Les élections de mi-mandat qui se dérouleront le 3 novembre aux États-Unis retiendront l’attention d’observateurs du monde entier puisqu’elles pourraient être déterminantes pour la suite de la présidence de Donald Trump.
Voici un petit guide pour se retrouver dans ce processus électoral complexe.
C’est quoi, les élections de mi-mandat?
Comme leur nom l’indique, les élections de mi-mandat ont lieu lorsque le président arrive à la moitié de son mandat.
470 postes sont en jeu cette année. Ce nombre constitue l’ensemble de la Chambre des représentants et le tiers du Sénat.
Au Canada, le pouvoir législatif est incarné par le Parlement, les sénateurs et les députés, qui sont normalement élus aux quatre ans lors des élections fédérales.
Cette année aux États-Unis, 175 millions d’électeurs seront appelés aux urnes pour élire des sénateurs, des membres de la Chambre des représentants, des gouverneurs, des législateurs d’État ainsi que d’autres responsables locaux et régionaux. De nombreux électeurs se prononceront également sur des référendums.
Au total, la Chambre des représentants des États-Unis compte 435 membres votants et le Sénat américain 100 sénateurs. Chaque État est représenté par deux sénateurs. Le nombre de membres de la Chambre des représentants attribués à chaque État est déterminé par la taille de sa population, bien que chaque État soit représenté par au moins un membre.

Les membres de la Chambre des représentants sont élus pour un mandat de deux ans, tandis que les sénateurs sont élus pour un mandat de six ans. Il n’y a aucune limite au nombre de fois où les membres du Congrès peuvent se présenter à une réélection.
Traditionnellement, les élections de mi-mandat permettent de prendre le pouls de la population en vue des deux dernières années au pouvoir d’un président.
À l’heure actuelle, le Sénat est composé de 53 républicains, de 45 démocrates et de deux indépendants. La Chambre des représentants, quant à elle, est formée de 218 républicains, de 214 démocrates, d’un indépendant et de deux sièges vacants.
Le Parti républicain a donc présentement la majorité dans les deux chambres du Congrès. À noter que la majorité se calcule simplement par l’obtention de plus de la moitié des sièges.
Sénat, Chambre des représentants, véto présidentiel
Le contrôle du Sénat et de la Chambre des représentants est assuré par le parti qui compte le plus grand nombre de membres au sein de chaque chambre. La majorité d’un parti au Congrès – ainsi que l’ampleur de cette majorité – peut être déterminante pour sa capacité à faire adopter ou à bloquer le programme du président, et c’est à ces relations que l’on fait référence lorsqu’on parle d’«équilibre des pouvoirs».
Les deux chambres du Congrès doivent voter pour approuver un nouveau texte de loi avant que celui-ci ne puisse être promulgué par le président. Comme le Sénat compte exactement 100 membres, les votes peuvent parfois aboutir à une égalité. Dans ce cas, le vice-président, que la Constitution désigne comme le «président du Sénat», dispose d’une voix prépondérante.
Un président peut également opposer son veto à une loi adoptée par le Congrès. Mais dans de rares cas, si les deux tiers de chacune des deux chambres votent en faveur de la loi, le veto présidentiel peut être annulé et la loi promulguée malgré tout.
Puisque le Congrès vote également les budgets, le président pourrait avoir besoin de l’appui des démocrates pour certaines dépenses liées à l’argent des contribuables, s’ils devaient obtenir des résultats convaincants mardi.
Néanmoins, Donald Trump dirige surtout par décret, un pouvoir qui ne nécessite aucun vote.

Des élections à intervalles
Les élections sénatoriales sont échelonnées de manière à ce que les mandats des sénateurs commencent et se terminent au cours d’années différentes. Environ un tiers des sièges du Sénat est renouvelé tous les deux ans, et chacun de ces groupes de sièges est appelé une «classe». La plupart des sénateurs élus en 2026 occuperont des sièges de la «classe II» de 2027 à 2033. Deux sièges du Sénat à pourvoir cet automne appartiennent à la classe III : il s’agit d’élections partielles visant à pourvoir des sièges précédemment vacants, et les élus exerceront leurs fonctions jusqu’à la fin du mandat, qui s’achève en 2029.
Tous les sièges de la Chambre des représentants sont renouvelés tous les deux ans, y compris en 2026, pour un mandat qui débutera au début de l’année prochaine.
Les élections des gouverneurs sont elles aussi échelonnées et se déroulent pour la plupart les années paires. La plupart des gouverneurs exercent un mandat de quatre ans, et le nombre de mandats qu’un gouverneur peut exercer varie d’un État à l’autre.
La personne occupant actuellement le siège soumis à élection est appelée le «titulaire».
Ce qu’il pourrait arriver
Au moment d’écrire ces lignes, l’agrégateur de sondages de CNN évalue les chances que les démocrates remportent le Congrès, contre 43% pour les républicains.
Même si les démocrates remportaient les deux chambres du Sénat, il ne faut pas s’attendre à une démission de Donald Trump, puisqu’il reste encore deux ans à son mandat. Un départ du président de la Maison-Blanche est donc «peu probable», selon le directeur de l’Observatoire des États-Unis à la chaire Raoul-Dandurand de l’UQAM, Frédérick Gagnon.
À l’inverse, il ne faut pas nécessairement miser sur le fait que Trump entretienne sa rhétorique de troisième mandat s’il conserve sa majorité au Congrès. La constitution américaine limite les présidents à deux mandats.
