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Le Soudan en tête de la liste mondiale des crises humanitaires

Alors qu’une guerre dévastatrice ravage ce pays d’Afrique du Nord-Est.

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Des familles de déplacés soudanais d'El Fasher reçoivent des denrées alimentaires à Al Dabbah, au Soudan, le 16 novembre 2025. Des familles de déplacés soudanais d'El Fasher reçoivent des denrées alimentaires à Al Dabbah, au Soudan, le 16 novembre 2025. (Marwan Ali)

Le Soudan figure pour la troisième année consécutive en tête d’une liste des crises humanitaires mondiales publiée mardi par un groupe d’aide internationale, alors qu’une guerre dévastatrice ravage ce pays d’Afrique du Nord-Est.

L’International Rescue Committee (IRC) a placé le Soudan au sommet de sa liste annuelle des pays en situation d’urgence, qui comprend 20 pays risquant de voir leur crise humanitaire s’aggraver en 2026.

L’IRC a appelé à une augmentation du financement humanitaire mondial, qui a diminué de 50 % au cours de l’année écoulée — en passe de devenir l’année la plus meurtrière pour les humanitaires.

«Nouveau désordre mondial»

La liste classe les territoires palestiniens occupés et le Soudan du Sud respectivement en deuxième et troisième position, en raison de conditions humanitaires dégradées. Elle comprend aussi l’Éthiopie, Haïti, la République démocratique du Congo, le Liban et l’Ukraine. La Syrie et le Yémen, tous deux en proie à des guerres civiles depuis plus d’une décennie, figurent également sur la liste.

Bien que la liste des 20 pays ne représente que 12 % de la population mondiale, elle compte 89 % des personnes dans le besoin, avec 117 millions de personnes déplacées, selon l’IRC.

Le groupe s’attend à ce que les pays figurant sur la liste accueillent plus de la moitié des personnes extrêmement pauvres dans le monde d’ici 2029, qualifiant ces crises de «nouveau désordre mondial» remplaçant «le système international de l’après-guerre, autrefois fondé sur des règles et des droits».

L’IRC a déclaré que de nombreux conflits sont motivés par des luttes pour le pouvoir et le profit. Au Soudan, selon le groupe, les parties en conflit et leurs supporteurs internationaux tirent profit du commerce de l’or, qui a des conséquences dévastatrices sur les civils.

«La liste de cette année est un témoignage de la misère, mais sert aussi d’avertissement, a déclaré David Miliband, directeur de l’IRC. Le nouveau désordre mondial est là, et partout, le vent se lève. Le désordre engendre le désordre.»

Le groupe a appelé à une série de mesures contraignantes en réponse aux crises mondiales, notamment la suspension du droit de veto du Conseil de sécurité des Nations unies en cas d’atrocités de masse.

Urgence au Soudan

Le Soudan a sombré dans le chaos en avril 2023 lorsqu’une lutte de pouvoir entre l’armée et les puissantes Forces de soutien rapide (FSR) a dégénéré en combats ouverts, accompagnés de massacres et de viols généralisés, ainsi que de violences à caractère ethnique.

Selon l’ONU et les organisations internationales de défense des droits de la personne, ces actes constituent des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité.

Les chiffres des Nations unies indiquent que cette guerre dévastatrice a fait plus de 40 000 morts, mais les organisations humanitaires estiment que ce chiffre est sous-estimé et que le nombre réel pourrait être beaucoup plus élevé.

Ce conflit a provoqué la plus grande crise humanitaire au monde, avec plus de 14 millions de personnes déplacées, des épidémies et la famine qui se propage dans certaines régions du pays.

«L’ampleur de la crise au Soudan [...] est caractéristique de ce désordre», a soutenu M. Miliband. Il a appelé la communauté internationale à prendre des mesures urgentes pour empêcher que 2026 ne devienne «l’année la plus dangereuse à ce jour».

Tant les FSR que l’armée ont été accusées d’avoir violé le droit international au cours de la guerre. Cependant, la plupart des atrocités ont été imputées aux FSR, que l’administration Biden a accusées d’avoir commis un génocide au Darfour.

Horreurs au Darfour

Les atrocités les plus récentes ont eu lieu fin octobre, lorsque les FSR ont pris le contrôle de la ville d’El-Fasher, dernier bastion de l’armée dans la vaste région du Darfour. Des témoins ont déclaré à l’Associated Press en octobre que les combattants allaient de maison en maison, tuant des civils et commettant des agressions sexuelles dans la ville.

Le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Volker Türk, a déclaré la semaine dernière que des crimes de guerre et de «potentiels» des crimes contre l’humanité avaient été commis dans la ville.

Les images satellites analysées par le Laboratoire de recherche humanitaire de l’École de santé publique de Yale semblent montrer que les FSR, depuis qu’elles ont pris le contrôle de la ville, se sont livrées à des «massacres généralisés et systématiques».

Ces violences semblaient particulièrement dirigées contre des civils qui tentaient de fuir la ville et ceux qui cherchaient refuge dans le quartier de Daraja Oula, le dernier grand refuge civil connu dans la ville.

Le rapport de l’ONU, publié mardi, indique que les FSR ont ensuite lancé une «campagne systématique de plusieurs semaines» visant à détruire les preuves des atrocités commises dans la ville.

Les FSR n’ont pas immédiatement répondu à une demande de commentaires.