L’Américain abattu samedi par des agents fédéraux de l’immigration à Minneapolis était infirmier dans une unité de soins intensifs pour anciens combattants de la ville, qui «voulait changer le monde» selon sa famille.
Alex Pretti, 37 ans, est mort après une altercation avec des agents fédéraux sur une route verglacée de cette ville du Midwest. Son décès vient aggraver une situation déjà tendue depuis celui de Renee Good, une Américaine tuée par balle le 7 janvier par des agents fédéraux dans cette même ville.
Ce nouveau meurtre a déclenché de nouvelles manifestations et suscité l’indignation des autorités locales, qui ont contesté les affirmations hâtives de l’administration Trump selon lesquelles M. Pretti aurait eu l’intention de s’en prendre aux agents fédéraux alors qu’il participait à une manifestation contre la répression massive de l’immigration.
M. Pretti était «une âme généreuse qui se souciait profondément de sa famille et de ses amis» tout comme des vétérans dont il s’occupait à l’hôpital des anciens combattants de Minneapolis, ont déclaré ses parents dans un communiqué publié samedi.
«Alex voulait changer le monde. Malheureusement, il ne sera pas là pour en constater l’impact», a ajouté sa famille.
Dimitri Drekonja, chef du service des maladies infectieuses de l’hôpital des anciens combattants de Minneapolis et collègue de M. Pretti, le décrit comme «une personne bonne et généreuse qui vivait pour aider les autres», soulignant qu’il travaillait «au soutien des vétérans gravement malades».
«Il avait une attitude tellement formidable. Entre deux consultations, on discutait de nos projets de sorties en VTT. Ce ne sera plus jamis possible désormais», a écrit M. Drekonja sur le réseau social Bluesky.
Selon les médias locaux, M. Pretti a obtenu son diplôme d’études secondaires à Green Bay, dans le Wisconsin, en 2006. Après avoir obtenu son diplôme, il s’est inscrit à l’université du Minnesota, où il a obtenu en 2011 une licence en biologie, société et environnement, selon sa famille. Il a travaillé comme chercheur scientifique avant de reprendre ses études pour devenir infirmier diplômé.
«Mensonges écoeurants»
Après la mort par balle de Renee Good le 7 janvier, il a commencé à participer à des manifestations contre la police de l’immigration (ICE), a déclaré son père, Michael Pretti, à l’Associated Press.
L’ex-femme de Pretti, qui s’est confiée à l’AP mais a ensuite affirmé ne pas vouloir que son nom soit divulgué, a expliqué qu’elle n’était pas surprise qu’il ait participé à la manifestation contre la politique migratoire de Trump. Elle a ajouté qu’elle ne lui avait pas parlé depuis leur divorce, il y a plus de deux ans, et qu’elle avait déménagé dans un autre État.
Elle a indiqué qu’il était un électeur démocrate et qu’il avait participé à la vague de manifestations de rue qui a suivi le meurtre de George Floyd par un policier de Minneapolis en 2020, non loin du quartier où vivait le couple. Elle l’a décrit comme quelqu’un qui pouvait crier sur les forces de l’ordre lors d’une manifestation, mais elle ne l’avait jamais vu se livrer à des affrontements physiques.
Elle a affirmé que Pretti avait obtenu un permis de port d’arme dissimulée il y a environ trois ans et qu’il possédait au moins un pistolet semi-automatique lorsqu’ils se sont séparés.
Alors que l’administration Trump s’efforce de présenter M. Pretti comme un agresseur violent, une vidéo largement diffusée par les médias américains, dont l’AFP n’a pas vérifié l’authenticité, contredit cette version.
Ses parents ont déclaré que leur fils s’était interposé au moment où un agent fédéral bousculait une manifestante peu avant d’être tué.
Ils ont dénoncé ce qu’ils ont qualifié de «mensonges écoeurants» de l’administration Trump, soulignant que l’arme trouvée sur leur fils pour laquelle il avait une autorisation de port d’arme n’était pas dans sa main lorqu’il a été abattu.
