Les élections de mi-mandat qui auront lieu le 3 novembre prochain aux États-Unis pourraient être déterminantes pour la suite de la présidence de Donald Trump.
Au moment d’écrire ces lignes, l’agrégateur de sondages de CNN prévoyait avec 52% de probabilités que le Congrès soit détenu par les démocrates après le scrutin.
Noovo Info s’est entretenu avec le directeur de l’Observatoire sur les États-Unis de la chaire Raoul-Dandurand de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), Frédérick Gagnon, afin de comprendre ce qu’impliquerait une victoire des démocrates dans les élections de mi-mandat.
Vote colérique
D’abord, voici ce qui explique le taux d’insatisfaction à l’égard de Trump et de son administration.
Il faut savoir d’entrée de jeu que les élections de mi-mandat représentent généralement une sorte de «référendum» sur le mandat en cours du président actuel.
Or, «Trump est très impopulaire» et «fait partie des présidents les moins populaires à l’approche des midterms» dans l’histoire du pays, note M. Gagnon. Selon lui, il y a un parallèle à faire avec l’insatisfaction à l’endroit d’Harry S. Truman pendant sa présidence, dans la période d’après la Seconde Guerre mondiale.
«Il y a beaucoup de colère à l’égard des politiques du président», dit l’expert. À ce sujet, M. Gagnon mentionne la guerre en Iran, l’inflation et les conflits commerciaux. «C’est vraiment l’économie et l’inflation qui sont les enjeux prioritaires pour un grand nombre de gens.»
Selon Frédérick Gagnon, des citoyens américains veulent «exprimer leur colère» en votant aux midterms. Des électeurs d’allégeance républicaine pourraient voter démocrate – pas parce qu’ils sont en faveur de leurs politiques, mais bien pour envoyer un signal à l’administration américaine, croit le directeur de l’Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand.
Comment Trump réagira en cas de défaite
Le scénario d’un revers de Trump aux élections de mi-mandat s’avère ainsi bien possible.
D’après Frédérick Gagnon, le président pourrait en premier lieu ne pas accepter les résultats des élections de mi-mandat, si elles lui étaient défavorables. «Il pourrait dire que les élections ont été truquées, dire qu’il y a eu des fraudes électorales», évoque le directeur de l’Observatoire des États-Unis.
Voilà qui pourrait entraîner une certaine période «d’incertitude» et des demandes de recomptage dans des États où les luttes ont été serrées.
«Trump alimente toujours un peu l’idée qu’il y a énormément de magouilles et que s’il perd, ce n’est pas de sa faute, c’est parce que le système est corrompu», mentionne M. Gagnon, soulignant qu’il s’agit d’accusations réfutées par les experts en la matière.
Le président n’avait pas reconnu sa défaite lors des élections présidentielles de 2020 et avait dénoncé une fraude électorale massive. Cette théorie n’a jamais été prouvée.
Mais même si le Congrès, formé du Sénat et de la Chambre des représentants, passait aux mains des démocrates, Donald Trump demeurera en poste jusqu’à la fin de son mandat.
Cohabitation difficile en vue?
En sachant que Trump gardera son poste, si le Congrès devient bleu en novembre prochain, on pourrait s’attendre à une cohabitation difficile au sein du gouvernement américain, selon Frédérick Gagnon.
«Pour Trump, ça change la donne, parce que le Congrès vote les budgets, notamment», précise l’expert. Le président devrait donc obtenir l’autorisation du Congrès démocrate pour dépenser l’argent des contribuables dans certains dossiers.
L’assemblée a aussi un pouvoir d’enquête sur les politiques présidentielles. Elle pourrait donc se pencher, par exemple, sur les dossiers Epstein et la guerre en Iran, en plus de forcer des membres de l’administration à aller témoigner.
«Ça pourrait être une façon pour les démocrates de préparer la présidentielle de 2028», évoque M. Gagnon. Le Sénat a aussi le pouvoir d’approuver les nominations présidentielles, ajoute-t-il.
M. Gagnon souligne toutefois que le président américain a régulièrement tenté de contourner les contrepoids politiques et administratifs au cours de ses deux mandats. «Ce sera intéressant de voir jusqu’à quel point il va respecter le résultat des élections et à jouer le jeu de la démocratie américaine», avance-t-il.
Bizarreries de Trump: signes de son âge ou coups stratégiques?
Au cours des dernières semaines, Donald Trump a retenu l’attention par des déclarations-choc, par exemple sur le physique de la chanteuse Nicki Minaj ou du sénateur républicain Jon Husted, ou encore avec des bruts inusuels qu’il a émis.
Ces moments ont créé du doute chez certains internautes. Certains croient à une détérioration rapide l’état de santé du président.
Frédérick Gagnon n’adhère pas nécessairement à cette théorie.
«Pour moi, ce n’est pas très révélateur de son état de santé – c’est son style. Il recourt à ses greatest hits pour mobiliser le plus possible les purs et durs de sa base», avance-t-il.
«Quand il parle du physique de Husted, il détourne l’attention des médias. Ça invisibilise les dossiers sur lesquels Trump est faible. Ça relève d’une stratégie de dernier droit d’une campagne électorale où il veut aller chercher le plus de votes.»
— Frédérick Gagnon, directeur de l'Observatoire des États-Unis à la chaire Raoul-Dandurand de l'UQAM
Dans un monde parallèle: si Trump quitte la Maison-Blanche...
Peut-on envisager un scénario selon lequel Donald Trump pourrait être poussé vers la sortie, que ce soit en raison de problèmes de santé ou de défaite catastrophique?
Ce n’est pas «très probable», selon Frédérick Gagnon.
«Les gens ont encore très peur de lui, notamment pour des raisons d’ambition politique. Par exemple, si tu es J.D. Vance et que tu as l’œil sur la Maison-Blanche en 2028, tu restes prudent», avance l’expert, qui ajoute que plusieurs membres de la base électorale républicaines et partisans de Trump lui sont encore très fidèles.
«Les républicains auront besoin de cette base […] Peut-être que tu n’es pas d’accord avec ce qu’il fait, mais tu restes prudent […] Pour l’instant, les membres de son administration lui sont très loyaux.»
M. Gagnon rappelle que les opposants qui s’attirent les foudres de Trump deviennent souvent la cible d’attaques personnelles du président lors de ses allocutions ou sorties publiques.

