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La guerre commerciale avec le Canada: un enjeu électoral à l’approche des élections de mi-mandat aux États-Unis

«Certains des États clés qui sont devenus des États clés sont ceux qui entretiennent des relations commerciales très étroites avec le Canada.»

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"‘Get up, governor’: Trump attacks PM Carney with hockey cartoon" Crédit image | AP et Truth social

Alors que les États-Unis se préparent à des élections de mi-mandat décisives en novembre prochain, un nouvel enjeu inattendu occupe les esprits des électeurs dans de nombreux États : l’escalade de la guerre commerciale entre le président Donald Trump et le Canada.

«Le Canada est notre ami, notre plus proche allié et notre premier partenaire commercial», a déclaré la sénatrice républicaine du Maine, Susan Collins, à Politico dans une entrevue publiée la semaine dernière.

«On ne parle pas de la Chine ici. Ce n’est pas un pays hostile. Et… nos économies sont tellement liées que si tu essaies d’en nuire à l’une, tu finis par nuire au Maine.»

Mme Collins est depuis longtemps une figure politique incontournable dans son État frontalier, mais les politiques impopulaires de Trump — notamment sa campagne de droits de douane contre le Canada — ont mis son siège en danger.

Le Canada est le premier partenaire commercial du Maine et de nombreuses industries-clés de l’État, comme les produits de la mer et le bois d’œuvre, sont étroitement liées aux secteurs canadiens. Susan Mme Collins a reconnu que les droits de douane imposés au Canada sont «terribles pour le Maine» et qu’ils compliquent considérablement sa réélection.

Si le siège de Susan Collins dans le Maine est peut-être le plus menacé, ce n’est pas le seul à être ébranlé par les attaques de Trump contre le Canada, alors que les républicains cherchent à conserver le pouvoir au Congrès.

«Lake America» maintenant sur Google Maps aux États-Unis Alors que Google Maps affiche maintenant «Lake America» plutôt que lac Ontario aux États-Unis, que pensent les Ontariens qui demeurent sur le bord du lac de toute cette polémique? Eliot Tremblay est allé à leur rencontre à Kingston.

Matthew Lebo, prof de sciences politiques à l’Université Western de London, en Ontario, a expliqué que les tendances historiques à long terme montrent que, en général, les élections de mi-mandat sont souvent défavorables au parti du président au pouvoir.

Il a ajouté que même si de nombreux observateurs politiques prédisent depuis un moment que la Chambre des représentants basculera du côté des démocrates, le Sénat pourrait aussi être en jeu maintenant.

«Certains des États clés qui sont devenus des États clés sont ceux qui entretiennent des relations commerciales très étroites avec le Canada», a déclaré Lebo, en citant l’Alaska, l’Iowa, le Maine, le Michigan et l’Ohio.

«Tu as des candidats républicains qui doivent faire face à des politiques commerciales défavorables au Canada, qui compliquent les exportations vers ce pays et qui rendent certaines importations vraiment chères pour les habitants de ces États.»

Les relations entre le Canada et les États-Unis ont été bouleversées par le retour de Trump à la Maison-Blanche. Du jour au lendemain, le Canada s’est retrouvé la cible de droits de douane et de menaces d’annexion de la part d’un président qui le considère moins comme un allié proche que comme un adversaire.

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Alors que les Canadiens ont suivi ces bouleversements de très près, de nombreux Américains n’ont pas pris conscience de la détérioration de ces relations. Ça a changé le mois dernier quand les tensions se sont intensifiées après l’échec des négociations commerciales entre les deux pays.

Trump a ensuite imposé des droits de douane de 50 % sur toute une série de produits canadiens, allant des crosses de hockey au ciment en passant par le miel. Il a également durci son discours anti-canadien et signé un décret pour rebaptiser le lac Ontario «lac America».

Le Canada s’apprête à mettre en place ses droits de douane de rétorsion mardi. Beaucoup visent des secteurs clés dans des États où la course aux élections de mi-mandat s’annonce serrée.