«Depuis deux ans, quand il parle d’un troisième mandat, c’est un peu une manière de changer le discours de la journée. C’est que ça ne va pas très bien dans l’actualité politique pour Donald Trump et on cherche à faire diverger la conversation», explique le chercheur en résidence à l’Observatoire sur les États-Unis de la chaire Raoul-Dandurand Victor Bardou-Bourgeois.
Une victoire démocrate au Congrès ouvrirait toutefois la porte au déclenchement d’enquêtes sur la présidence de Trump. Des dossiers comme ses relations avec Jeffrey Epstein ou la guerre en Iran, par exemple, pourraient être étudiés.
Les mesures pour garantir l’intégrité du vote
La Constitution confère aux États le pouvoir de décider quand, où et comment se déroulent la plupart des élections, bien qu’elle accorde également au Congrès le pouvoir de passer outre les décisions des États. La nature décentralisée du système électoral américain contribue à protéger son intégrité ; un acteur malveillant cherchant à s’ingérer dans les élections américaines devrait théoriquement infiltrer de nombreux systèmes électoraux, et non pas un seul, pour manipuler le scrutin.
Comme les États contrôlent la plupart des élections, les lois et procédures électorales varient d’un bout à l’autre du pays. Parmi les mesures prises par les responsables étatiques et locaux pour garantir des élections sûres et transparentes, on peut citer la mise à jour régulière des listes électorales, le test des machines de dépouillement avant les élections, la mise en place d’une chaîne de contrôle sécurisée pour les bulletins de vote et autres matériels électoraux, l’autorisation accordée aux observateurs électoraux d’assister au scrutin et au dépouillement, la restriction des activités politiques à proximité des bureaux de vote et la réalisation d’audits postélectoraux visant à évaluer si une élection s’est déroulée correctement.
Un recomptage des voix peut également être effectué pour vérifier les résultats d’une élection. Dans certains États, un recomptage est automatiquement déclenché si l’écart entre les candidats est faible. Dans certains États, les candidats battus peuvent également demander un recomptage. Les recomptages ont rarement modifié le résultat d’une élection.
Les remises en doute de Trump
Le président Donald Trump a, sans preuve, remis en cause la sécurité des élections américaines, y compris les élections de mi-mandat de 2026, à des centaines de reprises rien que durant son second mandat. Son administration a réduit le financement et les effectifs des programmes de cybersécurité et de sécurité électorale. Elle a également pris des mesures pour créer une base de données fédérale des électeurs, alors que la Constitution confère aux États – et non au gouvernement fédéral – le pouvoir de contrôler les élections. Par ailleurs, l’administration a notamment tenté de restreindre le vote par correspondance dans les États qui refusaient de transmettre des informations à la base de données fédérale des électeurs.
Il n’existe aucune preuve que le vote par correspondance n’est pas sécurisé, que le vote illégal de migrants sans papiers est répandu ou que la fraude électorale a influencé une élection américaine.
Le président Donald Trump a également déclaré que des pays étrangers pourraient manipuler le résultat des élections américaines. Les responsables des services de renseignement estiment que certains pays, dont la Russie, ont tenté d’influencer les élections américaines par le biais de campagnes de désinformation, mais rien ne prouve qu’un pays étranger ait manipulé les résultats d’une élection américaine en s’ingérant dans les processus de vote ou de dépouillement.
Quand saura-t-on qui a gagné?
Le temps nécessaire au dépouillement de tous les bulletins de vote lors d’une élection varie d’un État à l’autre et d’une localité à l’autre au sein d’un même État. Le dépouillement a tendance à prendre plus de temps dans les agglomérations où la concentration d’électeurs est élevée. Plus il y a d’électeurs, plus il y a de bulletins à compter.
Un autre élément important à prendre en compte est la manière dont l’État traite les bulletins de vote par correspondance. Environ un tiers des États, ainsi que Washington, D.C., autorisent les bulletins de vote par correspondance portant un cachet de la poste daté du jour du scrutin à arriver dans les jours ou les semaines qui suivent le scrutin et à être tout de même comptabilisés, ce qui retarde la finalisation des résultats électoraux.
Les États divergent également quant au moment où ils autorisent les responsables électoraux à commencer le traitement et le dépouillement des bulletins de vote par correspondance.
Le dépouillement a tendance à être plus lent dans les bureaux électoraux qui sont tenus d’attendre la fermeture des bureaux de vote pour traiter un grand nombre de bulletins de vote par correspondance, notamment pour vérifier les informations des électeurs, retirer les bulletins de leurs enveloppes et les empiler en vue de leur dépouillement.
Dans la plupart des États, les responsables électoraux commenceront à communiquer les résultats au public dès le soir du scrutin, tant au niveau des comtés qu’au niveau de l’État.
Ces résultats restent non officiels jusqu’à ce que les résultats de tous les modes de vote aient été pris en compte et que les responsables électoraux aient procédé au dépouillement des suffrages. Les résultats ne sont officiels qu’une fois certifiés, ce qui peut prendre plusieurs jours, voire plusieurs semaines après le jour du scrutin, selon le calendrier prévu par la législation de l’État.
Noovo et Crave présentent une édition spéciale des Débatteurs de Noovo le 3 novembre prochain à l’occasion des élections de mi-mandat aux États-Unis.
Les débatteurs de Noovo seront en émission spéciale dès 21h sur Crave qui se poursuivra à 22h sur Crave et sur Noovo.