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Minneapolis: les autorités fédérales et celles des États revendiquent le monopole de la morale

Des commentaires contradictoires ont été formulés alors que les dirigeants locaux et les démocrates exigeaient que les agents fédéraux de l’immigration quittent le Minnesota après la fusillade d’Alex Pretti.

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Immigration Enforcement Minnesota Un mémorial improvisé a été érigé à l'endroit où Alex Pretti a été abattu samedi par un agent de la police des frontières américaine, à Minneapolis, dimanche 25 janvier 2026. (Adam Gray/Associated Press)

Lors de conférences de presse contradictoires, les autorités fédérales et celles de l’État ont délivré dimanche des messages diamétralement opposés au sujet de la répression migratoire qui a balayé Minneapolis et les villes environnantes, chacune revendiquant le monopole de la morale après une nouvelle fusillade mortelle impliquant des agents fédéraux.

«De quel côté voulez-vous être?», a demandé le gouverneur Tim Walz au public. «Du côté d’un gouvernement fédéral tout-puissant qui peut tuer, blesser, menacer et kidnapper ses citoyens dans la rue, ou du côté d’un infirmier de l’hôpital VA qui est mort en témoignant contre un tel gouvernement?» — une référence à la fusillade d’Alex Pretti samedi à Minneapolis.

Dans un bâtiment fédéral situé à environ 32 kilomètres de là, Greg Bovino, haut responsable de la police des frontières et visage public de la répression, a de nouveau imputé la responsabilité de la fusillade à Pretti.

«Quand quelqu’un choisit de s’introduire sur les lieux d’une intervention policière, d’interférer, d’entraver, de retarder ou d’agresser un agent des forces de l’ordre, et qu’il apporte une arme pour le faire, c’est un choix que cet individu a fait», a-t-il affirmé aux journalistes.

Immigration Enforcement Minnesota Victim Cette photo non datée fournie par Michael Pretti montre Alex J. Pretti, l'homme qui a été abattu par un agent fédéral à Minneapolis le samedi 24 janvier 2026. (Michael Pretti via l'Associated Press)

Ces commentaires contradictoires ont été formulés alors que les dirigeants locaux et les démocrates de tout le pays exigeaient que les agents fédéraux de l’immigration quittent le Minnesota après la fusillade qui a coûté la vie à Alex Pretti, déclenchant des affrontements avec des manifestants dans une ville déjà secouée par une autre fusillade mortelle quelques semaines plus tôt.

Une vidéo contredit les déclarations de l’administration

Une vidéo filmée par des passants et visionnée par l’Associated Press semble contredire les déclarations de l’administration du président Donald Trump, qui a expliqué que les agents avaient tiré «de manière défensive» sur Pretti, un infirmier en soins intensifs de 37 ans, alors qu’il s’approchait d’eux.

On peut voir Pretti, un simple téléphone à la main, s’interposer entre un agent d’immigration et une femme dans la rue. Aucune image ne semble le montrer avec une arme. Au cours de la bagarre, les agents semblent le désarmer après avoir découvert qu’il portait un pistolet semi-automatique de 9 mm, puis ouvrent le feu à plusieurs reprises. Pretti était autorisé à porter une arme dissimulée.

Dans les heures qui ont suivi la fusillade, la secrétaire à la Sécurité intérieure, Kristi Noem, a affirmé que Pretti avait attaqué des agents, et Bovino a indiqué qu’il voulait «massacrer les forces de l’ordre».

M. Bovino s’est montré plus réservé dimanche, indiquant qu’il ne ferait aucune supposition sur la fusillade et qu’il attendrait les résultats de l’enquête.

Les proches se disent bouleversés

La famille de M. Pretti s’est dite «bouleversée mais aussi très en colère» contre les autorités. Les proches étaient furieux de la description de la fusillade faite par les autorités fédérales.

