Justice

«Ma vie sans Patricia»: Sabrina Ferguson réclame une peine exemplaire pour Serge Audette

«Si cette soirée-là, M. Audette avait su se contenir, j’aurais toujours ma mère.»

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«Ma vie sans Patricia»: Sabrina Ferguson réclame une peine exemplaire pour Serge Audette La fille de Patricia Ferguson — cette Montréalaise tuée par Serge Audette en 1996 à Pointe-aux-Trembles — demande à la justice d’imposer une lourde peine au meurtrier de sa mère. Sabrina Ferguson a lu une lettre à la cour vendredi dans le cadre des observations sur la peine de Serge Audette.

La fille de Patricia Ferguson — cette Montréalaise tuée par Serge Audette en 1996 à Pointe-aux-Trembles — demande à la justice d’imposer une lourde peine au meurtrier de sa mère. Sabrina Ferguson a lu une lettre à la cour vendredi dans le cadre des observations sur la peine de Serge Audette.

Dans sa lettre, lue devant le juge Dennis Galiatsatos, elle raconte qu’elle a longtemps été convaincue d’avoir été abandonnée par sa mère et d’en avoir souffert pendant des années. «J’en suis venue au début de l’adolescence à la détester», a-t-elle confié, en larmes.

«Serge Audette m’a enlevé la chose la plus importante dans la vie d’un bébé de 11 mois : la sécurité, le sentiment d’appartenance, mon identité.»

—  Sabrina Ferguson

Sabrina Ferguson a plaidé qu’en aucun cas, Serge Audette n’avait le droit de la priver de sa mère. «Personne ne devrait avoir à grandir comme ça, à se questionner. Si cette soirée-là, M. Audette avait su se contenir, j’aurais toujours ma mère.»

La fille de Patricia Ferguson a demandé au juge de ne pas tenir compte de l’âge d’Audette — aujourd’hui septuagénaire — pour prendre sa décision. «Il a continué à avoir une vie normale, avec ses enfants, à aller souper chez eux un soir de semaine. Des choses de la vie banale auxquelles je n’aurai jamais droit.»

«À cause des pulsions malsaines de l’accusé, je dois passer ma vie sans Patricia.»

—  Sabrina Ferguson

Serge Audette est derrière les barreaux depuis le 25 mai dernier, moment où il a été reconnu coupable de la mort de Patricia Ferguson, survenu 30 ans plus tôt. Le juge avait alors ordonné son incarcération immédiate évoquant notamment la protection du public et celle de l’accusé.

La Couronne veut la prison à perpétuité

Prenant aussi la parole devant le juge Dennis Galiatsatos, la Couronne a réclamé une peine à perpétuité pour Serge Audette.

La demande de la Couronne représente la peine maximale d’emprisonnement pour un homicide involontaire coupable. Selon le Code criminel canadien, il n’y a pas de peine minimale, sauf si l’infraction implique une arme à feu. La défense a suggéré pour sa part une peine de 14 ans de prison. Le juge Galiatsatos devra trancher.

Pour appuyer sa suggestion, le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) a mis en lumière les conséquences des gestes de Serge Audette sur les victimes collatérales, dont la fille de la victime. «Les actions de Serge Audette ont laissé croire à toute une famille que leur mère, leur sœur, les avait abandonnées», a-t-il souligné.

Parmi les facteurs aggravants, la Couronne a notamment soulevé des gestes posés par Serge Audette pour mener les policiers vers de fausses pistes, le caractère odieux du meurtre de Patricia Ferguson ainsi que les antécédents judiciaires d’Audette.

L’avocate de Serge Audette, Me Kristina Markovic, a quant à elle plaidé qu’une peine à perpétuité n’était pas appropriée en raison notamment du statut de délinquant dangereux de son client. «Qu’est-ce qu’une peine à perpétuité apporterait de plus qu’une peine à durée déterminée? Elle n’apporterait rien de plus», a-t-elle soumis au juge, en soulignant qu’Audette ne pourra jamais retrouver une liberté totale en raison de ce statut.

Le juge Dennis Galiatsatos a pris sa décision en délibéré.

Les parties se retrouveront au tribunal le 2 décembre prochain pour connaître sa décision finale.

Disparue depuis 30 ans

Patricia Ferguson manque à l’appel depuis le 6 juin 1996. À ce jour, son corps n’a jamais été retrouvé.

Photo de Patricia Ferguson tirée du documentaire «L'appartement 5», diffusé sur Crave. Photo de Patricia Ferguson tirée du documentaire «L'appartement 5», diffusé sur Crave. (Crave)

La disparition de la jeune mère de 23 ans, qui avait une enfant d’un an à l’époque, n’avait pas fait grand bruit, passant sous le radar des médias montréalais.

En 2022, le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) a réactivé l’enquête sur la disparition de Patricia Ferguson grâce aux révélations de la journaliste Marie-Christine Bergeron de Noovo Info et de la détective privée Maryse Saint-Germain (MDIQ), dévoilées dans la série documentaire L’appartement 5, sur Crave.

Leurs recherches pointaient vers Serge Audette, un homme qui aurait été en présence de la victime avant sa disparition et qui refusait de parler.

Déclaré délinquant dangereux pour de multiples agressions sexuelles commises dans les années 1980 et 1990, Audette est passé aux aveux auprès d’un témoin en janvier 2023, poussant les enquêteurs des crimes majeurs à prendre le relais.

Il a finalement été arrêté et accusé d’homicide involontaire en juin 2023. Son procès s’est amorcé le 19 janvier dernier, après le rejet de sa demande d’arrêt des procédures pour «abus de pouvoir de l’État».

Plusieurs témoins ont pris la parole tout au long du procès, dont Sabrina Ferguson, la fille de la victime, et un ancien codétenu de Serge Audette à qui il aurait fait des aveux. L’identité de ce témoin est protégée en vertu d’une ordonnance de non-publication.

Selon le témoignage du codétenu, M. Audette lui aurait affirmé que le corps de Patricia Ferguson ne serait jamais retrouvé.

Serge Ronda, l’ex-conjoint de l’une des victimes de Serge Audette, dit être présent au palais de justice afin de «terminer l’histoire», mais surtout apporter «un peu de bonheur» à la fille de Patricia Ferguson.

Avec des informations de Marie-Christine Bergeron pour Noovo Info.