Les deux pays se sont mutuellement accusés d’avoir apporté des changements de dernière minute aux négociations. L’équipe de Trump s’est répandue sur les chaînes d’info américaines pour tenter de rejeter la faute sur Ottawa et d’accuser le premier ministre Mark Carney d’avoir fait capoter un accord pour des raisons politiques internes.

Carney, réfutant ces allégations, a déclaré la semaine dernière qu’il ne pensait pas que «les membres du gouvernement américains, nommés et non élus, soient des experts en politique canadienne».

On ne sait pas vraiment si les arguments de l’administration Trump sur la guerre commerciale font leur chemin. Les droits de douane et la décision de renommer le lac Ontario s’avèrent très impopulaires auprès des Américains.

Un sondage Ipsos/Reuters publié la semaine dernière indiquait que deux Américains sur trois désapprouvaient le changement de nom du lac. Il révélait aussi que seuls 20 % des Américains étaient favorables à une hausse des droits de douane sur les produits canadiens.

Une source qui n’était pas autorisée à s’exprimer publiquement a déclaré que des républicains des États frontaliers avaient abordé le représentant américain au commerce, Jamieson Greer, lors d’un événement à la Maison-Blanche le 2 septembre. Ils ont demandé au «tsar du commerce» de Trump de trouver une issue à la guerre commerciale, car celle-ci devenait politiquement toxique, a précisé la source.

Les démocrates n’ont pas tardé à exploiter les faiblesses mises en évidence par la guerre commerciale avec le Canada. Abdul El-Sayed, candidat démocrate au Sénat du Michigan, a déclaré la semaine dernière: «cette guerre de vanité n’est pas une guerre contre le Canada».

«C’est une guerre contre le Michigan, parce que c’est nous qui en payons le prix», a-t-il ajouté. «Et on le paie tous les jours pour des produits qui ne devraient pas coûter aussi cher.»

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M. Lebo a indiqué que certains candidats républicains essayaient déjà de prendre leurs distances avec Trump et ses droits de douane sur le Canada.

Alors que la gouverneure démocrate de New York, Kathy Hochul, n’a pas mâché ses mots pour critiquer la guerre commerciale avec le Canada, son adversaire soutenu par Trump, Bruce Blakeman, s’est montré plus difficile à cerner.

«Je ne vais pas parler des questions fédérales», a déclaré Blakeman lorsqu’il a été interrogé par Spectrum News sur les tensions commerciales fin août.

D’autres républicains, eux, en rajoutent une couche. Anthony Constantino, un républicain candidat à un siège à la Chambre des représentants dans l’État de New York, a déclaré que renommer le lac Ontario était un acte de «génie marketing» et a affirmé que «Trump a fait preuve de force dans les négociations avec le Canada en jouant la carte dont il disposait».

Christopher Sands, directeur du Centre d’études canadiennes de l’université Johns Hopkins, a expliqué que, globalement, l’économie américaine est en pleine mutation, ce qui engendre beaucoup d’incertitude à l’approche des élections de novembre.

La guerre avec l’Iran, la hausse des prix de l’essence et les droits de douane ont affecté l’investissement et l’emploi nationaux, alors que la question principale des élections, c’est le pouvoir d’achat.

Sands a ajouté que même si aucun des deux partis ne peut s’attendre à une «promenade de santé» en novembre, Trump a offert une opportunité aux démocrates avec son attaque contre le Canada.

Les démocrates cherchent depuis longtemps un sujet capable de rassembler les membres centristes du parti et les factions plus à gauche, comme les Socialistes démocrates d’Amérique. M. Sands a estimé que la guerre commerciale avec le Canada pourrait bien remplir ce rôle.

«Ils pensent pouvoir faire valoir qu’il s’agit d’une guerre commerciale absurde», a-t-il dit.

«Je pense que la plupart des Américains ne comprennent même pas pourquoi ça arrive.»