Plusieurs avocats d’adolescents placés en détention lors du mouvement des lycéens en France ont dénoncé auprès de l’AFP des violences physiques, des insultes et des «tentatives d’humiliation» par des policiers, qui ont laissé des mineurs «terrorisés».
Me Ainoha Pascual, qui a assisté trois adolescents à Paris, témoigne : «Je sens qu’ils sont terrorisés».
«Une très grande majorité arrive en garde à vue blessés», après avoir «pris des coups de matraque» ou avoir «été tirés au sol», poursuit l’avocate, membre de la Legal Team Paris, l’un des collectifs d’avocats qui ont fait des violences policières une de leurs spécialités.
«On n’a pas une seule interpellation qui se passe sans que les lycéens décrivent une insulte, une gifle, un maintien de la tête au sol, des étranglements», abonde Prisca Ancion, du collectif action judiciaire (CAJ).
«Il n’y a pas du tout d’adaptation des pratiques» des policiers «par rapport à leur minorité», déplore cette pénaliste, ayant assisté une «petite dizaine» de jeunes en Seine–Saint-Denis, et dans le Val-d’Oise, en région parisienne.

Les lycéens, dont le mouvement est né mi-septembre en banlieue parisienne, dénoncent l’insalubrité des bâtiments, des classes surchargées et des absences de professeurs non remplacées, particulièrement dans les quartiers populaires.
Dix-huit enquêtes ont été ouvertes à l’Inspection générale de la police nationale (IGPN), la police des polices, principalement pour des jeunes blessés.
«Ramper comme un chien»
Les commissariats sont par ailleurs le théâtre de «violences psychologiques» et d’«insultes racistes», affirme Me Ancion. «On les fait ramper comme un chien pour ramasser des affaires».
«Il y a systématiquement des tentatives d’humiliation», abonde Me Pascual, qui raconte qu’une adolescente a été «emmenée pieds nus au commissariat» alors qu’elle avait «demandé aux policiers» de ramasser ses chaussures perdues lors de son interpellation.
Même indignation dans le sud-ouest de la France. «On parle de mineurs qui ont passé la nuit en geôle sans matelas, sans couverture», relève Ludovic Tardy, à Pau, qui a assisté cette fin semaine trois mineurs.
Se tiennent des interrogatoires tendus, rythmés de sarcasmes. «Avoir cours de 8h à 18h? C’était pareil pour nous, connard !», aurait ainsi lancé un policier parisien à un adolescent, selon son conseil qui témoigne sous couvert d’anonymat pour protéger le mineur.

«Des officiers de police judiciaire passaient en se moquant du droit au silence adopté par mon client : “ça ne sert à rien, ton avocat te conseille mal”», se souvient aussi Me Théo Kermagoret, intervenu pour des adolescents à Sarcelles dans la banlieue parisienne.
La pénaliste Clothilde Legros prédit de son côté de «nombreuses plaintes pour faux en écriture publique», une infraction criminelle, «s’il est établi par des vidéos que les procès verbaux ne correspondent pas à la réalité des opérations policières».
Des dossiers «vides»
Ces avocats s’inquiètent aussi des conditions d’accès à un avocat. Camille Duprié, membre du CAJ, affirme avoir été empêchée d’assister un lycéen. Les policiers lui ont reproché de «racoler des clients», assure-t-elle, avant de la contraindre à quitter les lieux.
Des entraves servant à camoufler des dossiers «vides», accusent plusieurs avocats.
«Les parquets ont été saisis sur l’ensemble du territoire de la commission de graves faits de violences contre des policiers ou gendarmes, personnels de l’enseignement ou élèves, et de dégradations par moyens dangereux», dément de son côté la Conférence nationale des procureurs généraux, dans un communiqué.
Ce n’est pas le vécu des avocats interrogées par l’AFP.

Un avocat bordelais ayant requis l’anonymat raconte avoir assisté un jeune de 15 ans «auquel on reprochait une intrusion dans un établissement, où il s’était en réalité réfugié pour échapper à une nasse». «L’enquête a été classée mais il a quand même passé la nuit en garde à vue, très inquiet», déplore le Bordelais.
Le client de Chirinne Ardakani était encore plus jeune: 14 ans. «Son seul tort était de s’être arrêté aux abords d’un lycée, qui se trouvait sur le chemin de son collège», affirme-t-elle.