Derniers rassemblements sur fond de sondages favorables : les démocrates jettent lundi leurs dernières forces dans la bataille pour reprendre le contrôle du Congrès aux républicains, lors des élections de mi-mandat mardi aux États-Unis, face à un Donald Trump affaibli politiquement et accusé d’outrepasser ses pouvoirs.
Mais un des ultimes faits de campagne pourrait, peut-être, compromettre les chances de victoire des démocrates au Sénat, où la course est bien plus serrée qu’à la Chambre des représentants, le camp présidentiel perdant traditionnellement les élections de mi-mandant.
La représentante démocrate Haley Stevens a en effet rallié dimanche le candidat républicain dans le Michigan, Mike Rogers, face à Abdul El-Sayed, qui l’avait battue lors de la primaire démocrate. À la grande satisfaction de Donald Trump.
«C’est une trahison abjecte», a au contraire jugé le chef des démocrates au Sénat, Chuck Schumer, conscient qu’il est possible que le contrôle de la chambre haute se joue à un siège près.
Pour décrocher le Sénat, les démocrates espèrent notamment la victoire de James Talarico au Texas et d’Adam Hamilton au Kansas, qui organisent des rassemblements lundi dans ces États conservateurs, point d’orgue d’une campagne, au niveau national, tendue.

Le président américain, qui n’a cessé d’étendre son emprise depuis son retour aux affaires, aidé par un Parti républicain docile, a choisi de s’exprimer à Washington, au bord du bassin du Lincoln Memorial, devenu emblématique de sa volonté controversée de remodeler la capitale.
«Nous allons gagner», a martelé dimanche M. Trump, qui cherche depuis des mois à semer le doute sur l’intégrité du scrutin et a évoqué par avance une possible contestation des résultats.
Le seul contrôle de la Chambre donnerait aux démocrates la main sur le budget fédéral et sur de puissantes commissions capables d’enquêter sur des présomptions de corruption sous l’administration Trump, le dossier Epstein et d’autres sujets explosifs.
«Communistes»
Perdre sa domination sur le Parlement fédéral à deux ans de la fin de son mandat déplacerait Donald Trump sur un terrain inconnu et inconfortable, miné aussi par l’inflation et une guerre contre l’Iran qui s’éternise.
Les démocrates restent tout de même prudents, les sondages ayant par le passé sous-estimé la mobilisation de la base Maga (Make America Great Again). Le sénateur démocrate, Raphael Warnock, a ainsi parlé sur CNN d’un état d’esprit «outrageusement optimiste».
Pendant la campagne, les républicains, emmenés par le locataire de la Maison Blanche, ont conduit une politique de la terre brûlée, présentant les démocrates comme «communistes» et qualifiant de «terroriste» Abdul El-Sayed, qui deviendrait le premier sénateur musulman s’il était élu dans le Michigan.
En meeting dans l’Iowa dimanche, leur chef de file a affirmé que l’opposition était constituée de «radicaux extrémistes et dangereux» qui «voleront vos richesses» et laisseront entrer des migrants pour «mettre à sac, violer et piller».
Les Américains semblent cependant se détourner massivement de la rhétorique agressive du président.
Un sondage publié dimanche par NBC News montre que 60% d’entre eux désapprouvent son action, notamment en raison de l’explosion du coût de la vie, aggravé par la guerre contre l’Iran, initiée malgré la promesse d’arrêter les campagnes militaires à l’étranger et qui dure depuis huit mois.
Participation record
Si la Chambre des représentants, dont tous les sièges sont en jeu, semble susceptible de revenir aux démocrates, la bataille pour le Sénat demeure incertaine. Un tiers seulement de ses 100 sièges sont renouvelés et peu étaient initialement considérés comme favorables aux démocrates.
Cependant, avec des candidatures étonnamment solides dans des États profondément républicains, les sondeurs estiment désormais que les chances de basculement sont au minimum de 50-50.
Or un Sénat à majorité démocrate pourrait bloquer les nominations à vie par le président au sein du pouvoir judiciaire, en particulier à la Cour suprême.
Si le scrutin se tient officiellement mardi, un chiffre record de 54 millions de personnes, dont une majorité d’électeurs enregistrés comme démocrates, a déjà voté de manière anticipée.
Ces élections ont vu environ 11 milliards de dollars dépensés en campagnes publicitaires, dont une large part provenant de méga-donateurs privés.
Le multimilliardaire Elon Musk, qui a dirigé la Commission pour l’efficacité gouvernementale (Doge) au début du second mandat de M. Trump, a versé près d’un demi-milliard de dollars en faveur de candidats de son parti.