Éducation

Nez cassé, commotions: la violence des gars envers les filles à l’école est en hausse au Québec

«Ça s’est décomplexé de façon tellement rapide et aujourd’hui ces jeunes-là ne se cachent plus pour être violents», constate Rafaël Provost, DG d’Ensemble pour le respect de la diversité.

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Nez cassé, commotions: la violence des gars envers les filles à l’école est en hausse au Québec Si les dossiers de violence entre étudiants font régulièrement les manchettes depuis quelques années au Québec, un autre phénomène prendrait de l’ampleur: la violence des adolescents envers leur camarade de classe féminine.

Si les dossiers de violence entre étudiants font régulièrement les manchettes depuis quelques années au Québec, un autre phénomène prendrait de l’ampleur: la violence des adolescents envers leur camarade de classe féminine.

Noovo Info a rencontré l’automne dernier un étudiant de l’école secondaire Cap-Jeunesse à Saint-Jérôme, dans les Laurentides. L’adolescent a été témoin d’une agression dans une classe de 3e secondaire, quand un jeune de 6 pi s’en serait pris à une jeune fille.

«Dans le fond, ils se lançaient des effaces et ce n’est même pas lui qu’elle visait, il s’est levé et il a commencé à l’a tabassé», a-t-il raconté à Noovo Info.

«Veux-tu que je te coupe le cou?»: des milliers d’événements violents dans les écoles de Montréal Par Véronique Dubé | Pour la première fois de son histoire, le Centre de services scolaire de Montréal (CSSDM) a recensé tous les actes à caractère violent sur son territoire. Pour l’année scolaire 2023-2024, on dénombre 3926 événements violents dont 36 impliquant des armes.

L’adolescent aurait asséné pas moins de cinq à sept coups de poing au visage de sa victime, lui cassant le nez.

«En tout cas, ce n’est pas beau à voir, c’est n’importe quoi», a réagi celui qui a été l’un des témoins de la scène.

Le Centre de services scolaire de la Rivière-du-Nord a confirmé à Noovo Info avoir pris des mesures contre le jeune qui a commis l’agression.

Une histoire parmi d’autres

Selon d’autres élèves rencontrés par Noovo Info, ce n’est pas rare qu’un adolescent s’en prenne à une adolescente.

Un ado a témoigné avoir déjà vu un garçon craché dans la figure d’une jeune fille pour ensuite la frapper.

«Je trouve que le gars n’a pas de respect pour le monde et ça ne se fait vraiment pas frapper les femmes comme ça», a-t-il raconté.

À quelques kilomètres, dans une autre école secondaire, une adolescente a porté plainte contre son assaillant.

Cette jeune fille raconte avoir été violemment frappée par un élève de son école secondaire. Elle a porté plainte contre l'adolescent.
Une ado victime de violence à son école secondaire Cette jeune fille raconte avoir été violemment frappée par un élève de son école secondaire. Elle a porté plainte contre l'adolescent. (Noovo Info)

«Quand j’ai vu la vidéo, la caméra de surveillance, c’est là que j’ai réalisé que c’était très volontaire comme geste», a-t-elle expliqué à Noovo Info.

L’histoire prend forme quand l’adolescent lui aurait réclamé des photos de ses parties intimes via Internet.

«Je lui ai dit non. J’avais entendu dire qu’il était en couple avec une certaine fille, je suis allée la voir», a souligné l’adolescente.

C’est par la suite, sans prévenir, que l’ado l’aurait attaqué devant tout le monde.

«À l’école, il a couru vers moi en me frappant la tête et en me tapant par-dessus le casier. Après, on voit sur la vidéo que je m’évanouis et que mes amies viennent me prendre dans leur bras», a raconté la jeune fille.

L’adolescente a notamment subi une commotion cérébrale et sa convalescence s’est étirée sur plusieurs mois.

«Toute ma saison de sport a été mise à la poubelle», a-t-elle expliqué.

«Ils ne cachent plus pour être violents»

Selon Ensemble pour le respect de la diversité, un organisme communautaire qui visite les écoles secondaires du Québec depuis 40 ans pour parler de diversité, la violence des gars envers les filles augmente depuis quelques mois.

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«Ça s’est décomplexé de façon tellement rapide et aujourd’hui ces jeunes-là ne se cachent plus pour être violents, pas que sur le web , mais dans la cour d’école, dans les corridors, envers les filles, envers les femmes... et on ne sait plus comment et quoi faire avec ça», a confié Rafaël Provost, directeur général d’Ensemble pour le respect de la diversité.

M. Provost souligne que si on parlait d’homophobie et de racisme, on parle maintenant beaucoup de misogynie et de sexisme.

«C’est inquiétant que nos jeunes filles se sentent en danger.»

—  Rafaël Provost, directeur général d’Ensemble pour le respect de la diversité

M. Provost craint que certains adolescents soient actuellement influencés par des mouvements masculinistes.

«D’où ça vient? Est-ce que c’est de la maison, des médias sociaux, de la télé, de la cour d’école? Notre réponse à ça c’est probablement un peu de tout ça», a-t-il souligné.

Bientôt des chiffres plus précis

Une récente enquête pancanadienne montre que les milieux scolaires sont de plus en plus confrontés à des contenus misogynes et radicalisés qui ciblent les garçons.

Selon l’étude, 95% des éducateurs qui travaillent avec les jeunes constatent une exposition des garçons à des contenus misogynes en ligne.

Confinement partiel à l’École polyvalente Arvida après une agression à l’arme blanche L’École polyvalente Arvida, à Saguenay, a été placée en confinement partiel après une agression armée survenue dans l’établissement mardi matin.

Par ailleurs, 80% de ces mêmes éducateurs ont remarqué des comportements sexistes ou misogynes comme dire aux filles qu’elles ne peuvent pas participer à des activités, de se moquer des autres garçons par ce qu’ils sont féminins ou qu’ils sont amis avec des filles.

François Bowen, professeur au Département de psychopédagogie de la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université de Montréal - et qui mène actuellement une étude scientifique sur la violence à l’école au Québec - estime qu’il faut aussi, comme société, travailler sur la violence verbale en général.

«Les invectives, les menaces, les remarques déplacées peuvent être interprétées, à raison, comme une remarque sexiste», a-t-il souligné à Noovo Info.

Les résultats de l’étude scientifique de M. Bowen seront dévoilés dès que cette dernière sera publiée.

«Elle est [l’étude] quand même dans des pourcentages qui suscitent des inquiétudes et qui commandent des interventions», a tout de même révélé M. Bowen.

Le Protecteur national de l’élève publiait l’an dernier, pour la première fois, des chiffres liés à la violence en milieu scolaire.

Une récente enquête pancanadienne montre que les milieux scolaires sont de plus en plus confrontés à des contenus misogynes et radicalisés qui ciblent les garçons.
Étude violence en milieu scolaire Une récente enquête pancanadienne montre que les milieux scolaires sont de plus en plus confrontés à des contenus misogynes et radicalisés qui ciblent les garçons. (Montage Noovo Info | Envato Elements)

On apprenait alors que les plaintes d’actes de violence ou d’intimidation s’élevaient à 108 pour tout le Québec.

Les plaintes de signalement d’acte de violence à caractère sexuel étaient pour leur part au nombre de 141.

La proportion des filles victimes: 65%.