«Les mensonges écœurants proférés par l’administration à propos de notre fils sont répréhensibles et répugnants. Alex ne tient clairement pas d’arme à feu lorsqu’il est attaqué par les voyous meurtriers et lâches de l’ICE de Trump. Il tient son téléphone dans sa main droite et sa main gauche vide est levée au-dessus de sa tête alors qu’il tente de protéger la femme que l’ICE vient de pousser à terre tout en étant aspergé de spray au poivre», a écrit la famille dans un communiqué. «S’il vous plaît, faites connaître la vérité sur notre fils.»

Une vidéo de 2024 publiée sur les réseaux sociaux montre Pretti rendant hommage au vétéran Terrance Lee Randolph, décédé à l’hôpital militaire où Pretti travaillait.

«Aujourd’hui, nous nous souvenons que la liberté n’est pas gratuite», exprime M.Pretti, vêtu d’une blouse bleu marine, dans la vidéo. «Nous devons travailler pour l’obtenir, la cultiver, la protéger et même nous sacrifier pour elle.»

Walz a qualifié de «méprisables au-delà de toute description» les commentaires des responsables fédéraux à propos de Pretti.

Les manifestations contre l'ICE se poursuivent à Minneapolis Au lendemain de la mort d'un homme de 37 ans dans une intervention impliquant des agents fédéraux, les manifestations contre l'ICE ont continué dimanche.

«Et je dirais, président Trump, que vous pouvez mettre fin à cela aujourd’hui. Rappelez ces gens. Mettez en place un contrôle de l’immigration humain, ciblé et efficace», a-t-il affirmé.

La Maison-Blanche a poursuivi ses attaques contre le gouverneur, la porte-parole Karoline Leavitt publiant sur X que Walz «ne croit PAS en la loi et l’ordre» et l’accusant d’encourager «les agitateurs de gauche à traquer et à filmer les agents fédéraux en pleine opération légale».

Lors de la conférence de presse fédérale, Marcos Charles, de l’Immigration and Customs Enforcement (ICE), a affirmé qu’un de leurs agents avait perdu définitivement une partie de son doigt lorsqu’un manifestant le lui avait arraché à coups de dents samedi à Minneapolis.

«Ce type de violence n’est pas une coïncidence», a soutenu M. Charles. «Lorsque les politiciens, les militants et les médias qui défendent les sanctuaires s’efforcent de créer le chaos et la peur au lieu d’utiliser leurs plateformes pour rassurer leurs communautés, voilà le résultat.»

M. Pretti a été abattu à un peu plus d’un kilomètre de l’endroit où un agent de l’ICE a tué Renee Good, 37 ans, le 7 janvier, déclenchant des manifestations généralisées.

Les autorités fédérales, qui mènent l’enquête sur la fusillade, ont contrecarré les tentatives locales de participation.

Drew Evans, directeur du Bureau of Criminal Apprehension de l’État, qui enquête sur les fusillades policières, a déclaré samedi aux journalistes que les agents fédéraux avaient empêché son agence d’accéder au lieu de la fusillade, même après avoir obtenu un mandat judiciaire signé. Les agents du Bureau travaillaient sur les lieux dimanche matin.

Un juge fédéral a déjà rendu une ordonnance empêchant l’administration Trump de «détruire ou d’altérer les preuves» liées à la fusillade, après que les autorités de l’État et du comté aient intenté un procès.

Le procureur général du Minnesota, Keith Ellison, a expliqué que le procès intenté samedi visait à préserver les preuves recueillies par les autorités fédérales que les autorités de l’État n’avaient pas encore pu examiner. Une audience est prévue lundi devant le tribunal fédéral de St. Paul.

La secrétaire adjointe à la Sécurité intérieure, Tricia McLaughlin, a rejeté la plainte, affirmant que les allégations selon lesquelles le gouvernement fédéral détruirait des preuves sont «une tentative ridicule de diviser le peuple américain et de détourner l’attention du fait que nos agents des forces de l’ordre ont été attaqués et que leur vie a été menacée».

