Justice

Suicide d’un ex-militaire: poursuite de 295 000$ contre le Centre de réadaptation Wapan

«Ils conservent la conviction sincère, profonde et inébranlable que Martin Parent serait encore vivant, n’eût été les fautes commises par le Centre Wapan.»

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La famille d'un militaire qui s'est enlevé la vie poursuit le Centre de réadaptation Wapan La famille d'un militaire autochtone, qui s'est enlevé la vie après avoir été chassé d'un centre de thérapie, entreprend une poursuite.

Le Centre de réadaptation Wapan de La Tuque, qui a fait les manchettes en 2025 après une enquête de Noovo Info portant sur ses méthodes controversées, fait face à une poursuite d’une famille endeuillée par un suicide qui lui réclame 295 000$.

Une demande introductive d’instance a été déposée devant la Cour supérieure du Québec du district de Roberval par le cabinet Ménard, Martin avocats au nom de la famille de Martin Parent.

Jamy-Ly Desgagnés, la fille de M. Parent, ainsi que les parents du défunt, Lise Launière et René Parent, et son frère, Marc, réclament des dommages pécuniaires et non pécuniaires, estimant le Centre de réadaptation Wapan responsable de la mort de leur proche.

Jeté à la porte du centre

Martin Parent, retraité des Forces armées canadiennes, a entrepris des démarches pour intégrer le Centre de réadaptation Wapan en mai 2023, dans le but de traiter une lourde dépendance à l’alcool ainsi qu’un trouble anxieux et des idées suicidaires.

Selon les documents judiciaires, cette démarche représentait pour Martin Parent, selon ses propres mots, «sa dernière chance» de s’en sortir.

M. Parent a amorcé, le 1er octobre de la même année, une thérapie fermée d’une durée de 28 jours. Il a toutefois été renvoyé du Centre de réadaptation Wapan vers le 19 octobre.

La famille de Martin Parent soutient qu’il a été renvoyé de manière «fautive et négligente», sans mesure, plan ou ressource de soutien à la sortie, et ce, «en dépit de sa vulnérabilité».

Les proches de M. Parent déplorent qu’aucun membre de la famille n’ait été avisé ou consulté par le Centre Wapan lors de cette sortie «prématurée et subite» de la thérapie.

Le 22 octobre 2023, Martin Parent a été retrouvé sans vie à son domicile. L’enquête de police a conclu à un décès par suicide. Les analyses menées après le décès de M. Parent ont dévoilé une forte alcoolémie, établie à 0,308 %.

Le Centre Wapan montré du doigt

La famille de Martin Parent soutient que la négligence du Centre de réadaptation Wapan et de son personnel dans le cadre de la prestation des services offerts à M. Parent a causé son suicide.

Elle accuse notamment les employés et préposés du Centre Wapan d’avoir «fautivement atteint à l’intégrité» de Martin Parent lors de son séjour en 2023 et estime qu’ils ont procédé à une évaluation «erronée, incomplète ou déficiente» de son risque suicidaire.

La poursuite allègue également que M. Parent a été expulsé du centre pour des motifs «non fondés et non légitimes». On reproche aussi au Centre de réadaptation Wapan d’avoir omis d’offrir ou de recommander à Martin Parent des alternatives, des ressources de soutien ou un plan de transition adéquat eu égard à son état de santé.

La famille reproche également au Centre Wapan «d’avoir fait preuve de discrimination systémique, d’indifférence et de stéréotypes discriminatoires» envers Martin Parent, issu d’une communauté autochtone, «contribuant ainsi à un traitement négligent et dégradant».

Mensonge et falsification?

La famille de Martin Parent dénonce aussi le fait de ne toujours pas avoir accès à son dossier d’usager, et ce, malgré plusieurs démarches.

Dans un enregistrement obtenu par Noovo Info, la direction du Centre de réadaptation Wapan insiste sur le fait qu’il n’a pas été expulsé. «Il y a eu un départ d’un commun accord», affirme-t-elle. Une version des faits contestée par la poursuite.

Une source bien au fait de cette affaire s’inquiète que le dossier clinique de Martin Parent ait pu être falsifié, voire détruit.«C’était clairement inscrit qu’il avait un risque suicidaire élevé», ajoute cette même source, qui par crainte de représailles, souhaite garder l’anonymat.

Des dommages importants

La famille de Martin Parent allègue ainsi avoir subi, et subir encore aujourd’hui, plusieurs dommages en raison «de la négligence et des fautes commises» par le Centre de réadaptation Wapan.

Les demandeurs se disent «dévastés» par la mort subite de Martin Parent et affirment ressentir «une constante tristesse, du stress, de l’incompréhension, de la douleur et de la souffrance à la suite de son décès».

«Ils conservent la conviction sincère, profonde et inébranlable que feu monsieur Martin Parent serait encore vivant, n’eût été les fautes commises par le Centre de réadaptation Wapan.»

—  Extrait de la demande introductive d'instance visant le Centre de réadaptation Wapan

La famille de M. Parent affirme aussi ressentir de la colère, de la frustration et de la déception, alléguant que Martin Parent «n’a pas été pris en charge de manière conforme et qu’il a reçu des soins négligents et fautifs». Elle affirme également que sa confiance envers le système de santé est ébranlée.

Enquête en 2023 et 2024

Le Centre de réadaptation Wapan a déjà fait l’objet d’une enquête administrative de novembre 2023 à mars 2024.

Selon des informations reçues par Noovo Info, il y aurait eu à l’époque plusieurs constats préoccupants, dont une rigidité et un manque d’empathie envers les usagers, un manque de sensibilité aux réalités autochtones, la présence de clans et intimidation au travail et un problème de compétences de certains employés.

Dénonciations, plaintes et suicide au Centre Wapan de La Tuque Dénonciations, plaintes et suicide au Centre Wapan de La Tuque

La situation rapportée au Centre Wapan a fait réagir plusieurs personnes, dont le chef de l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador, Francis Verreault-Paul, ainsi que le ministre responsable des Relations avec les Premières Nations et les Inuits à l’époque, Ian Lafrenière.

«Mes premières pensées vont pour la famille. […] Ce que j’ai appris dans ce reportage me trouble. C’est un centre qui est de responsabilités fédérales, alors je vais m’enquérir avec mon collègue afin de voir de ce qui s’est passé», avait alors indiqué M. Lafrenière.

Le Conseil de la Nation Atikamekw (CNA) avait aussi réagi à la diffusion du contenu de Noovo Info sur la situation préoccupante au Centre de réadaptation Wapan. «La situation du centre Wapan nous interpelle profondément», avait déclaré à l’époque le chef Sipi Flamand dans un communiqué.

En réaction aux reportages d’enquête de Noovo Info et aux diverses sorties publiques sur le dossier, le Centre de réadaptation Wapan s’était défendu et assurait «être pleinement engagée à offrir des services de qualité à ses usagers».

L’enquête de Noovo Info sur le Centre de réadaptation Wapan a eu une portée nationale en remportant un prix de l’Association canadienne des journalistes (ACJ) en juin dernier.

Avec des informations de Laurie Gervais et Guillaume Théroux, Noovo Info.

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