans cette situation était tout à fait inattendu; c’est donc très brutal pour elles aussi. Le traumatisme n’est pas seulement physique, mais aussi psychologique, tant pour les patients que pour leurs familles», a-t-il dit. «Malheureusement, nous ne pouvons pas sauver tout le monde, et même pour ceux que nous ne parvenons pas à sauver, les familles apprécient énormément le travail que nous accomplissons. Mais pour ceux que nous sauvons, c’est très gratifiant, et c’est pour cela que nous faisons ce métier.»