La garde nationale du Minnesota a temporairement aidé la police locale sous la direction de Walz, ont déclaré des responsables, avec l’envoi de troupes sur le lieu de la fusillade et dans un bâtiment fédéral où les agents se sont quotidiennement affrontés avec des manifestants.

Mais le chef de la police de Minneapolis, Brian O’Hara, a dit dimanche matin sur CBS dans l’émission Face the Nation que «la police de Minneapolis était à nouveau seule pour répondre aux appels».

Aucune preuve que Pretti ait brandi son arme

O’Hara a dit qu’il n’avait vu aucune preuve que M. Pretti ait brandi son pistolet et que la répression épuisait son service.

«Cela a un coût énorme, essayer de gérer tout ce chaos en plus d’être le service de police d’une grande ville. C’est trop», a-t-il exprimé.

La représentante Alexandria Ocasio-Cortez, de New York, faisait partie des nombreux législateurs démocrates qui ont exigé que les autorités fédérales chargées de l’immigration quittent le Minnesota.

Dans une déclaration, l’ancien président Barack Obama a qualifié la mort de Pretti de «tragédie déchirante» et a averti que «bon nombre de nos valeurs fondamentales en tant que nation sont de plus en plus menacées».

Les autorités fédérales, quant à elles, ont demandé à plusieurs reprises pourquoi Pretti était armé lors de l’affrontement. Mais les groupes de défense du droit au port d’armes ont fait remarquer qu’il était légal de porter des armes à feu lors de manifestations.

Une vidéo montre des bousculades puis des coups de feu

Lorsque la confrontation a commencé samedi, une vidéo prise par un passant montre des manifestants soufflant dans des sifflets et criant des insultes aux agents fédéraux dans une rue commerçante du sud de Minneapolis.

Homme tué par des agents fédéraux à Minneapolis: vidéo de l'intervention AVERTISSEMENT: cette vidéo contient des images pouvant choquer certaines personnes. Alex Pretti, 37 ans est mort samedi à Minneapolis alors qu'il a été abattu par des agents fédéraux de l'immigration. Dans cette vidéo dévoilée par l'Associated Press, on peut voir une partie de l'intervention qui s'est conclue par la mort de l'homme.

Les vidéos montrent Pretti intervenant après qu’un agent d’immigration ait bousculé une femme. Pretti semble tenir son téléphone en direction de l’agent, mais rien n’indique qu’il détienne une arme.

L’agent bouscule Alex Pretti à la poitrine et lui pulvérise du gaz poivré, ainsi qu’à la femme.

Peu après, au moins sept agents ont plaqué Pretti au sol. Plusieurs agents ont tenté de lui mettre les bras derrière le dos alors qu’il semblait résister. Un agent tenant une bombe lacrymogène l’a frappé plusieurs fois près de la tête.

Un premier coup de feu a été tiré par un agent de la police des frontières. Après une légère pause, le même agent a tiré plusieurs autres coups de feu dans le dos de Pretti. Plusieurs agents ont reculé. En quelques secondes, Pretti était immobile dans la rue.

Si la journée de samedi a été marquée par des affrontements, avec des manifestants en colère bloquant les rues et des agents tirant des grenades lacrymogènes, celle de dimanche a été marquée par la tristesse.

Des voitures de police avec des gyrophares ont bloqué la circulation dans le quartier où la fusillade a eu lieu, et un flux constant de personnes est venu et reparti dimanche, se rassemblant près de l’endroit où Pretti a été abattu. Une centaine de personnes se trouvaient sur les lieux dimanche soir. Certains chantaient, d’autres priaient, d’autres encore apportaient des fleurs ou allumaient des bougies. Des équipes de télévision se sont installées en périphérie de la foule, et un homme distribuait des chauffe-mains alors que la température avoisinait les -18 °C.

Brett Williams, 37 ans, est venu de la banlieue de la ville pour assister à une veillée dimanche soir.

«Je suis solidaire d’un frère dont la vie a été fauchée trop tôt», a-t-il dit. «Il défend les immigrants. Nous sommes tous des immigrants.»