Plusieurs dizaines de milliers de lycéens sont descendus dans la rue mardi à Paris et en région, rejoints par des profs, des étudiants et des syndicalistes, pour continuer à réclamer des moyens pour l’éducation après plusieurs jours de tensions et de heurts avec les forces de l’ordre.
Les défilés, où de nombreux slogans dénoncent la répression policière, se déroulaient sous haute surveillance des autorités, qui ne parviennent pas à répondre à la colère.
Les lycéens dénoncent l’insalubrité des bâtiments, des classes surchargées, ou des absences de professeurs non remplacées, particulièrement dans les quartiers populaires.
«La Gen Z se lève et veut être entendue», a dit à l’AFP Lilia, étudiante de 19 ans, venue manifester à Paris pour son petit frère et ses cousins. La jeune femme espère que la jeunesse sera écoutée par le président Macron, «au lieu de financer des guerres, il devrait financer son propre pays».

Après une manifestation dans le calme, des heurts ont éclaté à la fin du défilé parisien entre participants et forces de l’ordre, avec des jets de projectiles, gaz lacrymogène, grenades et mortiers d’artifice, ont constaté des journalistes AFP.
«École négligée, jeunesse sacrifiée», pouvait-on lire sur une banderole accrochée sur la statue de la place de la République, lieu emblématique de Paris d’où s’était élancé le cortège.
Quelque 256 000 manifestants ont été recensés mardi en France, dont 56 000 à Paris, selon le ministère de l’Intérieur. Les organisateurs ont eux annoncé 450 000 participants dans toute la France, dont 100 000 à Paris.
Cours suspendus
Cette nouvelle journée de manifestation a lieu après deux semaines de mobilisation, émaillées d’incidents avec plusieurs lycéens gravement blessés, et dans un contexte social tendu à un peu plus de six mois de la présidentielle sur fond de hausse des prix et de recherches de coupes budgétaires dont certaines concernent les jeunes, comme les aides au logement.
Le premier ministre Sébastien Lecornu a condamné mardi devant l’Assemblée nationale les violences en marge des manifestations, réfuté toute «répression policière» et annoncé une suspension des cours en fin de semaine dans les lycées pour organiser un «temps de démocratie interne».
Il a aussi accusé la gauche radicale d’avoir le «projet politique» de «bordéliser le pays» avant l’élection présidentielle d’avril-mai et de «semer le chaos».

Au total, un quart des lycées (891 sur 3 700) ont vu leurs cours «suspendus, soit totalement, soit partiellement» mardi, selon le ministère de l’Éducation.
«Aujourd’hui je manifeste parce que j’ai peur pour mon avenir, et j’ai envie de revendiquer mes droits», a expliqué à l’AFP Selma, 15 ans, dans le cortège qui a défilé à Marseille (sud-est).
À Toulouse (sud-ouest), Anne, psychologue à la retraite de 68 ans, est venue manifester par solidarité. «Leur mouvement me semble totalement légitime et tellement mal entendu, en tout cas pour le moment par le gouvernement», estime-t-elle.
215 élèves blessés
Depuis le début du mouvement le 17 septembre, 215 élèves ont été blessés, «l’immense majorité» l’ayant été «soit dans le cadre d’accidents», «soit par le fait d’autres individus extérieurs», selon les services du premier ministre.
À Tours (centre) la semaine dernière, un lycéen de 16 ans a perdu l’usage d’un œil lors d’un blocage, et lundi un adolescent de 15 ans a eu la main arrachée par une grenade de la police à Lens (nord).
Onze enquêtes de la police des polices ont été ouvertes jusqu’ici.
Le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a assuré mardi que les interventions des forces de l’ordre s’effectuaient dans «la plus grande proportionnalité».
La Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH), organe chargé de conseiller le gouvernement, a exprimé mardi sa «vive inquiétude» sur le «recours disproportionné à la force» et appelé le gouvernement «à renforcer le dialogue avec la jeunesse» et à «garantir l’exercice de leurs droits».

Plus de 700 blessés ont par ailleurs été recensés dans les rangs des forces de l’ordre et près d’une centaine chez les personnels de l’éducation.
Entre rétablissement de l’ordre public et écoute des revendications d’un mouvement sans porte-parole très identifié, le gouvernement marche sur un fil pour gérer l’une des crises les plus délicates auxquelles il a été confronté depuis la nomination il y a un an du premier ministre Sébastien Lecornu.
Les autorités craignent désormais un embrasement au niveau national, alors que les lycéens ont reçu mardi le renfort des étudiants. Lundi, l’Union étudiante recensait 32 sites universitaires bloqués.
Les présidents d’universités ont appelé mardi à «des états généraux de la jeunesse», estimant qu’il est «urgent de reconnaître les jeunes» comme des «acteurs» du débat public.
