Il y a encore deux semaines, Chayma, 18 ans, n’était «pas sûre» de voter à l’élection présidentielle prévue en France dans six mois, sûre que cela ne servirait à rien. Mais la mobilisation lycéenne l’a fait changer d’avis.
«On est de plus en plus nombreux», observe, ébahie, la jeune femme, au prénom modifié et rencontrée par l’AFP lundi à Lille (nord) en marge du blocage d’un lycée, alors qu’elle tentait de se rendre en cours.
«Quand je vois ça, je me dis qu’un vote en plus, ça peut faire la différence», pense désormais cette étudiante de première année en action managériale.
«À un âge où l’on commence à se forger des opinions politiques et une vision du monde, connaître un mouvement lycéen (…) marque une étape dans la politisation», souligne Camille Peugny, sociologue et professeur à l’université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines, près de Paris.
Cela permet aux jeunes de rencontrer des élus, des syndicalistes, de voir des médias couvrir des sujets «qui les concernent» et d’avoir «une occasion de parler politique» entre eux ou en famille, poursuit-il.
Plus de 25% des 18-24 ans inscrits sur les listes électorales n’ont pas voté à la présidentielle en 2022, contre 17,4% pour l’ensemble de la population française concernée, selon l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee).

La mobilisation «donne des idées»
À quelques mois du prochain scrutin, dont le premier tour est prévu le 18 avril, le second le 2 mai, Chayma et son amie Noélie, 22 ans, ont déjà fait leur choix.
Comme la majorité des jeunes interrogés par l’AFP, elles voteront pour Jean-Luc Mélenchon, convaincues que le candidat de La France Insoumise (LFI, gauche radicale) défendra leurs préoccupations : l’éducation, la sécurité, l’emploi, le pouvoir d’achat ou encore les droits des femmes qui portent le voile.
Cheick, qui aura 18 ans en mars, n’est pas encore «sûr» du bulletin qu’il mettra dans l’urne. Mais la mobilisation lycéenne nationale, qui est partie de son établissement à Créteil (banlieue de Paris), lui «donne des idées».
«Avant je ne m’intéressais pas (…) je ne connaissais même pas les dates de vote», confie à l’AFP le jeune homme, qui «essaye» désormais de s’informer sur les réseaux sociaux et, parfois, en regardant les journaux télévisés.
Si certains se familiarisent avec la politique à la faveur du mouvement, la plupart des élèves mobilisés sont souvent ceux qui ont «déjà préalablement des opinions», nuance Vincent Tiberj, chercheur en sociologie électorale et professeur à l’Institut d’études politiques (IEP) de Bordeaux (sud-ouest).
Pas d’«effet massif» sur le vote
Nina, lycéenne dans cette ville, explique ainsi avoir été «sensibilisée» à la politique via ses parents. «Je m’y suis d’autant plus intéressée l’an passé, car je savais que l’échéance de l’élection présidentielle approchait», confie-t-elle.
À Rennes (nord-ouest), Romain, qui fêtera ses 18 ans entre les deux tours et pourra donc voter au second, se dit «déjà politisé à la base» et votera «écolo».
À l’inverse, les blocages «confortent» Simon dans son positionnement «plutôt à droite».
Les revendications «ont des fondements, elles peuvent être entendues, mais pas comme ça, en cassant tout», estime cet étudiant de 18 ans. En classe préparatoire des concours d’écoles de commerce dans un lycée privé de Lille, il préfèrerait «plus de sécurité, resserrer plus les vis».

Le chercheur Camille Peugny ne croit ni à une «surmobilisation de la droite» en 2027 en réaction à la contestation lycéenne, ni à un «effet massif» sur la participation des primo-votants pour les candidats de gauche.
La «traduction dans les urnes» d’un tel mouvement est une question «complexe», prévient-il.
La vigueur des protestations «n’est pas l’assurance que (ces jeunes) deviendront des électeurs systématiques», abonde Vincent Tiberj.
«Ça ne veut pas dire qu’ils ne sont pas intéressés par ce qui arrive dans la société (…) ça veut juste dire que le vote, comme canal principal d’expression citoyenne, ce n’est plus vraiment leur truc», résume-t-il.
À Strasbourg (nord-est), Maël Ceherigui, étudiant en classe préparatoire littéraire, confie ainsi ne se reconnaître «dans aucun parti politique».