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France: les tactiques de la police sont remises en question

«Pour plusieurs d’entre eux — pour tous, en fait —, c’était l’une des premières fois qu’ils participaient à une manifestation.»

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Les manifestations lycéennes se poursuivent en France La mobilisation des lycéens se poursuit en France au lendemain d'une mobilisation massive dans les rues tandis que le gouvernement tente de désamorcer la crise dans les lycées.

La grenade lacrymogène tirée par la police a fracassé la mâchoire et de nombreuses dents d’un adolescent de 14 ans. Le policier qui l’a lancée a été placé en garde à vue une semaine plus tard et inculpé de mutilation volontaire, un délit passible d’une peine pouvant aller jusqu’à 15 ans de prison.

Suite à son opération, le garçon ne peut plus parler et ne peut s’alimenter qu’à l’aide d’une paille, explique sa mère.

D’autres adolescents ont également subi des blessures qui ont bouleversé leur vie, imputées aux armes utilisées par la police lors des manifestations nationales organisées par des lycéens réclamant davantage de moyens pour des établissements scolaires délabrés.

Dans l’ancienne ville minière de Lens, un adolescent de 15 ans a perdu une main lors d’un incident impliquant une grenade assourdissante de la police. À Tours, dans la région viticole de la Loire, une grenade anti-émeute de la police serait à l’origine de la cécité partielle d’un adolescent de 16 ans.

Au-delà des blessures physiques, le recours massif aux interpellations policières et à des tactiques que les détracteurs du gouvernement et les défenseurs des droits de la personne qualifient d’inutilement violentes offre à une génération d’élèves français — et de futurs électeurs — une leçon concrète sur le pouvoir de l’État et leurs droits en tant que citoyens, ainsi que sur la manière dont ces deux éléments s’opposent parfois.

«Cela vous politise à une vitesse incroyable», a souligné Alexis Baudelin, un avocat parisien représentant plus d’une douzaine de jeunes placés en garde à vue. «Pour plusieurs d’entre eux — pour tous, en fait —, c’était l’une des premières fois qu’ils participaient à une manifestation, qu’ils se rassemblaient dans un espace public pour exprimer des revendications qu’ils jugeaient légitimes.»

Des étudiants font face à des policiers près de l'université Sciences Po alors qu'ils manifestent contre le manque de moyens alloués aux établissements scolaires, à Paris, le mercredi 7 octobre 2026. Des étudiants font face à des policiers près de l'université Sciences Po alors qu'ils manifestent contre le manque de moyens alloués aux établissements scolaires, à Paris, le mercredi 7 octobre 2026. (Thibault Camus)

Selon le ministère de l’Intérieur, la police a procédé à plus de 6600 interpellations — principalement de mineurs — depuis que les manifestations ont pris de l’ampleur la semaine dernière, dont 488 personnes interpellées lors des manifestations nationales de mardi. Le mouvement réclamant une augmentation des moyens financiers et davantage d’enseignants remplaçants dans les établissements scolaires a vu le jour dans un lycée de la région parisienne à la mi-septembre.

Des avocats et des chercheurs spécialisés dans les pratiques policières françaises mettent en garde contre le fait que cette répression musclée pourrait engendrer une génération de jeunes adultes désabusés, aigris à l’égard de la République et de ses promesses de « Liberté, Égalité, Fraternité ».

La police s’est montrée moins indulgente envers les manifestants adolescents qu’elle ne l’avait été auparavant lorsque les agriculteurs, un lobby puissant en France, avaient aspergé de fumier des bâtiments gouvernementaux, bloqué des routes et allumé des feux.

Maître Baudelin a déclaré que ses jeunes clients avaient suivi un cours accéléré sur «la violence effrénée de la police».

«Être enfermé pendant des heures et des heures sans rien, dans des cellules pour la plupart extrêmement insalubres, dans des commissariats qui sentent très mauvais, où l’on ne peut pas dormir, avec des policiers qui vous disent que si vous ne parlez pas, si vous ne dites pas la vérité, qui vous menacent, qui vous disent que votre vie va être ruinée», a-t-il déclaré.

«C’est une expérience qui peut être profondément traumatisante et qui est totalement disproportionnée.»

Face à un tollé grandissant, le ministre de l’Intérieur, Laurent Nunez, a annoncé mercredi que le modèle de grenade assourdissante soupçonné d’avoir mutilé l’adolescent à Lens ne serait plus utilisé contre les lycéens, compte tenu, selon lui, d’une «forte probabilité» qu’une telle arme ait été impliquée dans l’arrachement de la main de l’élève.

«Nous devons comprendre exactement ce qui s’est passé», a déclaré M. Nunez.

Il a toutefois défendu les interventions policières, les qualifiant de proportionnées dans «presque tous les cas». Il a expliqué que les forces de l’ordre avaient été contraintes d’intervenir lorsque les manifestations avaient dégénéré en émeutes, en actes de vandalisme et en autres violences, et qu’elles l’avaient fait en gardant à l’esprit qu’elles avaient principalement affaire à des mineurs.

«On ne gère pas un mouvement de lycéens de la même manière qu’un mouvement d’adultes», a déclaré le ministre à la chaîne RTL.

Dans le cas de l’adolescent de 14 ans qui a eu la mâchoire et les dents brisées, le policier qui a tiré directement sur lui avec son lance-grenades lors d’une manifestation à Saint-Ouen-l’Aumône, au nord-ouest de Paris, a expliqué lors de son interrogatoire en garde à vue qu’il avait agi en «une fraction de seconde» pour protéger une collègue qui avait échangé des coups avec le garçon, selon un communiqué du parquet chargé de l’enquête.

Des élèves font face à des policiers devant le lycée Hélène-Boucher lors d'une manifestation contre le manque de moyens dans les établissements scolaires, à Paris, le jeudi 8 octobre 2026. Des élèves font face à des policiers devant le lycée Hélène-Boucher lors d'une manifestation contre le manque de moyens dans les établissements scolaires, à Paris, le jeudi 8 octobre 2026. (Aurelien Morissard/AP Photo/Aurelien Morissard)

Le communiqué a qualifié les actes du policier de disproportionnés, ce qui a donné lieu à une mise en examen préliminaire à son encontre pour violence d’agent public ayant entraîné une mutilation ou une invalidité permanente. Suspendu de ses fonctions et privé de son arme, il est le premier policier susceptible d’être poursuivi dans le cadre des 18 enquêtes ouvertes à ce jour sur des soupçons de fautes professionnelles commises par des policiers lors des manifestations.

Le garçon, Eden, a envoyé à sa mère une vidéo prise devant son école, montrant des policiers et quelques manifestants, quelques instants avant que le policier ne lui tire dessus avec la grenade lacrymogène, a-t-elle déclaré à l’Associated Press et à d’autres médias, à condition de ne pas être identifiée afin de préserver l’anonymat de son enfant.

Mais lorsqu’elle l’a ensuite appelé, c’est l’un de ses camarades de classe qui a répondu, hurlant que son fils avait été touché au visage et gisait au sol, en sang, la mâchoire et les dents du haut cassées, et les dents du bas «complètement arrachées», a-t-elle déclaré.

«C’est honteux, c’est épouvantable, c’est violent, c’est dégoûtant, c’est méprisable — je pourrais vous donner toute une liste de mots, a-t-elle déclaré. Ils ont affaire à des enfants. Et que réclament ces enfants ? Simplement de meilleures conditions pour étudier.»