Une députée libérale affirme avoir été bousculée à plusieurs reprises par des agents frontaliers israéliens alors que sa délégation d’une trentaine de personnes s’est vu refuser l’entrée en Cisjordanie mardi matin.
La députée ontarienne Iqra Khalid raconte avoir été bousculée après avoir tenté de vérifier comment allait une membre de la délégation qui avait été mise à l’écart pour un interrogatoire supplémentaire après que le groupe eut passé plusieurs heures au poste frontière d’Allenby.
«Je voulais rester à proximité, car trois ou quatre agents entouraient cette jeune femme. J’ai donc demandé si je pouvais participer à la conversation. Ils ont refusé. J’ai alors reculé de deux pas et je me suis contentée d’observer», a raconté Mme Khalid lors d’une entrevue à Amman, en Jordanie.
«Un officier israélien s’est approché de moi, m’a crié au visage “Va-t’en” et m’a poussée. J’ai reculé d’un pas contre le mur et j’ai dit “Ne me touchez pas, s’il vous plaît”. Il m’a répondu “Je te touche autant que je veux” et m’a poussée à nouveau. À ce moment-là, un autre officier est arrivé et m’a poussée encore plus loin.»
Elle a affirmé qu’un autre membre de la délégation est alors venu la tirer vers le reste du groupe.
Mme Khalid affirme que les agents frontaliers savaient qu’elle était parlementaire, car ils avaient pris son passeport spécial, qui diffère des passeports canadiens standards.
La députée néo-démocrate de la Colombie-Britannique Jenny Kwan et le député libéral du Québec Sameer Zuberi, qui font également partie de la délégation, ont tous deux déclaré à La Presse Canadienne avoir été témoins de l’incident.
Craintes de sécurité
La délégation, parrainée par le groupe The Canadian-Muslim Vote, avait prévu de rencontrer des Palestiniens déplacés en Cisjordanie, où le gouvernement israélien a récemment approuvé la construction de 764 nouvelles habitations dans des colonies juives.
L’ambassade d’Israël au Canada affirme que le groupe s’est vu refuser l’entrée en raison des liens entre The Canadian-Muslim Vote et l’Islamic Relief Fund, que le gouvernement israélien a inscrit sur sa liste des entités terroristes en 2014.
«Les organisateurs sont The Canadian-Muslim Vote, qui reçoit la grande majorité de son financement de Islamic Relief Canada, une filiale de Islamic Relief Worldwide. IRW a été inscrite sur la liste des entités terroristes par l’État d’Israël», indique le communiqué.
«L’État d’Israël n’autorise pas l’entrée sur son territoire des organisations et des personnes associées à des entités terroristes désignées.»
Mme Khalid dit avoir fait part des détails de l’incident à la ministre des Affaires étrangères, Anita Anand, qui a promis d’assurer un suivi.
Mme Kwan et Mme Khalid ont toutes deux déclaré que tous les visas et autorisations de voyage électroniques des délégués pour entrer en Cisjordanie avaient été approuvés à l’avance. Mme Kwan a souligné que le gouvernement canadien avait informé le gouvernement israélien des plans et des intentions de voyage de la délégation.
Le Dr Muhammad Munshi, radiologue à Mississauga, en Ontario, et membre de la délégation, a affirmé qu’ils avaient attendu «trois à quatre heures» mardi matin à un poste frontière avant de se voir refuser l’entrée en Cisjordanie par les autorités frontalières israéliennes.
«Je crois qu’ils ont inscrit cela comme “une menace potentielle pour la sécurité” sur l’un des documents qu’ils nous ont remis. C’était vraiment très surprenant, car aucun député canadien ne représente une menace pour la sécurité», a déclaré M. Munshi lors d’une entrevue à Amman, en Jordanie.
«Il s’agissait vraiment d’une mission d’enquête transparente pour les députés et pour les personnes qui les accompagnaient. C’est simplement une occasion pour nous de voir, d’observer et de constater ce qui se passe dans la région et de prendre des décisions politiques en fonction de ce que nous avons observé.»
M. Munshi a noté qu’il comprenait que la formulation «menace pour la sécurité publique» s’appliquait à l’ensemble du groupe, et non à une personne en particulier.
Outre la visite en Cisjordanie, M. Munshi a déclaré que la délégation prévoyait de rencontrer des organisations chrétiennes, juives et musulmanes dans divers sites entre Jérusalem, Hébron, Bethléem et Jenine.
M. Munshi a déclaré qu’ils réfléchissaient encore à ce qu’elle pourrait faire d’autre dans la région avant leur retour prévu au Canada vendredi.
Le Conseil national des musulmans canadiens affirme que le refus du gouvernement israélien d’autoriser les parlementaires canadiens à entrer dans le pays soulève de sérieuses préoccupations quant à la transparence et à la reddition de comptes.
Le Canada a officiellement reconnu l’État palestinien en septembre, mais a déclaré que certaines conditions devaient d’abord être remplies, notamment la tenue d’élections auxquelles le Hamas ne pourrait pas se présenter.
— Avec des informations de l’Associated Press.