La famille a appris la nouvelle de la fusillade lorsqu’elle a reçu un appel d’un journaliste de l’Associated Press. Elle a regardé la vidéo et a indiqué que l’homme tué semblait être leur fils. Elle a ensuite tenté de contacter les autorités du Minnesota.
«Je n’arrive à obtenir aucune information de qui que ce soit», a affirmé Michael Pretti samedi. «La police m’a dit d’appeler la police des frontières, mais celle-ci est fermée, et les hôpitaux ne répondent à aucune question.»
Finalement, les parents ont appelé le médecin légiste du comté de Hennepin, qui leur a confirmé qu’un corps correspondant au nom et à la description de leur fils avait été retrouvé.
Samedi soir, la famille a dit n’avoir toujours reçu aucune nouvelle d’une agence fédérale chargée de l’application de la loi concernant la mort de leur fils.
«Agents lâches et meurtriers»
Il «n’était manifestement pas armé lorsqu’il a été attaqué par les agents lâches et meurtriers de l’ICE, envoyés par Trump», ont déclaré ses parents dans un communiqué.
«Il tenait son téléphone dans sa main droite et levait sa main gauche vide au-dessus de sa tête, tentant de protéger la femme que l’ICE venait de plaquer au sol, tout en étant aspergé de gaz poivre.»
— Les parents d’Alex Pretti dans un communiqué
La famille a demandé au public de «faire éclater la vérité» sur leur fils. «C’était un homme bien.»
«Nous avons le cœur brisé et nous sommes aussi très en colère», a ajouté la famille de l’infirmier tué.
«Il avait un grand cœur»
Pretti vivait dans un immeuble de quatre appartements situé à environ 3,2 kilomètres de l’endroit où il a été abattu. Ses voisins le décrivaient comme quelqu’un de calme et de chaleureux.
«C’était une personne formidable», a soutenu Sue Gitar, qui vivait en dessous de Pretti et qui a indiqué qu’il avait emménagé dans l’immeuble il y a environ trois ans. «Il avait un grand cœur.»
S’il se passait quelque chose de suspect dans le quartier, ou s’ils craignaient une fuite de gaz dans l’immeuble, il se précipitait pour aider.
Pretti vivait seul et travaillait de longues heures comme infirmier, mais il n’était pas solitaire, ont déclaré ses voisins, et il recevait parfois des amis.
Ses voisins savaient qu’il possédait des armes à feu — il emmenait parfois un fusil au stand de tir — mais ils ont été surpris à l’idée qu’il puisse porter un pistolet dans la rue.
«Je ne l’ai jamais considéré comme quelqu’un qui portait une arme», a affirmé Gitar.
Alors qu’une fine couche de neige recouvrait Minneapolis dimanche matin, les membres de la communauté ont allumé des bougies, déposé des fleurs fraîches et se sont rassemblés dans le recueillement autour d’un lieu de veillée improvisé sur le site où Alex Pretti a trouvé la mort. Des pommes de pin ont été assemblées pour former l’inscription «Long live Alex Pretti» (Longue vie à Alex Pretti). Certains bouquets étaient recouverts d’une couche de givre après avoir passé toute la nuit dehors. Quelques voitures de police de Minneapolis étaient garées à proximité.
Un passionné de plein air
Cycliste de compétition qui prenait grand soin de sa nouvelle Audi, Pretti était également très attaché à son chien, décédé il y a environ un an.
Ses parents ont affirmé que leur dernière conversation avec leur fils avait eu lieu quelques jours avant sa mort. Ils avaient parlé des réparations qu’il avait effectuées sur la porte du garage de sa maison. L’ouvrier était un Latino, et ils ont dit qu’avec tout ce qui se passait à Minneapolis, ils lui avaient donné un pourboire de 100 dollars.
La mère de Pretti a déclaré que son fils se souciait énormément de la direction que prenait le pays, en particulier du démantèlement des réglementations environnementales par l’administration Trump.
«Il détestait que les gens détruisent la nature», a soutenu Susan Pretti. «C’était un amoureux de la nature. Il emmenait son chien partout où il allait. Il aimait ce pays, mais il détestait ce que les gens lui faisaient subir.»
